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Génération identitaire est menacé de disparaître. Et ce à brève échéance. Une aubaine pour l’ordre public et la paix civile ou une mesure politique et un danger pour la liberté d’expression? La porte-parole du groupe et l’ancien président du CRAN en discutent au micro de Sputnik.

En débat sur le plateau de Sputnik donne la parole, l’annonce du ministre de l’Intérieur de ce samedi 13 février. Gérald Darmanin a notifié à Génération identitaire sa dissolution prochaine. «C’est une atteinte grave à la liberté d’expression, à la liberté d’association», clame Thaïs d’Escufon au micro de Sputnik. En face de la porte-parole de Génération identitaire, Louis-Georges Tin, ancien président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). Pour le militant antiraciste «il est normal que l’on fasse appliquer le droit».

Conformément à la loi, 10 jours ont été donnés au mouvement affirmant lutter contre l’immigration massive et l’islamisation en France «pour répondre au contradictoire». Le décret de dissolution pourrait être présenté en Conseil des ministres dès le mercredi 24 février, précise l’entourage de Gérald Darmanin.

​La dernière opération anti-migrants illégaux dans les Pyrénées au mois de janvier 2021 aura fini de convaincre le ministre de l’Intérieur, qui en avait été «scandalisé». Une enquête préliminaire a été ouverte peu après cette opération pour «provocation publique à la haine raciale». Le procureur de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) a également annoncé avoir saisi l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH). Une dissolution exigée depuis longtemps par plusieurs partis politiques et associations «antiracistes».

Une «milice d’extrême droite» fait le «travail de la police»?

Pour l’ex-président du CRAN, il est impératif de rappeler «la longue histoire des dissolutions» qui précède celle de ce mouvement: «cette dissolution était demandée depuis longtemps, elle est logique». Pour la porte-parole de Génération identitaire si Gérald Darmanin «y parvient, ce seront évidemment pour des raisons politiques et idéologiques». «Si jamais le droit était appliqué, nous gagnerions», affirme la militante.

Dans le courrier adressé au mouvement d’extrême droite par le ministre de l’Intérieur, plusieurs motifs ont été avancés. Parmi eux, la «provocation à la discrimination, à la haine» et la «volonté d’agir en tant que milice privée». Deux motifs prévus par le Code de la sécurité intérieure (CSI) pour engager une procédure administrative de dissolution. Des accusations reprises par Louis-Georges Tin, qui juge «très graves» les modes opératoires des militants du mouvement d’extrême droite.

«Moi, je pense qu’il faut respecter la police dans ce pays, et je suis surpris qu’on veuille faire le travail de la police à la place de la police, soulève le militant antiraciste. Quand une milice d’extrême droite veut faire le travail de la police, moi ça m’inquiète.»

Les actions coup de poing médiatique sont devenues la marque de fabrique de Génération identitaire. L’agit-prop, l’agitation-propagande. En particulier l’opération «Defend Europe» de 2018 organisée dans les Alpes, où les militants ont défilé et déployé une banderole au col de l’Échelle.

Un point de passage de migrants choisi à dessein par les militants pour démontrer «le non-respect de la loi» et «l’invasion migratoire» de l’Europe. Autant d’actions «purement symboliques» pour lesquelles la «justice a tranché», selon la porte-parole du «lobby anti-immigration».

«Pour l’incitation à la haine, cela s’appuie sur des actions, notamment celle de l’occupation du chantier de la mosquée de Poitiers, pour laquelle nous n’avons pas été condamnés», ajoute Thaïs d’Escufon au micro de Sputnik.

L’année 2012 marquait, en effet, la naissance de Génération identitaire et de ses opérations de communication. Les militants avaient envahi le chantier de la mosquée de Poitiers. Condamnés à de la prison avec sursis et des amendes pour cette opération de 2012, la Cour d’appel de Poitiers avait relaxé les militants impliqués. En raison d’un vice de procédure, cette fois-ci.

«Dissoudre 63% des Français»?

L’ancien président du CRAN considère de son côté qu’il faut aller voir «au-delà de la façade souriante» présentée par la «communication léchée» du mouvement d’extrême droite.

«Il y a tous ces liens dans cette nébuleuse que ce soit avec le Bloc radical qui avait fait cet attentat contre le Président Chirac, ou avec des gens qui font des attentats en Nouvelle-Zélande […], alerte Louis-Georges Tin. Tout cela est relativement brumeux […] et je pense qu’on devrait enquêter davantage sur vous et des gens beaucoup plus radicaux.»

Des liens que réfutent Thaïs d’Escufon, pour qui Génération identitaire n’est pas comptable d’actions menées avant sa création en 2012. Et l’ex-président du CRAN d’insister sur le don réalisé à Génération identitaire par l’assaillant de Christchurch, qui avait fait 51 victimes en Nouvelle-Zélande en mars 2019. «Pourquoi a-t-il voulu donner de l’argent à vous?», lance la figure de l’antiracisme. La jeune militante voit dans cet argument une tentative d’établir «un parallèle douteux».

«Nous ne pouvons pas contrôler la vie et être responsables de tous les gens qui nous font un don. Le don qu’il nous a fait, nous l’avons donné aux pupilles de la nation», réplique Thaïs d’Escufon, pour qui militer «permet d’éviter des drames de ce type.»

Génération identitaire manifestera ce samedi 20 février à Paris pour protester contre la procédure de dissolution. Plusieurs avocats se sont emparés du dossier pour contrecarrer cette menace, dont le médiatique Gilles-William Goldnadel. «Gérald Darmanin veut dissoudre Génération identitaire, mais est-ce qu’il va dissoudre 63% des Français?», lance Thaïs d’Escufon. La jeune militante se réfère à l’étude Ipsos Sopra-Steria pour Le Monde publiée en 2019. Le sondage révélait que 63% des Français jugeaient qu’il y a «trop d’étrangers en France».

«C’est un argument un peu rapide. En matière de politique et de rigueur scientifique et intellectuelle, vous avez encore quelques efforts à faire», réplique Louis-Georges Tin en fin de débat.

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