Points de vue
URL courte
Par
9216
S'abonner

Pour l’Occident, le fait que la Russie a été la première à créer un vaccin contre le Covid-19 a non seulement été une surprise désagréable, mais un défi révoltant que ce soit pour des raisons politiques ou financières.

D’un côté, une Russie jugée comme profondément non démocratique et arriérée n’a tout simplement pas le droit à ce genre de percée dans des domaines scientifiques complexes et technologiquement avancés. De l’autre, la manne à venir est si astronomique que rien que la pensée qu’elle puisse passer sous le nez des consortiums pharmaceutiques occidentaux leur provoque des aigreurs d’estomac. Il n’y a rien d’étonnant au fait que la Russie a été confrontée à de nombreuses tentatives de discréditer les résultats du travail de ses scientifiques: grande politique, grandes sommes d’argent. Par exemple, ce que vaut à elle seule la nouvelle d’un accord pour fournir cent millions de doses de vaccin russe contre le Covid-19 à l'Inde.

Toutefois, à côté des requins, il y a toujours de la place pour les rémoras qui s’emparent régulièrement de restes de la table du maître.

C’est justement ce genre d’histoires qui s’est développé autour de la publication des résultats des essais du vaccin Spoutnik V dans l’un des plus anciens et influents magazines médicaux mondiaux, The Lancet.

À la vitesse de l’éclair, l’article s’est retrouvé sous le feu des critiques. La lettre ouverte dans laquelle le professeur de biologie de l’université américaine Temple Enrico Bussi a exprimé ses inquiétudes quant aux erreurs «éventuellement commises par les chercheurs russes» a fait du bruit. Il a été soutenu par plus d’une vingtaine d’autres scientifiques occidentaux.

The Lancet a alors proposé aux concepteurs russes de répondre à certaines questions, ce qu’ils ont fait. Le centre Gamaleïa, qui a développé le premier vaccin contre le Covid-19, a fourni à l’édition un protocole clinique complet de l'étude du vaccin Spoutnik V. Le directeur du Fonds russe d’investissements directs, Kirill Dmitriev, a publié une tribune dans laquelle il a répondu en détails aux principales critiques, leur conseillant au passage de chercher la poutre dans leurs propres yeux et de dissiper enfin les doutes sur les développements qu’ils mènent.

Par ailleurs, dans ce cas concret le problème ne réside pas dans les questions purement scientifiques qui ont été adressées aux chercheurs russes.

L’auteur du courrier à l’origine du scandale est lui-même une personne assez remarquable. Dans une publication de la BBC, Enrico Bussi est qualifié de «célèbre combattant contre la pseudoscience». Toutefois, il serait plus pertinent d’utiliser la caractéristique suivante: «homme d’affaire de la science».

En 2016, Bussi a fondé la compagnie Resis Srl, spécialisée dans la vérification de l'exactitude et de la conscience des travaux scientifiques.

Il s’agit d’un thème assez à la mode dans la science moderne. Au cours de ces dernières années, des chercheurs ont été trop souvent épinglés pour des erreurs dans les articles publiés, dont certaines grossières. Il ne s’agit pas nécessairement d’abus ou de fraudes –souvent il s’agit d’inexactitudes de bonne foi qui, une fois révélées, portent tout de même un coup à la réputation des scientifiques, voire des instituts de recherche entiers.

C’est justement pour éviter ce genre de problèmes que, de nos jours, les auteurs et les organismes de recherche se tournent souvent vers des sociétés spécialisées en vue d’un audit indépendant de leurs propres textes et ce, avant la publication. Ainsi, la compagnie de Bucci a été embauchée à cette fin par l'Institut allemand Fritz Lipmann, qui s’est récemment retrouvé au cœur d’un scandale justement en raison d’importantes erreurs dans les travaux publiés. Il y a un an, cette histoire a été décrite en détail par le magazine Nature.

La subtilité réside dans le fait qu'une telle entreprise impose certaines restrictions éthiques, ce que M.Bucci réalise d’ailleurs parfaitement. Toujours dans Nature, une publication dédiée à la pureté et l'intégrité du travail scientifique est parue en décembre 2019 et c’est Enrico Bussi qui en était co-auteur. Et il y a été honnêtement souligné qu'Enrico N.Bucci avait un conflit d'intérêts.

En effet, quand le propriétaire d’une société commerciale intervient publiquement au sujet de l’activité dans laquelle il se spécialise, cela devient en substance une publicité pour son entreprise.

Mais, bien évidemment, une fois qu’il faut «démasquer» le vaccin russe, ce genre de bagatelles ne comptent plus.

L'Occident a utilisé la lettre ouverte (et, par définition, l’auto-promotion) de Bucci pour porter un coup de plus aux développements russes dans l'espoir de torpiller ou du moins d'affaiblir leur leadership. Quant au professeur lui-même, il a reçu une pub d'une ampleur et d'un niveau auxquels il n’aurait même pas pu songer dans d’autres circonstances. C’est ce qui s'appelle «surfer sur le hype médiatique» et c’est sur ce principe que des centaines et des milliers de personnalités médiatiques s’appuient.

Sans doute, ceci lui apportera des rendements sous formes de contrats commerciaux très attrayants. Saisir le hype dans l’eau trouble de la grande politique peut être très profitable.

Toutefois, cela n’a rien à voir ni la médecine en particulier, ni avec le sauvetage de centaines de milliers de vies dans le monde.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

Lire aussi:

Ce que l’on sait de l’arme utilisée par le terroriste pour décapiter le professeur Paty
Un élève de dix ans nommé Jihad mord son enseignante devant toute sa classe dans le Val-de-Marne
Les anciens amis du terroriste de Conflans témoignent
Tags:
Russie, Covid-19, vaccin
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook