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Une véritable crise gouvernementale a éclaté hier au Liban quand le Courant patriotique libre - l'un des deux plus grands partis chrétiens - et le Hezbollah - soutenu par les musulmans chiites - ont fait sortir leurs représentants d'une réunion ministérielle.

Ce coup de théâtre risque d'aggraver la situation dans le pays, où le Printemps arabe semble arriver avec du retard. Mais il pourrait prendre une forme différente dans ce petit pays méditerranéen: les Libanais s'apprêtent à renverser le gouvernement non pas sous le slogan de la lutte pour la démocratie, mais en exigeant de protéger la population contre… les déchets.

Dans les rues des villes libanaises, les déchets s'amoncellent. Toute l'infrastructure du pays, qui avait été remise sur pied après de nombreuses guerres civiles par le premier ministre Rafiq Hariri, se retrouve au seuil de l'effondrement pour des raisons pas forcément évidentes (en tout cas pour les Libanais). La colère des habitants de la capitale s'est tournée contre les autorités et les politiciens corrompus qui, selon les manifestants, auraient simplement volé l'argent alloué au nettoyage. Depuis trois jours, les manifestants exigent la démission du premier ministre libanais Tammam Salam, jusque-là relativement populaire dans le pays.

La police a usé de canons à eau, de gaz lacrymogène et de matraques pour disperser les manifestants, faisant des dizaines de blessés et un mort. Les policiers déplorent également des pertes. Selon la National News Agency, une trentaine de policiers ont été blessés dans les altercations de dimanche et un agent des forces de l'ordre est dans un état grave.

Salam avait d'abord refusé de démissionner, mais après trois jours d'affrontements entre les manifestants et la police il a changé d'avis pour annoncer qu'il pourrait quitter son poste. La sortie du Courant patriotique libre et du Hezbollah de la réunion ministérielle où devait être évoquée la situation actuelle ne fera qu'aggraver la position du premier ministre, notamment si les membres du gouvernement de ces deux partis décidaient d'aller plus loin et démissionnaient.

Les manifestations ont éclaté en pleine crise politique, après des dysfonctionnements du système de représentation particulier instauré dans ce pays souvent qualifié "d'unique démocratie arabe". Selon les règles établies, certaines fonctions sont réparties entre les nombreuses communautés confessionnelles et ethniques. Par exemple, seul un chrétien maronite peut être président et le poste de premier ministre est réservé aux musulmans sunnites.

Cependant, les représentants politiques libanais ne parviennent pas à se partager les portefeuilles en respectant complètement les quotas. Ainsi, le fauteuil présidentiel est vacant depuis plus d'un an. Conscient du danger de la situation actuelle, le premier ministre Tammam Salam a déclaré dimanche à la télévision que les déchets en politique étaient bien plus dangereux que ceux qui s'accumulaient dans les rues. Il a promis de tirer les choses au clair et de sanctionner les policiers qui ont utilisé la force de manière excessive, tout en expliquant pourquoi l'État avait un problème avec les agents de nettoyage. Selon Salam, la crise économique mondiale est entièrement responsable. C'est pourquoi le gouvernement ne peut pas verser en septembre le salaire aux fonctionnaires: il n'a pas d'argent pour cela. La dette publique du Liban s'élève aujourd'hui à 143% du PIB national.

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Tags:
crise des ordures, déchets, Tammam Salam, Liban
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