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Sitôt né, sitôt douché? L’espoir Montebourg s’est-il déjà envolé du côté des souverainistes? Le refus d’envisager un Frexit de l’ancien ministre a déjà causé des déceptions. Les plus eurosceptiques du camp national voient dans ce positionnement l’aveu d’une démission.

Tempête dans le verre d’eau souverainiste. C’est Arnaud Montebourg qui l’a déclenchée ce 28 janvier, d’un simple tweet où il expliquait ne pas croire «à l’utilité d’un Frexit».

​Celui dont les ambitions présidentielles ne cessent de se confirmer suscitait jusqu’alors quelques espérances parmi les adversaires de l’UE. Déçu de La France Insoumise, le président de République souveraine, Georges Kuzmanovic, n’hésitait pas à dire de Montebourg qu’il était «le seul à pouvoir arriver au second tour». Le mouvement souverainiste vient-il donc de perdre son meilleur prétendant pour 2022?

Effervescence des souverainistes autour du héraut du patriotisme économique

Le tweet a immédiatement fait réagir sur les réseaux sociaux, jusqu’au président des Patriotes Florian Philippot qui, ce vendredi 29, visait sans le nommer Arnaud Montebourg.

​​Et pour cause, depuis quelques mois, les rumeurs sur sa candidature allaient bon train. Elles avaient encore pris de l’ampleur depuis janvier 2021, avec le lancement par ses proches du mouvement L’Engagement, titre de son dernier ouvrage. Depuis, les rendez-vous médiatiques s’enchaînent et même ses sorties sur le terrain ont des airs de début de campagne présidentielle. Ce fut le cas de son dernier déplacement sur le site de Nokia à Lannion (Côtes-d’Armor), à la rencontre des salariés de l’entreprise visée par un plan social.

Montebourg a de quoi séduire au sein du camp national, en particulier dans sa frange la plus souverainiste, campée médiatiquement à droite, mais non dépourvue d’accointances à gauche. Ancien ministre socialiste de l’Économie et du Redressement productif de 2012 à 2014, Arnaud Montebourg s’est forgé une stature de héraut du patriotisme économique, de l’industrie française et des relocalisations. Ses critiques à l’adresse de «l’austérité» bruxelloise, qui «condamne nos politiques» ne datent pas d’hier. Une Union européenne dans laquelle la France serait «pieds et poings liés», selon ses propres mots, dont l’ardent défenseur de l’industrie française aurait décidé de ne pas sortir?

Arnaud Montebourg
© AFP 2021 BERTRAND GUAY
Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'Économie de 2012 à 2014

Le mystère reste entier tant le tweet d’Arnaud Montebourg s’avère lacunaire. Sur Twitter, Antoine Berranger s’est ainsi amusé de l’ambiguïté du mot Frexit. Le chargé des politiques territoriales à République souveraine y déclare «ne pas croire non plus» au Frexit… tout en appelant à une sortie unilatérale des traités. Un jeu subtil de terminologie qui laisse sous-entendre une multiplicité de scénarios de sortie du carcan européen. La voie ferme et unilatérale du Frexit n’en serait qu’une parmi d’autres.

Montebourg: rassembler la gauche et plus loin encore

L’intérêt de certains à droite pour Arnaud Montebourg n’est d’ailleurs pas resté sans réponse. Dans sa volonté pressentie de conquérir le pouvoir, Arnaud Montebourg n’envisage pas de séduire seulement à gauche. Le 11 janvier dans l’hebdomadaire Le Point, il tendait la main à tous les souverainistes de l’échiquier politique:

«La droite post-gaulliste favorable à la participation, qui défend notre pays et n’est pas favorable à la mondialisation, me paraît tout aussi proche de moi que de nombreuses personnalités de gauche», déclarait-il à l’hebdomadaire.

Le propos n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. D’une sourde, plus précisément. Quelques jours plus tard, la présidente du Rassemblement national lançait sur le plateau de France Info que sur «le plan de la défense de la souveraineté du pays et du combat contre la vente de nos pépites, nous sommes sur la même ligne avec Arnaud Montebourg.»

​Des propos que soutient Andréa Kotarac, ex-Insoumis passé au Rassemblement national. Interrogé par Sputnik, celui-ci voit dans le positionnement de Montebourg un changement bienvenu. L’ancien ministre socialiste ferait partie de «ces gens de gauche qui se “marinisent” de plus en plus.»

«Preuve en est, il parle aujourd’hui de contrôle de l’immigration ou de ne pas négocier avec l’islamisme, précise Andréa Kotarac. Néanmoins, même sans parler de Frexit, sa formation au Parti socialiste et son parcours fait qu’il ne s’opposera pas à Bruxelles.»

Pour l’ancien membre de la France Insoumise, «au fond, Montebourg veut une Europe similaire à ce qu’elle est», notamment dans «l’absence d’indépendance des peuples et des nations.»

Montebourg, le Tsipras français?

Pour François Asselineau, Marine Le Pen et Arnaud Montebourg ne pourront «pas mettre en œuvre leurs programmes, ni juridiquement ni politiquement.» En cause, leur refus de sortir de l’Union européenne et de l’euro. Et le patron de l’UDR de préciser sur son compte Twitter, en lettres majuscules, que Montebourg l’a prouvé de 2012 à 2014.

​Entendre par là que la participation d’Arnaud Montebourg au gouvernement Hollande le dessert plus qu’elle ne le sert. Sa défense des fleurons industriels qui s’est soldée par des «échecs» serait la démonstration magistrale d’une impossibilité d’agir concrètement dans le cadre juridique de l’Union européenne.

Malgré un volontarisme affiché, Montebourg sera, en effet, resté impuissant dans la gestion des grands dossiers industriels, de la fermeture des hauts-fourneaux de Florange à celle de l’usine PSA d’Aulnay, en passant par le demi-échec du rachat du pôle énergie d’Alstom par General Electric. En témoignent les 263 fermetures de sites annoncées pour 2013 et le recul de la production industrielle.

C’est la raison pour laquelle dans les réponses apportées au tweet polémique d’Arnaud Montebourg, le nom de Tsipras a plusieurs fois été mentionné. Le chef du parti de gauche Syriza était devenu le symbole de la trahison du peuple grec pour avoir endossé la cure d’austérité imposée par l’Union européenne, après avoir déterré contre elle la hache de guerre.

L'ex Premier ministre grec Alexis Tsipras.
© AP Photo / Seth Wenig
L'ex Premier ministre grec Alexis Tsipras.

Arnaud Montebourg a pris le temps de répondre à l’un d’entre eux sur le réseau social qui lui demandait de «donner de solides garanties de ne pas être le prochain Tsipras». «Tout à fait. Une orientation claire. Au service de la 2e puissance européenne […] Ça change la donne. Nous aurons l’occasion d’en parler», a glissé l’ancien ministre. Dont acte pour la sphère souverainiste.

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Tags:
Frexit, Union européenne (UE), Arnaud Montebourg
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