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En Russie, on dit souvent que le pays n'a que deux alliés - l'armée et la flotte - mais il en existe en réalité un troisième qui rend les Russes véritablement indépendants: la pomme de terre, estime l'observateur polonais Wacław Radziwinowicz.

"Les Russes, tout comme les Britanniques, soulignent volontiers que leur pays n'a que deux alliés fiables: l'armée et la flotte. Mais ces propos sont en réalité offensants pour l'autre grand allié qui les rend résistants à tous les bouleversements et toutes les crises", estime Wacław Radziwinowicz dans le quotidien Gazeta Wyborcza.

M. Pomme de terre
© Flickr / samantha celera
M. Pomme de terre

Chaque fois que la chute des prix du pétrole entraîne avec elle la monnaie nationale — ce qui arrive assez régulièrement — l'économie est en ébullition et un secteur prospère: les magasins d'outillage et de plants sont plus que jamais remplis de clients.

Lors de la crise de 2009, les propriétaires des datchas retravaillaient leurs pelouses qu'ils avaient soignées pendant le boom du pétrole, pour les transformer en surfaces de plantation. "Il s'agissait principalement de pommes de terre, ou comme on dit, de deuxième pain", explique le journaliste polonais.

"Les Russes prévoyants s'approvisionnent eux-mêmes en ce deuxième pain", ajoute-t-il. Selon les statistiques officielles, la Russie produit annuellement près de 32 millions de tonnes de pommes de terre, ce qui la place en troisième position du classement mondial après la Chine — qui a une population neuf fois plus importante, et l'Inde, qui a huit fois plus d'habitants que la Russie.

Un habitant de Moscou, ville riche avec un salaire moyen de 60 800 roubles (environ 950 euros), consomme peu de pommes de terre: 38 kilos par an, ce qui est de 24 kilos de moins qu'il y a 15 ans. "Mais la province, où, dans des petites villes, une retraite de 14 000 roubles (environ 220 euros) est considérée comme une bonne allocation, reste très attachée aux pommes de terre", assure Wacław Radziwinowicz. Un Russe moyen des régions "européennes" de la fédération consomme annuellement de 150 à 190 kilos de pommes de terre.

Allié qui fait la force de la Russie
© Flickr / Lars Plougmann
Allié qui fait la force de la Russie

Si les citoyens achetaient ce produit en magasin, ils devraient dépenser mensuellement 1 700 roubles (27 euros), car les prix de détail en Russie sont élevés à cause de la mafia azerbaïdjanaise qui avait monopolisé les marchés de légumes dans le pays, indique l'auteur.

Les provinciaux ne mangent pas bien sûr que des pommes de terre, mais ces dernières restent pour eux leur base alimentaire. Qui plus est, ils sont maîtres de la façon de cuisiner ce produit.

En tous cas, il ne s'agit pas que d'art culinaire: un potager avec des pommes de terre offre aux Russes un sentiment de "sécurité alimentaire" — si chère au Kremlin — c'est-à-dire d'indépendance par rapport à la conjoncture, à la crise et aux sanctions.

"Pour un Russe, son potager est sa forteresse. Comme l'a dit le général Lebed, il plante et récolte pour ne pas avoir à s'inquiéter des actions des politiques dans le monde extérieur", conclut Wacław Radziwinowicz.

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Tags:
alimentation, pomme de terre, sanctions, Wacław Radziwinowicz, Pologne, Russie
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