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    Lars Vilks

    Caricaturiste suédois Lars Vilks, une chienne de vie...

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    Nezavissimaïa gazeta
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    Le quotidien russe Nezavissimaïa gazeta dévoile comment l'homme qui a mis en fureur des millions de musulmans passe ses journées.

    Avant de sculpter le prophète Mahomet sous la forme d'un chien, Lars Vilks, militant de l'art contemporain suédois, était peu connu. On en sait toujours aussi peu sur sa vie, mais pour d'autres raisons. Recherché par Al-Qaïda et l'État islamique en Irak et au Levant, cible de menaces constantes, Vilks est obligé de prendre des mesures de sécurité extraordinaires. Le peintre qui a fait enrager les musulmans est partout suivi de ses gardes. Il y a quelques semaines, on a tenté de le tuer: il a dû déménager et se cacher. L'attentat de Copenhague, où Vilks était venu pour participer à la discussion "Art, blasphème et liberté d'expression", s'est trouvé au centre d'attention des médias du monde entier.

    Lars Vilks
    © REUTERS / Bjorn Lindgren/TT News Agency
    L'artiste a atteint cette renommée mondiale au goût amer en 2007, à plus de 60 ans. Le peintre avait déposé sa candidature pour participer à l'exposition "Le chien dans l'art" et avait apporté aux organisateurs une esquisse de la sculpture d'un chien… avec le visage du prophète Mahomet. L'ouvrage de Vilks a d'abord été accepté, puis retiré de l'exposition "pour des raisons de sécurité".

    Le militant a entrepris une autre tentative sur son lieu de travail, à l'École des beaux arts à Bohuslän, mais l'histoire s'est répétée. L'œuvre de Vilks a d'abord été acceptée, puis la direction s'est montrée horrifiée par le chien impie.

    Face à l'incompréhension, Vilks, semble-t-il, était voué à l'isolement — c'est alors que la presse libre est intervenue. Deux cas font déjà une tendance, et les médias suédois se sont mis à parler de l'"autocensure". Vilks, alors, n'a plus eu aucun effort à faire pour exhiber son "œuvre". Son dessin a été publié par le journal Nerikes Allehanda puis reproduit par d'autres médias.

    Le scandale a immédiatement dépassé les frontières de la Suède, car il s'est avéré profitable pour un grand nombre de personnes à l'étranger. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a fait le lien entre la publication des caricatures et les "sionistes", en Afghanistan et au Pakistan, les drapeaux suédois ont été rassemblés et brûlés, tandis que l'Organisation "Conférence islamique" (maintenant l'Organisation de la coopération islamique) a exprimé son indignation profonde. Les protestations ont commencé en Suède même et bientôt Vilks (qui est, à propos, le descendant d'immigrants lettons) a dû repenser son avenir.

    Un bouquet de tulipes déposé devant le centre culturel de Krudttønden dans le quartier d'Oesterbro de Copenhague
    © AFP 2019 SCANPIX DENMARK / SOREN BIDSTRUP
    Depuis le "scandale du chien", très peu de journalistes ont pu visiter la maison de Vilks. Selon le Christian Science Monitor, le peintre dormirait "une hache à la main". Selon la même source, Vilks aurait fait aménager un bunker spécial, où il envisage se cacher s'il était attaqué par les islamistes.

    Ce n'est pas un simple fantasme: le dessinateur danois Kurt Westergaard est là pour le prouver. En 2006 (un an avant Vilks), Westergaard a publié des caricatures du prophète Mahomet dans le journal Jyllands-Posten. En 2010, il a été attaqué par les islamistes et a dû se cacher dans un bunker. Vilks admet qu'il a appris de Westergaard. Il veut équiper son bunker exactement d'après son modèle.

    Un autre détail de sa vie quotidienne suscite des sentiments mitigés: certaines de ses œuvres d'art, qu'il garde à la maison, sont équipées de barbelés conducteurs, par mesure de sécurité. Il ne suffit pas de se protéger contre les islamistes, il faut donc savoir poser des pièges pour eux…
    Les détails de la vie quotidienne de Vilks sont beaucoup moins connus qu'on ne le voudrait, mais il est certain qu'il n'a pas abandonné sa lutte pour la possibilité d'adopter une attitude désinvolte envers les sentiments religieux. Il n'y a pas longtemps, Vilks a fabriqué un prix sous forme de chien d'or. Selon l'artiste, le chien sera décerné à ceux qui défend la liberté d'expression. En octobre 2014, le prix a été attribué aux caricaturistes de Charlie Hebdo, qui sont morts peu de temps après.

