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Qu’est-ce qui "vaut" plus – 10 caricaturistes français ou 148 étudiants kényans?

Anastassia Melnikova a analysé la réaction de la presse et des réseaux sociaux à l'attentat au Kenya perpétré par les islamistes somaliens.

Le 2 avril, les médias internationaux avaient matière à écrire: le Yémen, l'Iran, la Russie — le naufrage d'un chalutier en mer d'Okhotsk. Certes, l'information sur l'exécution par les terroristes islamistes de près de 150 étudiants kényans chrétiens a été rapportée dans l'actualité, mais pas au point d'émouvoir le monde jusqu'aux larmes.

Dans les jours qui ont suivi, les médias mondiaux ont oublié cet événement pour se concentrer essentiellement sur l'issue des négociations avec l'Iran et le conflit militaire au Yémen. Toutefois, le 5 avril, le chef de l'Eglise anglicane a qualifié les morts au Kenya de martyrs lors de la messe de Pâques.

Le pape François pense également que la communauté internationale ne doit pas feindre de ne pas avoir remarqué ce crime odieux.

Par la suite, les utilisateurs des réseaux sociaux se sont également activés: à travers le monde on publiait des commentaires d'indignation envers les médias qui n'avaient accordé suffisamment d'attention au massacre d'étudiants kényans.

Et, bien sûr, beaucoup ont été ceux qui ont rappelé la réaction suscitée par les attentats de janvier en France, quand des terroristes ont tué des dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo, ainsi que des clients de l'Hyper Cacher et des policiers.

Pendant des jours, voire des semaines les reportages sur les attentats et les réactions à cette tragédie faisaient la une de l'actualité. La presse avait même critiqué Barack Obama et d'autres hauts fonctionnaires pour ne pas avoir participé à la marche contre le terrorisme organisée à Paris qui avait rassemblé plus de 3,5 millions de personnes.

Alors que dans le cas de l'attentat de Garissa, ce sont les internautes qui ont dû attirer l'attention sur le problème du terrorisme islamiste, et non les dirigeants ou les journalistes (pendant que des manifestations se déroulaient au Kenya où trois jours de deuil national ont été décrétés). Cette semaine, des groupes ont été créés sur les réseaux sociaux pour commémorer les étudiants défunts, et les commentaires sur le drame kényan étaient accompagnés par le hashtag #‎Africanlivesmatter.

L'indignation des blogueurs est parfaitement légitime: personne n'organise de grandes marches ni d'activités de commémoration, personne ne dépose des milliers de bouquets devant les ambassades du Kenya, personne n'arbore dans un deuil silencieux la pancarte Je Suis le Kenya, sans oublier de faire un selfie avec.

Et si parfois on pouvait entendre à l'égard des caricaturistes français "c'est de leur faute à ces provocateurs blasphémateurs", même les fanatiques religieux les plus invétérés n'ont rien à reprocher aux étudiants kényans. Les défunts étaient chrétiens, c'est tout.

Rappel des faits. Quatre islamistes armés du groupe extrémiste somalien des Shebab ont pénétré dans la matinée du 2 avril dans une résidence de l'université de Garissa. Les étudiants ont été pris en otage, interrogés un par un, forcés à citer le Coran, les musulmans ont été relâchés, les autres — exécutés. Au total, 148 personnes ont été abattues — pratiquement tous des étudiants âgés entre 18 et 23 ans.

Les forces de sécurité kényanes ont mis plusieurs heures pour prendre le contrôle du campus. Les terroristes ont été éliminés.

L'exécution d'étudiants sans défense est une vengeance pour la participation de l'armée kényane aux opérations spéciales contre les islamistes somaliens. Garissa se trouve dans l'est du Kenya, dans une province frontalière avec le Somalie. Cette ville abrite le centre du diocèse de l'Eglise catholique romaine (près de 80% des Kényans sont chrétiens). Cependant, la plupart des habitants de Garissa sont d'origine somalienne et considèrent cette ville comme la leur, et non kényane.

La Somalie est morcelée en plusieurs parties par la guerre civile. La confrontation entre les séparatistes y perdure depuis des dizaines d'années, divers territoires deviennent tantôt autonomes, tantôt indépendants, tantôt autoproclamés ou encore tombent sous le contrôle des régions autonomes voisines.

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Tags:
islamisme, Anastassia Melnikova, Kenya, Somalie
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