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«Vous savez, je veux que vous compreniez ce que nous sommes en train de faire en France.» Pour Al Jazeera, Emmanuel Macron s'est exprimé pour la première fois sur la polémique autour de ses propos concernant les caricatures. Le chef de l'État en a profité pour revenir sur la liberté d'expression, droit fondamental de la République.

Dans un entretien accordé à la chaîne Al Jazeera, le Président français réaffirme ne pas vouloir blesser les sentiments du monde musulman et explique les piliers de la société laïque en France. Étant «le fruit de l'esprit des Lumières» et «l'émanation» du peuple français souverain, les lois françaises mettent entre autres en lumière «la liberté de conscience et la liberté d'expression».

«Dans cette liberté d'expression, il y a la possibilité aussi de dessiner, de caricaturer. Ça, c'est notre droit», répond Emmanuel Macron à une question sur les caricatures du prophète Mahomet.

Presse libre

Ce droit date de la fin du XIXème siècle et «a conduit à ce qu'il y ait des caricatures dans des journaux».

«Lorsqu'on parle de caricatures, je veux que vous sachiez que beaucoup de titres de presse, Charlie Hebdo puisqu'on en a beaucoup parlé, ont surtout d'abord et avant tout caricaturé le dieu des chrétiens, caricaturé la religion juive, les rabbins, etc., et aujourd'hui, depuis plusieurs années, en effet, caricaturent le prophète Muhammad, caricaturent en effet la religion aussi musulmane», rappelle-t-il, affirmant toutefois comprendre et respecter les sentiments éveillés.

Les caricatures qui suscitent de vives polémiques n'ont été ni faites, ni soutenues, ni publiées par des journaux officiels gouvernementaux, mais ont été diffusées par la presse qui «est libre».

«Il y a une différence qui est importante que tous les musulmans qui ont pu être choqués doivent comprendre. [...] Si le Président de la République en France est d'accord pour supprimer ce droit? La réponse est "non" parce que c'est un droit du peuple français et il touche tout le monde», souligne le chef de l’État, ajoutant qu'il est là pour «préserver ce droit et je le préserverai toujours».

Par conséquent, la difficulté de ce «projet des Lumières» que transmet les valeurs de la République, ce n'est pas simplement de coexister, mais «d'accepter de nous commenter les uns les autres dans le calme, dans le respect auquel je crois, de parfois nous moquer les uns des autres, quelle que soit notre religion ou notre philosophie, mais d'accepter de le faire dans un cadre de respect et un cadre pacifique», défend-il.

Les principales victimes du terrorisme

«Vous savez, je veux que vous compreniez ce que nous sommes en train de faire en France», lance le Président avant de se pencher sur les deux fléaux de la République.

Le premier, c'est le terrorisme combattu depuis des années et qui a coûté la vie à plus de 300 citoyens français et parfois résidents étrangers en France.

«Ce terrorisme qui est fait au nom de l'islam est un fléau pour les musulmans du monde entier», poursuit M.Macron.

Se référant aux chiffres sur les 40 dernières années dans le monde, plus de 80% des victimes de ce terrorisme sont des musulmans, pointe-t-il.

Détournement de la religion

Le deuxième, «c'est ce qu'on appelle en France l'islamisme radical», terme qui se heurte parfois sur la scène internationale aux difficultés de la traduction, notamment présenté comme un combat contre l'islam», déplore le Président.

«Ce sont les extrémistes violents qui détournent la religion et qui commettent des violences au sein de l'islam. [...] La France est un pays où il y a plusieurs millions de nos concitoyens dont la religion est l'islam. Je ne vais pas les combattre. Ils sont pleinement citoyens, ils veulent vivre en paix. Et nous avons des pays amis partout dont la religion majoritaire est l'islam.»

Selon M.Macron, ces extrémistes violents, sans être des terroristes, «font le pire» en déscolarisant des enfants, en les endoctrinant et en montrant comment justifier la violence, et en agissant en France en connexion avec des groupes à l'étranger.

«Donc ce à quoi nous nous sommes attelés depuis trois ans avec beaucoup de force, c'est justement d'essayer de réduire leur emprise pour protéger notre peuple et pour protéger, entre autres aussi, les Français de confession musulmane parce qu'ils nourrissent progressivement un sentiment qui peut être nocif pour eux, l'amitié justement entre les religions. Parce que comme tout ça se fait au nom d'une religion il y a une incompréhension qui naît.»

Son discours des Mureaux sur la lutte contre les séparatismes et le projet de loi en préparation concernent ces groupes et ces personnes extrémistes violents qui agissent au nom de l'islam.

En conclusion, Emmanuel Macron liste les tâches qui s’inscrivent dans l’agenda politique:

  • les empêcher de déscolariser des enfants de la République,
  • empêcher qu'il y ait des financements liés avec des activités terroristes qui viennent leur permettre de mener leurs activités (création de la transparence financière),
  • s'assurer que toute personne quelle que soit sa religion respecte pleinement les lois de la République française.
«Et donc le combat dans lequel nous sommes engagés, qui est un combat essentiel pour nos générations, c'est un combat contre le terrorisme, contre l'extrémisme violent et tous les discours de justification de cette violence au nom de l'islam, mais pour protéger nos concitoyens dans tous les pays du monde, quelle que soit leur religion, y compris les musulmans», résume-t-il.

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Tags:
liberté d'expression, France, terrorisme, islam radical, Emmanuel Macron
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