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Le mouvement des netstalkers recherche depuis près de 20 ans les phénomènes étranges et mystiques d'internet, mais on en sait relativement peu sur ses membres et leurs trouvailles.

Le terme netstalking, qui désigne la recherche de phénomènes mystérieux et inexplicables sur internet — est apparu au milieu des années 1990, bien avant que le web ne prenne l'apparence qu'il a pour les utilisateurs aujourd'hui. A l'époque n'existaient pas encore de moteurs de recherche comme Google et ses algorithmes d'indexation, et l'internet était une sorte de complexe de réseaux locaux accessibles uniquement à un groupe réduit d'individus.

On estime que le terme netstalker a été inventé par le peintre canadien Jon Rafman, devenu connu avec son projet The Nine Eyes of Google Street View, son travail considéré comme l'expression de la tâche principale d'un "netstalking pur" — la recherche de choses incroyables et étranges dans les tréfonds de l'internet.

​Rafman a sélectionné les photos les plus étonnantes et mystérieuses prises par les robots de Google Street View: le 9 Eyes montre très clairement le mécanisme de travail d'un stalker: analyser une quantité phénoménale d'informations en rejetant 99,99% du contenu pour repérer une miette représentant un intérêt pour une étude.

​La série Serial Experiments Lain est aussi culte parmi les netstalkers. Cette série sortie en 1998 a poussé beaucoup de monde à étudier l'internet. Dans le scénario, l'héroïne principale recherche d'abord des fichiers, puis acquiert la possibilité de se déplacer physiquement à l'intérieur du net. Le jeu éponyme sorti par la suite décrit presque entièrement la routine du stalking: rechercher, trier et cataloguer les fichiers. Parmi d'autres références importantes, les stalkers parlent du film Matrix des sœurs Wachowski et d'Avalon de Mamoru Oshii — qui a inspiré plusieurs projets à la fois, dont les créateurs de la carte des "niveaux de l'internet".

Le passé

Le groupe Synthetical Science fut l'une des premières communautés de stalking. Un utilisateur a conservé la copie de leur blog, qui permet de conclure que le groupe n'était pas essentiellement spécialisé en recherche, mais en mémétique et en mémoprojection — l'étude et la création des "virus mentaux".

Le groupe a fermé en 2012 après seulement deux ans d'existence, laissant derrière lui le livre de John Ono Tao of memetic engineering (ou "Le Tao de la projection mémétique"), culte parmi les netstalkers.

Les internets mystérieux

En 2012 est apparue sur internet la "Conférence de réseau interactive pour la recherche des internets anormaux et mystérieux" (ISCOPAZI). C'est le seul groupe qui existe jusqu'à présent. Selon les informations officieuses, la communauté serait apparue en 2005 mais n'est devenue publique que sept ans plus tard. Le premier scanner IP NESCA prévu pour les besoins des stalkers a été créé, qui envoyait automatiquement toutes les informations trouvées sur le serveur des créateurs.

Le destin de Trailhead

Trailhead était une autre grande organisation, parallèle à Synthetical Science. Son destin est assez mystérieux et entouré de nombreuses légendes.

Le premier Trailhead est né en 2009 de l'imagination de quatre enthousiastes qui élaboraient une méthodologie et des algorithmes de recherche par la méthode d'essais et d'erreurs. A l'époque, l'activité des chercheurs classiques se limitait à l'écriture de brefs textes sur différentes anomalies du web, sans aller plus loin. Trailhead a tenté d'ignorer cette tendance et a continué de travailler jusqu'à sa disparition en 2011.

Deep Web
Deep Web

Au final, le premier Trailhead s'est effondré pour renaître immédiatement grâce aux membres restants. C'est eux qui ont fondé ce qu'on appelle aujourd'hui le "second Trailhead". La communauté a commencé à s'élargir pour atteindre un maximum de neuf membres. A cette époque, les netstalkers s'occupaient uniquement de la recherche et du traitement d'informations — et ont trouvé de nombreux fichiers et projets clés.

Le netstalking a commencé à disparaître lentement à partir de 2011. Quelques petits groupes travaillaient, dont on distinguait le "QG des fichiers secrets" et ISCOPAZI. En l'absence de meilleure alternative, l'un des principaux domaines de "recherche" était la Maison calme.

La légende de la Maison calme

Le concept de Maison calme est apparu début 2010. Il a rapidement quitté les limites du monde de netstalking pour devenir le symbole de l'inexploré et de l'inconnu. Selon la principale version, la Maison calme était une zone située aux tréfonds de l'internet dans laquelle l'homme, s'il l'atteignait, parvenait à l'illumination et disparaissait. Il est donc parfaitement normal qu'avec le temps, cette légende se soit entourée de détails fantastiques. Certains stalkers ont même commencé à affirmer avoir réussi à visiter le "fond" et en revenir.

Le mythe des fichiers mortels

Le premier cas de fichier mortel fut très certainement celui du fameux dessin animé sur les pokémons: à la fin des années 1990, une grande hystérie a été provoquée par des rumeurs selon lesquelles plusieurs enfants avaient mis fin à leurs jours en voyant l'un des épisodes du dessin animé.

​La légende de l'existence d'une vidéo capable de tuer le spectateur est indirectement liée à la "théorie de la 25e image" (ou "message subliminal"), qui était également très répandue dans les années 1990. L'expérience a prouvé que ces vidéos n'avaient rien de mortel et que le mal de tête évoqué par certains spectateurs provenait probablement de l'effet placebo. Les fichiers mortels, tout comme les vidéos creepy (vidéos effrayantes avec des effets spéciaux sciemment créés), sont l'un des mystères du netstalking car on ignore tout de leur origine.

Le troisième Trailhead est apparu en 2015. D'après l'idée, les participants devaient analyser non seulement les phénomènes sur internet, mais également les légendes urbaines.

Leur travail était d'abord très actif: des novices étaient recrutés et formés, puis les meilleurs d'entre eux étaient choisis. Le nombre maximal de participants était d'environ 30 personnes. Néanmoins, c'est dans le cadre de ce projet qu'a été créé l'unique guide détaillé décrivant les algorithmes de recherche et les logiciels requis. Entre autres, ce "manuel" contenait un "schéma de l'internet" détaillé, qui vaut qu'on s'y attarde un peu.

Le schéma de l'internet

Certains ont supposé que le premier schéma de l'internet était la fameuse théorie des niveaux, où tout le web se divisait en fragments — du plus accessible D au plus mystérieux A, où se trouverait la Maison calme. Mais c'est faux: la première carte de l'internet était l'Archéologie de l'internet. C'est cette dernière et le film Avalon qui ont inspiré les stalkers de Synthetical Science à créer le plan primaire. On ignore qui est son auteur exact mais dans la Conversation avec un rapporteur, on suppose que les auteurs étaient bien SynSci.

Carte des niveaux de l'internet
Carte des "niveaux de l'internet"

En réalité, ce plan n'était pas un schéma concret mais plutôt un guide sur les principales valeurs culturelles du netstalking. En 2015, le groupe INCOPAZI et Amnesia ont conçu une nouvelle carte décrivant précisément la zone qui intéressait les netstalkers. Ce schéma reste d'actualité.

Le présent

Aujourd'hui, le netstalking tente de sortir de la longue crise qui a commencé après l'effondrement du troisième Trailhead. Le nouveau projet S.T.A.G.E. cherche à revenir à ce qui faisait du stalking un phénomène culturel autonome. Son fondateur Ray Manson reconnaît que l'opacité et la volonté des novices de "ne pas faire du netstalking mais de paraître cool sur son fond" tuent aujourd'hui les projets.

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