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L’islamisation de l’école, ou plutôt le refus de l’Éducation nationale de voir le problème en face: à l’occasion de cette rentrée 2020, un ancien inspecteur général de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Obin, publie un livre sur une tendance lourde qu’il avait déjà dénoncée dans un rapport de… 2004.

Des cours de biologie épurés de toute référence à la théorie de l’évolution ou à la reproduction, des leçons d’Histoire dévoyées, où il est sensible d’aborder la construction des cathédrales, l’existence de religions préislamique en Égypte ou la guerre d’Algérie, les philosophies de Rousseau et de Voltaire mis à l’index: voici une liste non exhaustive de cours qui sont boycottés ou caviardés sous la pression des élèves qui les jugent «contraires» à leur religion.

A teacher speaks to pupils in a classroom at the Bessieres primary school at the start of the new school year on September 4, 2017, in the 17th arrondissement in Paris. (Photo by Patrick KOVARIK / AFP)
© AFP 2020 PATRICK KOVARIK
La liste pourrait s’allonger jusqu’à Cyrano de Bergerac, jugé trop «licencieux», Madame Bovary, trop favorable à la liberté de la femme, ou encore Chrétien de Troyes promouvant la religion chrétienne… jusqu’aux Trois petits cochons, une comptine pas très hallal.

Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école (Éd. Hermann, 2020) de Jean-Pierre Obin. L’ouvrage de cet ancien inspecteur général de l’Éducation nationale a beau être sorti ce 2 septembre, il figure déjà dans les meilleures ventes de livres sur Amazon.

«C’est le XVIIe siècle en France», réagissait Pascal Praud. Comme Le Point, qui consacre sa Une à l’aveuglement des autorités face l’islamisme à l’école, le présentateur est revenu sur le contenu de ce livre choc, le 27 août, dans son émission sur CNews. Face à ce qu’il dépeint comme un retour en arrière, le présentateur de «L’heure des pros» rappelait notamment un sondage de l’IFOP sorti en juin 2018, dans lequel plus d’un tiers des profs interrogés indiquaient s’être déjà autocensurés afin d’éviter des incidents, plus de la moitié d’entre eux enseignant en zone d’éducation prioritaire. 59% estimaient la laïcité en danger, 71% considéraient que la contestation de cette dernière –par des élèves, leurs parents voire d’autres enseignants– était influencée par l’actualité nationale ou internationale.

Islamisation: plus de 16 ans de «pas de vagues»

L’essai de Jean-Pierre Obin ne vise pas tant à révéler la montée des revendications islamistes au sein des établissements scolaires qu’à dénoncer le silence de plomb qui entoure cette tendance lourde. Ainsi, l’auteur accuse-t-il avant tout le fameux «surtout pas de vague», mantra des hauts fonctionnaires. «J’ai écrit ce livre parce que le temps presse et qu’il y a maintenant urgence à agir», conclut-il dans le descriptif de son ouvrage. Il faut dire que le cheminement de l’auteur témoigne en lui-même de l’ampleur du problème. Ce silence, l’ancien inspecteur général de l’Éducation nationale l’avait déjà pointé du doigt dans un rapport, le rapport Obin… en 2004. En somme, loin d’avoir lutté contre le phénomène, les responsables tant politiques que de l’Éducation nationale ont laissé la situation s’envenimer.

«Les manifestations d’appartenance religieuse semblent être, à tous les niveaux du système, la classe, l’établissement, l’académie, l’objet d’une sorte de refoulement ou de déni généralisé de la part de beaucoup de personnels et de responsables», prévenait déjà Jean-Pierre Obin en 2004.

