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Le déconfinement en France (42)
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Alors que les agences Pôle emploi ont partiellement rouvert le 18 mai, Fabrice Irat, fondateur et administrateur du «Collectif Gilets jaunes emploi et dignité», assure que les chômeurs seront «les grands oubliés» du gouvernement en vue de la grave crise économique qui se profile. Il s’est confié à Sputnik France.

«Avant la crise sanitaire du Covid-19, la situation sur le marché de l’emploi était déjà très difficile avec un trop grand nombre de chômeurs pour pas assez d’emplois disponibles. C’est ce que j’aime à appeler "l’effet entonnoir". Or nous allons entrer dans une phase où le chômage de masse va croître énormément.»

Fabrice Irat, demandeur d’emploi de 56 ans, est très inquiet. Il est à la tête du «Collectif Gilets jaunes emploi et dignité», «petite structure d’échanges principalement active sur les réseaux sociaux». Et d’après lui, pour les chômeurs français, les temps s’annoncent très difficiles. «Sachant que les personnes sans emploi faisaient déjà partie des catégories les plus fragiles de la société, que va-t-il advenir d’elles et des centaines de milliers qui s’apprêtent à les rejoindre alors que le gouvernement ne fait rien de sérieux pour les aider?», s’interroge-t-il.

600.000 chômeurs de plus d’ici à la fin juin

Le défi de l’explosion du chômage est clairement l’un des plus importants auquel le gouvernement doit s’attaquer. La crise sanitaire, qui a poussé les autorités à prendre des mesures draconiennes afin d’éviter la propagation du virus, frappe de plein fouet les économies de nombreux pays, dont la France.

Bien que les trois premiers mois de l’année n’aient compté que 14 jours de confinement, la chute du Produit intérieur brut (PIB) français a été sévère: -5,8%. Une dégringolade qui est tout simplement la plus importante depuis 1949 et les premiers calculs de l’INSEE.

Pour le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, interrogé par nos confrères de France Info, l’économie française «démarre doucement, comme une belle endormie», alors que le déconfinement est effectif depuis une semaine. Reste que l’arrêt quasi total de l’activité durant deux mois aura des effets catastrophiques pour de nombreux secteurs tels que celui de l’hôtellerie-restauration, qui n’a toujours pas été autorisé à reprendre son activité.

Dans ce contexte, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a évalué à 600.000 le nombre de chômeurs supplémentaires en France d’ici à la fin juin.  «On sera à un taux de chômage de l'ordre de 10% en juin et peut-être au-delà de 12% à la fin de l'année», prédisait récemment dans Les Échos Éric Heyer, économiste à l'OFCE. Selon le quotidien économique, le nombre de Français en situation de sous-emploi a bondi «à 8% des personnes en emploi au premier trimestre, soit 800.000 Français de plus».

«Bien que les chômeurs représentent des millions de personnes en France, ils n’ont que peu l’oreille des gens de pouvoir. Des associations telles que Le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNPC) ou Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) sont très dévouées et travaillent bien, mais elles n’ont aucun moyen d’influencer ceux qui prennent les décisions au niveau des pouvoirs publics», souligne Fabrice Irat.

Il poursuit: «Même chose du côté des syndicats qui sont susceptibles d’aider des chômeurs à titre individuel, mais ont beaucoup de mal à se faire entendre en ce qui concerne la masse des personnes sans emploi.»

Afin d’amortir la crise, les autorités ont pourtant pris plusieurs décisions concernant le chômage. Tout d’abord, le gouvernement a mis en place le système de chômage partiel «le plus protecteur d’Europe», selon ses propres dires. Il permet aux travailleurs de toucher 84% de leur salaire net (100% dans le cas d’un SMIC). C’est en effet plus généreux qu’en Allemagne où Berlin a décidé de plafonner ces aides à 60% du salaire net concernant les employés sans enfant et 67% pour les parents. L’Espagne, elle, a fait le choix de limiter le taux à 70%.

