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La France lève le secret-défense sur ses essais nucléaires au Sahara

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On ignore combien d'années encore ce dossier secret-défense aurait traîné dans les archives, sans l’intervention de l'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN). Sa requête d'AVEN a en effet permis de déclassifier une soixantaine de documents relatifs aux explosions nucléaires françaises dans le désert du Sahara, écrit mercredi le quotidien Rossiïskaïa gazeta.

On ignore combien d'années encore ce dossier secret-défense aurait traîné dans les archives, sans l’intervention de l'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN). Sa requête d'AVEN a en effet permis de déclassifier une soixantaine de documents relatifs aux explosions nucléaires françaises dans le désert du Sahara, écrit mercredi le quotidien Rossiïskaïa gazeta.

Ces documents contiennent notamment une carte de la dispersion des nuages radioactifs après l'explosion d’une première bombe atomique française au polygone de Reggane, spécialement construit en Algérie en plein désert du Sahara.

Cette bombe portant le nom de code "Gerboise bleue" avait une puissance de 70 kt, soit 3,5 fois plus que la bombe américaine Little Boy lancée sur Hiroshima.

La Gerboise bleue a explosé dans l'atmosphère le 13 février 1960, après quoi les Français ont effectué trois essais nucléaires terrestres baptisés eux aussi "gerboise" – blanche, rouge et verte. Après cette série, les essais dans le Sahara sont passés sous terre, puis dans le Pacifique en Polynésie française. Au total, Paris a fait exploser 210 bombes atomiques avant que le président Jacques Chirac n'annonce en 1996 la cessation des essais.

Jusqu'à présent, la version officielle affirmait que l'impact nucléaire sur le Sahara était insignifiant et que sa zone de dispersion été limitée, même si des témoins assuraient que des retombées radioactives étaient observées largement au-delà du polygone de Reggane dans un  rayon de 100-150 km.

Les documents déclassifiés, notamment la carte dressée par les militaires français après l’explosion de Gerboise bleue, montrent qu'en deux semaines d'observations le nuage radioactif avait touché une immense zone géographique, se propageant d'abord vers le sud puis vers le nord. Au final il a touché l'Afrique du Nord, occidentale et centrale. Hormis l'Algérie, des niveaux de radioactivité supérieurs à la normale ont été constatés au Maroc, au Mali, en Mauritanie, au Niger, au Ghana et dans d'autres pays. En ce qui concerne la "traîne" de la Gerboise bleue, au 12ème et au 13ème jour elle avait atteint la Sicile et la côte méditerranéenne de l'Espagne.

La contamination radioactive et son impact sur la santé sont décrits de manière plus que modeste dans ces documents. Mais l’on y apprend par exemple que l'eau a été "fortement contaminée" dans la commune d'Arak de la province algérienne de Tamanrasset. Même constat dans la capitale du Tchad, Ndjamena, située à plus de 1 500 km du polygone de Reggane.

Selon spécialiste des essais nucléaires Bruno Barillot, qui collabore activement avec l'AVEN, des éléments radioactifs tels que le césium 137 et l’iode 131 ont pu ainsi pénétrer dans l'organisme des populations et causer des maladies cancéreuses et cardio-vasculaires.

Bruno Barillot pense que beaucoup de documents qui pourraient faire lumière sur le tableau des conséquences des essais nucléaires restent confidentiels. "Si nous voulons connaître la vérité, il faut changer le système d'accès à ce genre d'informations", a-t-il insisté.

Les essais nucléaires réalisés par les militaires français dans le Sahara il y a plus d'un demi-siècle et leurs conséquences restent un sujet de conflit entre Paris et Alger.

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