Point d’orgue, la «régression» de la condition féminine, «sans doute le côté le plus grave, le plus scandaleux et en même temps le plus spectaculaire de l’évolution de certains quartiers». Le contrôleur général dépeignait déjà un renforcement du «contrôle moral et la surveillance des hommes sur les femmes» prenant des «proportions obsessionnelles», et s’accompagnant de la résignation de certains établissements, où «les jupes et robes sont “interdites” depuis cinq à un an selon les endroits, la tenue sombre et ample est imposée à toutes.» Mais à l’ombre des jeunes filles voilées, d’autres revendications:

«L’obsession de la pureté est sans limites: à ces élèves d’une école primaire qui avaient institué l’usage exclusif des deux robinets des toilettes, l’un réservé aux “musulmans”, l’autre aux “Français”, répond comme amplifiée la demande récente d’un responsable local du culte musulman à l’inspecteur d’académie d’un important département urbain, d’instituer des vestiaires séparés dans les salles de sport, car selon lui “un circoncis ne peut se déshabiller à côté d’un impur.”»

Toujours au chapitre de la «pureté»: le point d’achoppement de la viande non abattue selon les rites religieux à la cantine scolaire.

Une tendance qui serait apparue soudainement, note le rapport, «mais qui s’est très vite répandue, souvent sous l’impulsion des garçons les plus jeunes», lesquels ne craignant en outre pas de stigmatiser ceux qui ne suivent pas les commandements alimentaires islamiques.

«L’apologie du nazisme et de Hitler n’est pas exceptionnelle»

Un point qui renvoie au calendrier des fêtes, «autre source de tensions et parfois de conflits». Au-delà des demandes de suppression de l’arbre de Noël, les «prescriptions de plus en plus draconiennes», lors du ramadan. Une forme de «prosélytisme».

L’antisémitisme tenait également une part importante dans le rapport: «nous ne pouvons hélas que confirmer l’ampleur et la gravité d’un phénomène». «L’apologie du nazisme et de Hitler n’est pas exceptionnelle», notait son rédacteur, qui s’attarde également sur le racisme d’élèves de confession musulmane ou originaire de pays arabes: il évoque notamment le cas d’une collégienne turque «nouvellement arrivée en France et devenue le souffre-douleur de sa classe parce que son pays “est un allié d’Israël”». L’influence des évènements internationaux se faisait déjà de plus en plus pesante.

Interdits religieux: «La gym se meurt!»

Au palmarès des enseignements les plus perturbés par des «manifestations ou interventions de nature religieuse», l’éducation physique et sportive. En cause bien sûr, la mixité et la «préservation de la “pudeur” des filles». Exit donc certaines activités, «notamment en piscine en plein air». Le rapport soulignait ainsi des comportements qui «révèlent les conceptions obsessionnelles de la pureté de certains prescripteurs, comme le refus de se baigner dans “l’eau des filles” ou dans celle des “non musulmans”».

«Beaucoup d’élèves préfèrent “un zéro” ou une punition plutôt que de pratiquer une activité ou de la pratiquer en tenue réglementaire», soulignait le rapport.

«La gym se meurt!» confessait ainsi aux contrôleurs un professeur d’EPS. Les disciplines artistiques ne sont pas en reste, avec des refus dès le primaire de «représenter un visage, de jouer de la flûte ou de pratiquer le chant choral».

Les mathématiques ne sont pas épargnées non plus, des professeurs ayant rapporté la tendance virant à l’«obsession» de certains élèves qui refusent «d’utiliser tout symbole ou de tracer toute figure (angle droit, etc.) ressemblant de près ou de loin à une croix.»

Plaidoyer pour la mixité sociale

Comme le relate Le Point, ce rapport rédigé il y a 16 ans a valu à son auteur des accusations d’islamophobie, bien que Jean-Pierre Obin fut par ailleurs membre du bureau exécutif de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA).

Dans leurs préconisations, les inspecteurs plaidaient pour une plus grande mixité sociale et religieuse. Une attaque frontale contre les politiques sociales «favorable au “regroupement” des populations précaires», qui ont eu «jusqu’à ces dernières années de solides relais chez les travailleurs sociaux». Que de temps perdu!

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
éducation, France, islamisme
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