​Le 11 mai, environ un million d’entreprises avaient déposé des demandes d’activité partielle pour 12,4 millions de salariés. C’est 300.000 travailleurs de plus en une semaine, d’après le service statistique du ministère du Travail. Le gouvernement a également décidé de prolonger de trois mois la période de référence pour ouvrir des droits au chômage, le délai pour s’inscrire à Pôle emploi est passé à 15 mois. Les demandeurs déjà en cours d’indemnisation et qui se trouvaient en fin de droits ont bénéficié du versement de leurs allocations de retour à l’emploi (ARE) et de solidarité spécifique (ASS) pour les mois de mars, avril et mai.

Le deuxième volet de la réforme de l’assurance chômage pour septembre

Des mesures «insuffisantes», pour Fabrice Irat. D’autant que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a récemment annoncé que le dispositif de chômage partiel allait évoluer à partir du 1er juin. D’après lui, «c’est une situation d’urgence», mais «maintenir 100% de prise en charge du chômage partiel pour les entreprises par l'État, ce n'est pas souhaitable sur le long terme». Il planche donc en compagnie de la ministre du Travail Muriel Pénicaud sur un dispositif comportant un «reste à charge qui sera plus important pour les entreprises sur le chômage partiel».

De plus, pour le moment, le report à septembre du deuxième volet de la réforme de l’assurance chômage reste un sursis alors que syndicats et associations de chômeurs demandent son annulation pure et simple. Pour rappel, le premier volet, entré en vigueur en novembre dernier, concernait «les conditions d’accès à l’indemnisation, le rechargement des droits, la dégressivité de l’allocation et l’indemnisation élargie à de nouveaux publics –les travailleurs indépendants et les démissionnaires poursuivant un projet de reconversion professionnelle», d’après l’Unedic.

Le 1er septembre 2020, l’entrée en vigueur du second volet de la réforme doit modifier «le mode de calcul du salaire journalier de référence (SJR), qui sert de base au calcul de l’allocation. Le décret du 26 juillet précisait ainsi que la détermination du SJR prenait en compte les jours travaillés et des périodes d’inactivité», toujours selon l’Unedic. Une décision qui impactera négativement le montant des indemnités perçues par de nombreux chômeurs, selon les opposants à la réforme.

«Cette deuxième partie de la réforme va rendre d’autant plus difficile la vie des chômeurs qu’en septembre nous serons vraisemblablement au plus fort de la crise. Il aurait fallu tout simplement annuler ce deuxième volet», d’après Fabrice Irat.

D’après lui, cette crise inédite doit être l’occasion de changer de modèle: «Nous allons entrer dans une société où la notion d’emploi salarié va devenir de plus en plus précaire pour énormément de citoyens. Il faut mettre en place des concepts tels que le revenu universel ou le revenu de citoyenneté. Il est également nécessaire de changer de paradigme et de donner de l’activité à tout le monde, non pas en fonction de sa capacité à participer à créer du profit, mais bien de son utilité sociale.»

​En attendant, il dit ne pas «faire confiance» au gouvernement et prend l’exemple de la récente décision d’Emmanuel Macron de prolonger les droits au chômage des professionnels du spectacle jusqu’à fin août 2021:

«C’est très bien pour eux, ils font partie des catégories de chômeurs qui ont réussi à obtenir de la visibilité médiatique et à se faire entendre. Mais ils représentent une minorité parmi les demandeurs d’emploi. Si le gouvernement considère qu’il n’existe pas de chômeurs de première classe –que seraient les intermittents– et de chômeurs de deuxième classe –que seraient tous les autres–, eh bien je dis cela aux autorités: "Prolongez les droits de tous les demandeurs d’emploi jusqu’à août 2021." Il acterait ainsi le fait que dans la France de ces prochains mois, il sera très difficile de trouver un emploi.»

En attendant, les agences Pôle emploi ont commencé leur réouverture progressive le 18 mai. Mais seulement sur rendez-vous.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

Dossier:
Le déconfinement en France (42)

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Tags:
chômage, crise économique, France, Covid-19
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