    Fusillade à Copenhague le 14 février 2015
    © REUTERS / Martin Sylvest/Scanpix Denmark
    Ce non-conformiste n'a pas arrêté non plus d'épater les musulmans. En 2010, il a présenté une installation d'objets d'art dédiés à l'homosexualité parmi les musulmans. L'événement s'est soldé par une bagarre: des croyants ont tenté de battre Vilks, mais les gardiens les ont empêchés de le faire.

    La même année, les menaces contre l'artiste sont devenues plus sérieuses. Un représentant du mouvement islamiste Al-Shabbaab qui, à l'époque, contrôlait la moitié de la Somalie, s'est adressé à Vilks de la manière suivante: "Je lui envoie cet avertissement. Je veux te dire, Vilks, où que tu sois, sache que nous ne t'avons pas oublié. Avec la permission d'Allah, nous allons t'attraper, dans quelque trou que tu te caches. Et je dis à mes frères dans la foi: celui qui d'entre vous pourra tuer ce chien de Vilks (le thème du chien est encore repris — NG), recevra une grande récompense aux cieux!"

    Le peintre s'est également retrouvé sur la liste noire d'Al-Qaïda et de l'État islamique en Irak et au Levant, mouvement encore peu connu à l'époque. Les extrémistes qui sont actuellement à la tête de l'EIIL ont promis 100 000 dollars de récompense pour la tête de Vilks.

    Les malheurs ont continué en 2011, quand un groupe de malfaiteurs planifiant de tuer Vilks a été arrêté en Irlande. Au même moment, une autre personne s'est retrouvée derrière les barreaux: l'islamiste "Jihad Jane", une Américaine de 50 ans qui s'était convertie à l'islam et avait tout de suite décidé de venger la caricature. Les attaques contre Vilks sont devenues plus nombreuses en Suède également. Les islamistes n'ont pas réussi à pénétrer dans la maison de Vilks, bourrée de pièges, mais ont réussi à y mettre le feu.

    De son côté, Vilks est persuadé de mener une lutte pour la liberté d'expression et affirme ne pas vouloir s'arrêter. "Si vous faites quelques chose, vous allez porter la responsabilité de votre action. Le blasphème du prophète ne m'intéresse pas comme tel. Il s'agit d'autre chose: montrer que tu en es capable. Qu'il n'y a rien de si sacré qui ne puisse pas être blasphémé".

    L'assassinat des caricaturistes de Charlie Hebdo a, cependant, profondément choqué Vilks: "Le rédacteur fusillé à Paris, je l'ai rencontré, nous lui avons décerné le prix à Copenhague il n'y a que quelques mois, et on a alors beaucoup parlé. Pour moi, sa mort est une perte personnelle. Le problème, c'est que nous avons un niveau très élevé de censure en ce qui concerne l'islam, la religion et d'autres choses de ce genre. Les rédactions qui, dans ce contexte, maintiennent la normalité, sont très peu nombreuses. Charlie Hebdo en fait partie".

    Après la fusillade de Copenhague le 14 février 2015 — le terroriste visait Vilks et a été arrêté par les gardes qui suivaient le caricaturiste — l'artiste a été obligé de déménager de sa maison dans le sud de la Suisse. Son lieu de séjour actuel est inconnu.

    Héro pour les uns, blasphémateur et provocateur pour les autres, admirateur de Salman Rushdie et ami des Femen, avant de blasphémer le prophète, Vilks a représenté Jésus comme un pédophile. Cependant, les attaques de la part de la communauté chrétienne n'avaient pas suivi.

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    Tags:
    caricature, Exposition "Le chien dans l'art", Al-Shabbaab (mouvement islamiste), Jyllands-Posten, Christian Science Monitor, Organisation de la coopération islamique (OIC), Nerikes Allehanda, Femen, Al-Qaïda, Etat islamique, Salman Rushdie, Jihad Jane, Kurt Westergaard, Prophète Mahomet, Lars Vilks, Mahmoud Ahmadinejad, Westergaard, Irlande, Somalie, Copenhague, Pakistan, Afghanistan, Suède, Iran
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