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    Alexis Tsipras, leader du parti Syriza

    La Grèce s'essaie à l'extrême-gauche

    © AFP 2019 ARIS MESSINIS
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    Situation économique en Grèce (112)
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    La Grèce a vécu la semaine dernière une tragédie avec la mort de Demis Roussos, chanteur populaire et l'un des Grecs les plus connus dans le monde, écrit lundi le quotidien Kommersant.

    Demis Roussos
    © AFP 2019 Bodo Schackow
    Ce décès a pourtant été éclipsé par un événement qui suscite toujours un enthousiasme sans précédent en Grèce, mais qui est considéré par les experts européens comme un drame encore plus important pour le pays: la victoire de l'extrême-gauche aux élections législatives.

    Il est en effet synonyme de refus de s'acquitter des dettes imposées, d'augmentation des salaires, de réembauche des salariés du secteur public dont les emplois avaient été supprimés, de rétablissement des facilités et des indemnités, d'augmentation des dépenses pour les programmes sociaux, d'énergie gratuite pour les citoyens défavorisés, d'une renationalisation des sociétés privatisées. Si un parti annonçait un tel programme électoral dans n'importe quel autre pays du monde, il serait voué à l'échec et des humiliations incessantes. Mais en Grèce, ces slogans ont permis au mouvement Syriza d'obtenir la majorité des suffrages et de former à lui seul un gouvernement.

    C'est seulement à la mi-février que nous pourrons analyser en détails si le nouveau gouvernement d'Alexis Tsipras tient ses promesses électorales. Les vainqueurs doivent encore organiser la présidentielle, former définitivement le gouvernement et présenter leur programme au Parlement. Il est pourtant déjà clair que les électeurs grecs ont lancé un essai, dont le déroulement et les résultats auront une importance particulière partout en Europe.

    Syriza et son programme de rejet de la rigueur économique (renoncement aux dépenses inutiles et superflues, équilibrage du budget, etc.) a été le premier des partis "jeunes" à passer du statut de groupe marginal et inconnu (ce qu'était Syriza lors de sa création en 2004) à celui de parti au pouvoir dans un pays membre de l'UE et de l'Otan. Le Front national en France et la Ligue du Nord en Italie, qui sont beaucoup plus mûrs que Syriza et dont la poussée paraissait fascinante, font aujourd'hui pâle figure: pour le moment, ils n'ont obtenu qu'un statut d'acteur sérieux au niveau national.

    Si Syriza arrivait à obtenir une restructuration de la dette grecque, cela renforcerait considérablement les positions des partis similaires en Espagne et en Italie. Mais même dans le cas contraire, les gouvernements de ces pays exigeront de l'UE les mêmes conditions que celles accordées à la Grèce. L'échec de Syriza aux négociations — ce qui est tout à fait probable compte tenu de la fermeté des créanciers de la Grèce — pourrait dissuader les gouvernements nationaux de querelles avec Bruxelles, renforçant alors naturellement les positions de l'UE et de ses opposants.

    Mais pour la Grèce, peu importe qui de Bruxelles ou Athènes gagnera ce nouvel affrontement. Le pouvoir pratiquement illimité des opposants d'extrême-gauche à la rigueur financière ne fait que souligner les perspectives peu brillantes de l'économie grecque: la seule différence réside dans la vitesse d'arrivée du moment où les Grecs le sentiront de plein fouet.

    Dossier:
    Situation économique en Grèce (112)
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    Syriza, Grèce
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