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    Image d'illustration. Cœur artificiel. Science Museum de Londres.

    Pourquoi le projet de cœur artificiel nucléaire a-t-il été abandonné?

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    De 1967 à 1977, les USA ont vu se développer deux programmes de recherche pour la création d'un cœur mécanique complètement autonome fonctionnant avec une source d'énergie nucléaire.

    Encore aujourd'hui, les scientifiques sont convaincus que sur le plan technologique le projet était parfaitement réalisable, mais qu'il a été abandonné à cause de divergences sociales et politiques.

    Le gouvernement américain avait chargé l'Institut national pour le cœur et l'Agence pour l'énergie atomique de travailler à l'élaboration d'un cœur artificiel — il était initialement prévu de former un projet commun mais cela n'avait pas fonctionné. L'Institut comptait créer un cœur nucléaire en deux étapes: d'abord une pompe mécanique sans source d'énergie, puis avec une alimentation nucléaire autonome. De son côté, l'Agence avait l'intention de concevoir directement un organe fonctionnant au plutonium. Les divergences entre les deux structures étaient purement politiques: l'Institut agissait dans l'intérêt de l'administration du président Lyndon Johnson, qui promettait aux Américains un cœur artificiel en remettant à plus tard son autonomie, alors que l'Agence était en désaccord avec cette approche.

    En 1972, l'Agence pour l'énergie atomique et la compagnie Westinghouse Electric n'avaient pas encore réussi à rendre suffisamment compacts leur transformateur technique et la pompe mécanique. Néanmoins, les progrès atteints étaient prometteurs et les premiers tests sur des animaux vivants étaient prévus pour 1974. Mais les concurrents de l'Institut national pour le cœur ont été plus rapides.

    Dès février 1972, le chirurgien John Norman implantait un élément du cœur mécanique à un veau soufrant d'une insuffisance cardiaque pour entretenir provisoirement ses fonctions vitales. Cette nouvelle s'est largement répandue aux USA et au total, entre 1972 et 1974, Norman et ses collègues ont effectué des tests sur15 veaux. Problème: les animaux restaient en vie seulement quelques heures au lieu de plusieurs jours comme prévu, et mouraient d'hémorragies ou de dommages causés aux organes internes. Par la suite, Norman a poursuivi ses expériences mais a renoncé aux isotopes radioactifs comme source d'alimentation.

    Le rapport publié par Norman et présenté au congrès était, selon les experts, "superficiel", et "exagérait la signification des résultats obtenus". L'intérêt porté à ce travail était alimenté par les médias, qui publiaient régulièrement des articles sur les décès dus à l'insuffisance cardiaque. La plupart des chercheurs s'entendent pour dire que le projet de l'Agence pour l'énergie atomique (qui n'est pas arrivé jusqu'au stade des expérimentations sur les animaux) était réellement novateur alors que le programme de l'Institut national pour le cœur s'appuyait sur des technologies primitives, et que sa popularité s'expliquait par une bonne campagne médiatique.

    Les principales difficultés concernant l'usage de plutonium pour les cœurs artificiels s'expliquent par les préjugés humains et par le coût élevé de cette technologie. A la fin des années 1970, les stimulateurs cardiaques étaient alimentés par des piles de lithium bon marché, ce qui rendait inutile le recours aux isotopes. Au milieu des années 1970, sous la pression des politiques et du public, l'Agence a clos le projet de cœur nucléaire. L'Institut a suivi son exemple en 1977.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    technologies, science, plutonium, énergie nucléaire, projet, États-Unis
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