Politique
URL courte
Par
12830
S'abonner

Après le Sénat, l'Assemblée nationale a massivement voté pour la reconnaissance du Haut-Karabakh, une perspective à laquelle le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'est déclaré opposé afin de préserver le rôle de médiateur de la France.

Les députés à l'Assemblée nationale française ont appuyé ce jeudi 3 décembre une résolution non contraignante appelant le gouvernement du pays à reconnaître la République autoproclamée du Haut-Karabakh.

Présentée par le groupe Les Républicains, la résolution a été adoptée par 188 voix contre 3, et 16 abstentions.

La résolution demande notamment «la mise en œuvre d'un processus de paix et de reconnaissance du Haut-Karabakh», région à majorité arménienne située sur le territoire de l'Azerbaïdjan, en proie à un conflit meurtrier cet automne.

Elle dénonce la «tentative d'éradication» des Arméniens de ce territoire, faisant un parallèle avec «les populations chrétiennes, kurdes ou yézidies» victimes de l'extrémisme islamiste au Moyen-Orient. Ses auteurs demandent en outre de réexaminer la poursuite du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, compte tenu du rôle d'Ankara dans le conflit du Haut-Karabakh.

Le gouvernement est contre 

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, présent en séance, a toutefois affirmé ne «pas partager» cette demande de reconnaissance, en soulignant que «nos amis arméniens ne le demandent pas eux-mêmes».

Selon lui, une telle décision «reviendrait à nous exclure nous-mêmes de la co-présidence du Groupe de Minsk» qui associe Paris, Moscou et Washington dans la recherche d'une solution à ce conflit, a-t-il souligné.

«Ce serait renoncer à notre rôle de médiateur», a-t-il noté.

Le ministre s'est référé à une déclaration des trois capitales réaffirmant l'importance du Groupe de Minsk pour résoudre le conflit, alors que la Turquie, alliée de Bakou, revendique un nouveau format de négociations dont elle serait partie prenante.

Résolution du Sénat

Le Sénat français a lui aussi adopté le 25 novembre une résolution appelant à reconnaître le Haut-Karabakh et à faire de cette reconnaissance un instrument de négociations en vue de l’établissement d’une paix durable dans la région. La résolution du Sénat ne revête pas de caractère contraignant et a une portée symbolique.

Cette décision a été saluée par le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et condamnée par la Turquie. L'Azerbaïdjan a considéré l'adoption de la résolution comme «un pas très honteux» de la part de la France, a déclaré à Sputnik Hikmet Hajiyev, l'assistant du Président azerbaïdjanais.

Conflit dans le Haut-Karabakh

Le conflit dans le Haut-Karabakh a éclaté en février 1988, lorsque cette région autonome principalement peuplée d'Arméniens a voulu se séparer de la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan.

Lors d’un conflit armé entre 1992 et 1994, l'Azerbaïdjan a perdu le contrôle sur le Haut-Karabakh. Depuis 1992, le règlement pacifique du conflit fait l'objet de négociations menées dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE présidé par les États-Unis, la Russie et la France. Alors que Bakou insiste sur la préservation de son intégrité territoriale, Erevan défend les intérêts de la République non reconnue, le Haut-Karabakh n’étant pas partie prenante dans les négociations.

Le 27 septembre, des combats d'envergure ont repris dans la région. Ces derniers ont fait plus de 4.000 morts et permis à l'Azerbaïdjan de reconquérir une partie de la région.

Le 9 novembre, l'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Russie ont signé une déclaration sur l'arrêt complet des hostilités. Le document prévoit le passage de plusieurs régions de la République autoproclamée sous le contrôle de Bakou, l’échange de prisonniers entre Erevan et Bakou ainsi que le déploiement d’un contingent russe de maintien de la paix le long de la ligne de contact et dans le couloir de Latchin reliant le Haut-Karabakh à l'Arménie.

Lire aussi:

Il braque un bar-tabac dans l'Oise puis entame une carrière de gendarme en Turquie
Lalanne risque cinq ans de prison pour son appel à l’armée visant à destituer Macron
Des centaines d’étudiants font la queue à Paris pour les distributions alimentaires – vidéo
Tags:
reconnaissance, Haut-Karabakh, Assemblée nationale française, France
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook