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Le 24 novembre, un chasseur turc abattait le bombardier russe Su-24: le jour même, une interview vidéo des Turkmènes syriens ayant tiré sur l'un des pilotes, en parachute et sans défense, a été largement diffusée sur internet.

Leur leader a été rapidement identifié: il s'agit d'Alparslan Celik, fils d'un fonctionnaire du Parti d'action nationaliste et membre actif de sa branche armée de jeunesse, les "Loups gris".

Les Loups gris sont apparus à la fin des années 1960 quand le Parti d'action nationale et son leader, le colonel Alparslan Türkes, ancien adepte d'Adolf Hitler et fasciste notoire, a eu besoin d'une aile de jeunesse — l'analogue turc des Jeunesses hitlériennes en quelque sorte. L'organisation fut baptisée "Loups gris".

Pour le gouvernement, les Loups gris étaient un instrument pratique qui permettait de combattre l'opposition de gauche sans la police ou l'armée. De plus, les autorités se servaient des Loups pour créer une situation d'instabilité au sein de la société.

Sans le savoir, les Loups gris agissaient sous le contrôle et au profit du régime. Ils tuaient des activistes libéraux, des militants de gauche, des intellectuels, des chefs de syndicat, des Kurdes ethniques, des journalistes et des fonctionnaires. Ils furent notamment les auteurs du massacre de Maras, où une centaine d'alaouites avaient été tués en une semaine, ainsi que de la fusillade lors de la manifestation du 1er mai sur la place Taksim en 1977, qui avait fait 42 morts.

Cependant, les autorités sont allées trop loin: en 1980, un groupe de généraux a fomenté un coup d'État et commencé à combattre toute forme d'extrémisme, de gauche comme de droite, y compris les Loups gris qui comptaient près de 200.000 membres enregistrés.

Au tribunal, les Loups gris ont été accusés de 694 assassinats et leurs liens avec la CIA ont été dévoilés. L'organisation a été interdite, la plupart de ses leaders ont été emprisonnés — suscitant par là-même l'indignation des combattants ordinaires accusant Ankara de "trahison".

Toutefois, l'organisation n'a pas disparu: les Loups sont entrés dans la clandestinité pour lancer une vaste campagne terroriste contre ceux qu'ils considéraient comme les "ennemis de la Turquie".

Leur fait d'armes le plus retentissant reste la tentative d'assassinat contre le pape Jean-Paul II: le 13 mai 1981, le "loup gris" Mehmet Ali Ağca, évadé de prison, avait tiré sur le pape à bout portant. Grièvement blessé au niveau du ventre, Jean-Paul II avait survécu. Mehmet Ali Ağca, lui, avait été condamné à la perpétuité puis déporté en Turquie.

Aujourd'hui, les Loups gris ont renforcé leurs liens avec les services de renseignements de l'Otan et noué des contacts avec le narcotrafic international. On sait notamment qu'ils ont envoyé au Proche-Orient des armes des arsenaux de l'Alliance, contre de l'héroïne qui était redirigée aux USA via la mafia italienne.

Au début des années 1990, la situation a changé. La plupart des Loups arrêtés avaient purgé leur peine ou avaient été libérés par amnistie. Le nouveau dirigeant turc Turgut Özal cherchait alors à transformer le pays en leader régional, à combler le vide d'influence en Transcaucasie laissé vacant après la chute de l'URSS. Le colonel Türkes et ses Loups gris furent à nouveau sollicités par Ankara, et leur activité de nouveau autorisée.

Aujourd'hui, la principale base étrangère des Loups est l'Europe — essentiellement l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. En général, ils agissent sous couvert de nombreuses organisations culturelles turques chargées de la sauvegarde de "l'identité turque".

Si, en Europe, les Loups se battent pour les droits de la diaspora turque, chez eux ils s'efforcent d'empêcher la formation d'une diaspora syrienne.

Les Loups les plus ardents partent se battre en Syrie. On ignore le nombre exact de combattants comme le nombre de morts causées par l'organisation.

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attentat, Su-24, Turquie
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