Lu dans la presse
URL courte
Par
24365
S'abonner

L'idée selon laquelle la Russie aurait toujours été dans l'arrière-cour de l'Europe et n'aurait joué que le rôle d'outsider de la politique européenne ne résiste pas à l'épreuve des faits, écrit le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov dans un article pour la revue Russia in Global Affairs.

Le chef de la diplomatie russe invoque plusieurs thèses pour appuyer ses propos et termine sa leçon d'histoire par une citation du fameux diplomate américain Henry Kissinger.

Dans cet article intitulé "Une perspective historique sur la politique étrangère de la Russie", le ministre constate que "les relations internationales traversent une période difficile" et que "la Russie, comme par le passé, se retrouve à la croisée de tendances fondamentales qui déterminent en grande partie l'axe du futur développement mondial".

"Le baptême de la Russie en 988 a contribué à une accélération du développement des institutions publiques, des relations sociales et de la culture, à la transformation de la Russie kiévienne en membre à part entière de la communauté européenne de l'époque. A l'époque, les mariages dynastiques étaient le meilleur indicateur du rôle du pays dans le système des relations internationales: on ne peut que constater qu'au XIe siècle, une fille du grand prince Iaroslav le Sage était reine du Royaume de Danemark et de Norvège, une autre de Hongrie et la troisième du Royaume de France, que sa sœur avait épousé le roi de Pologne et que sa petite-fille avait épousé l'empereur allemand. De nombreuses études scientifiques témoignent du niveau élevé, souvent supérieur par rapport aux pays d'Europe occidentale, de développement culturel et spirituel de la Russie à l'époque", souligne Sergueï Lavrov.

Le ministre poursuit en évoquant Pierre Ier. "En s'appuyant sur des mesures intransigeantes dans le pays, sur une politique étrangère résolue et couronnée de succès, le premier empereur russe a réussi en un peu plus de vingt ans à faire accéder la Russie au rang des plus grands États d'Europe. Depuis, la position de notre pays ne peut plus être ignorée, aucune question européenne importante ne peut être réglée sans prendre en compte son avis."

Sergueï Lavrov rappelle ensuite que l'empereur Alexandre Ier "a directement participé à l'élaboration des décisions du congrès de Vienne de 1815, qui a assuré le développement du continent sans graves conflits pendant quarante ans."

"Indéniablement, la révolution de 1917 et la guerre civile qui s'en est suivie ont été des tragédies gravissimes pour notre peuple. Mais toutes les autres révolutions l'avaient été aussi. Ces circonstances n'empêchent pas, par exemple, nos collègues français d'exalter les troubles des années 1790 qui, hormis les slogans de liberté, d'égalité et de fraternité, ont apporté la guillotine et des rivières de sang", rappelle le chef de la diplomatie russe.

Et de poursuivre: "Les discussions sur la confrontation entre deux totalitarismes, activement introduites aujourd'hui dans la conscience européenne — y compris au niveau des manuels scolaires — sont infondées et immorales. Malgré tous les vices du système en URSS, il ne se fixait pas pour objectif d'exterminer des peuples entiers".

"La fin de la Guerre froide et de sa confrontation idéologique irréconciliable a permis de réorganiser l'architecture mondiale autour des principes d'une sécurité équitable et indivisible, et d'une large coopération sans lignes de démarcation. Mais les partenaires occidentaux ont choisi la voie de l'expansion de l'Otan vers l'est, du rapprochement des frontières russes de l'espace géopolitique sous leur contrôle. C'est là l'origine des problèmes systémiques dont souffrent aujourd'hui les relations de la Russie avec les USA et l'Union européenne."

"Nous ne cherchons pas la confrontation avec les USA, l'UE ou l'Otan. Au contraire, la Russie est ouverte à la plus large coopération possible avec ses partenaires occidentaux", écrit Sergueï Lavrov.

"Je voudrais me référer à l'avis du diplomate américain Henri Kissinger, qui a récemment déclaré à Moscou que la Russie devait avant tout être perçue comme un "élément clé de tout équilibre global, et non comme une menace pour les USA… Je prône la possibilité d'un dialogue dans le but d'assurer notre avenir commun, et non pour approfondir les conflits. Cela demande le respect par toutes les parties des valeurs vitales et des intérêts mutuels". Nous sommes attachés à cette approche précise. Nous continuerons à défendre, dans les affaires internationales, les principes de droit et de justice", conclut le ministre russe des Affaires étrangères.

Lire aussi:

Obama prolonge d'un an les sanctions antirusses
La "poutinophobie", un signe de respect et… d'envie
Sunday Times: Berlin soupçonne Moscou de mener une "guerre hybride"
Medvedev: la politique migratoire européenne est "un échec complet"
Tags:
politique, Sergueï Lavrov, Europe, Russie
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook