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    Koumanovo après les affrontements

    La Macédoine au bord de la guerre civile

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    A Kumanovo, au nord du pays, les forces de l'ordre ont dû faire face à des combattants albanais, écrit mardi le quotidien Kommersant. Bilan: plusieurs morts parmi les policiers et des dizaines de blessés.

    Le gouvernement affirme que le "plus dangereux groupe terroriste des Balkans" a attaqué le pays. L'opposition, pour sa part, accuse le pouvoir d'essayer de détourner l'attention de la profonde crise politique qui frappe le pays. L'UE et l'Otan appellent à mener une "enquête transparente". Moscou met en garde contre les "conséquences dangereuses" des tentatives d'organiser une révolution de couleur en Macédoine.

    Dans la nuit de samedi à dimanche, le ministère macédonien de l'Intérieur a annoncé une opération spéciale au nord du pays contre un "groupe terroriste bien préparé". Selon le porte-parole du ministère Ivo Kotevski, ce groupe s'était introduit en Macédoine depuis un "pays voisin" (il n'a pas précisé lequel) et avait pour objectif d'attaquer les organismes du pouvoir et d'organiser des attentats. Le groupe en question comptait plusieurs dizaines d'hommes et utilisait des véhicules blindés, des fusils automatiques et des explosifs. C'est seulement après 18 heures d'affrontement que les forces de l'ordre ont réussi à défaire les terroristes, dont une partie a été abattue et certains se sont rendus. Huit policiers ont été tués et les combats ont fait plus de trente blessés.

    La Macédoine a instauré le deuil national dimanche et lundi. Le président Gjorge Ivanov a interrompu sa visite à Moscou et est rentré dans le pays pour organiser une réunion d'urgence du Conseil national de sécurité. Après la partie active de l'opération, Kumanovo a encore été survolée pendant une journée par des hélicoptères. Le son des tirs alternait avec celui des sirènes des ambulances.

    Kumanovo, essentiellement peuplée d'Albanais, se situe à une dizaine de kilomètres de la frontière serbe et kosovare. C'est ici qu'avait démarré en 2001 le conflit albano-macédonien, qui s'était soldé quelques mois plus tard par l'accord d'Ohrid et l'élargissement significatif des droits des Albanais. Le nouvel incident fait resurgir le risque d'une guerre civile en Macédoine. D'autant qu'une autre attaque armée a eu lieu au nord il y a moins de trois semaines. Dans la nuit du 20 au 21 avril, 40 hommes armés avec des masques et des uniformes portant l'insigne de l'OVK (armée de libération du Kosovo et armée de libération populaire, opposée aux autorités macédoniennes en 2001) ont capturé quatre policiers dans un village frontalier, battus et relâchés une demi-heure plus tard. Les assaillants parlaient albanais et l'un d'eux a dit, en mauvais macédonien: "Nous sommes de l'OVK. Nous n'avons pas besoin de l'accord d'Ohrid. Nous voulons notre pays. Que tout le monde s'en aille ou on les tuera".

    La grande majorité des Albanais macédoniens ne souhaite pas de déstabilisation. Ils ont des droits considérables, leurs partis sont intégrés dans le système du pouvoir. Mais les attaques terroristes pourraient agir comme un détonateur. Le directeur du Centre des relations interethniques Dusan Janjic est convaincu que les attentats se poursuivront en Macédoine. De plus, selon lui, les affrontements pourraient éclater dans le sud de la Serbie où vivent des Albanais.

    La réaction mondiale est mitigée. Le commissaire européen à l'élargissement Johannes Hahn et le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg ont appelé à empêcher l'escalade de la violence et à mener une "enquête transparente" sur cet incident. Pour sa part, le ministère russe des Affaires étrangères a averti que "le choix de plusieurs mouvements d'opposition et ONG inspirés entre autres par l'Occident au profit de la logique de la rue et du fameux scénario de révolution de couleur risque d'avoir des conséquences dangereuses".

    Dans cette situation, la Macédoine pourrait devenir une nouvelle arène de confrontation entre la Russie et l'Occident. "Il ne s'agit pas uniquement du gazoduc Turkish Stream, même s'il n'est pas bénéfique pour les USA que la Macédoine devienne une porte pour le gaz russe dans les Balkans", explique le politologue croate Sinisa Malus, fondateur du site régional SEEbiz. Et d'ajouter que les Balkans occidentaux sont déjà devenus le lieu de confrontation des intérêts de Washington et de Moscou. 

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    Tags:
    Kumanovo, Balkans, Macédoine du Nord, États-Unis, Russie, émeutes
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