Lu dans la presse
URL courte
Par
8107
S'abonner

Peu de représentants du monde animal ont une réputation aussi mauvaise que celle des cafards. Pourtant, comme l'observateur du BBC Earth a pu le constater, presque toutes nos perceptions et idées reçues sur ces insectes ne sont pas plus que des mythes urbains.

Réputation: créature répugnante. Les cafards sont des créatures dégoûtantes qui se nourrissent de déchets, ne craignent pas le rayonnement radioactif et sont capables de survivre dans n'importe quelles conditions. Si la fin du monde arrive, ces insectes désagréables seront les seuls à survivre. Bref, on serait beaucoup mieux sans eux.

Réalité: il existe presque 5000 espèces de cafards dont seulement 30 peuvent présenter une nuisance pour les êtres humains. Ce sont justement eux qui discréditent tout ce groupe d'insectes très diversifié. À propos: le rayonnement a un effet très nuisible sur les cafards.

Il est peu probable que quelqu'un soit jamais ravi de voir un cafard traverser le plancher de sa cuisine. Les émotions négatives qu'on éprouve à l'égard de ces créatures nous font penser que tous les cafards sont aussi répugnants.
Cependant, George Beccaloni, commissaire de l'exposition d'insectes orthoptéroïdes au musée d'histoire naturelle de Londres, est d'un avis complètement opposé. Il prend le parti des cafards.

"Les gens ont beaucoup de préjugés contre ce groupe d'insectes ", dit-il.

Moins de 1% des 4800 espèces connues de cafards peuvent être nuisibles à l'homme et pourtant, nous ne sommes pas prêts à changer notre attitude envers les 99% restants. Selon Beccaloni, c'est une injustice flagrante.

Il note que sur notre planète, il existe presque autant d'espèces de cafards que de mammifères et qu'on ne peut pas négliger tous les cafards simplement à cause de notre aversion pour les 30 espèces nuisibles.

"C'est comme si en voyant une souris ou un rat on qualifiait tous les mammifères de vils parasites ", résume-t-il.

Un argument juste, mais pas assez convaincant: la diversité des mammifères est beaucoup plus évidente.

Les cafards habitent sur tous les continents sauf l'Antarctique et dans la plupart des zones climatiques.

Je me rappelle qu'une fois, quand j'étais petit, mes parents m'ont amené en Sardaigne où notre appartement fourmillait de cafards. Dans quelle mesure les autres représentants de ce groupe d'insectes sont-ils différents de ceux que j'ai vus alors?

Pendant la demi-heure suivante de notre conversation, j'ai appris beaucoup de choses intéressantes. Premièrement, les cafards habitent dans des régions géographiques très variées.

" Les cafards habitent sur tous les continents sauf l'Antarctique et dans la plupart des zones climatiques, allant des forêts tropicales aux déserts", dit Beccaloni.

Dans les régions tropicales et à basse altitude, où la température reste constamment élevée, la diversité des espèces de cafards est particulièrement grande.

Cependant, certains d'entre eux sont capables de vivre dans des conditions plus extrêmes. Ainsi, l'espèce Eupolyphaga everestiana ne se retrouve que sur le mont Everest, à une altitude de plus de 5 000 mètres.

Le fait que les cafards habitent dans des conditions climatiques si variées implique, bien évidemment, une grande diversité de formes et de tailles.

La plus petite des espèces connues, la blatte Attaphila fungicola d'Amérique du Nord, a choisi comme habitat les nids de fourmis coupe-feuille. Avec sa longueur de quelques millimètres seulement, elle semble encore plus minuscule que ses hôtes.

Il existe également des preuves de la grande importance environnementale des cafards.

L'énorme cafard Megaloblatta blaberoides mesure par exemple plus de 18 cm.

Une espèce encore plus grande: la géante blatte rhinocéros qui habite dans le Queensland, en Australie. La longueur du corps de ce cafard aptère atteint 8 cm, et son poids plus de 30 grammes.

Avec sa taille presque égale à la paume humaine, ce cafard peut paraître dangereux mais les humains ne l'intéressent pas. "La géante blatte rhinocéros ne mange que de l'écorce et des feuilles mortes", raconte Beccaloni.

Plusieurs espèces de cafards remplissent des fonctions écologiques similaires: elles mangent des matières organiques en décomposition et produisent des nutriments pour d'autres organismes.
"Il existe des preuves de l'énorme importance environnementale des cafards", affirme-t-il.

Pour de nombreuses espèces vivantes, y compris certains êtres humains, les cafards sont un hors-d'œuvre très appétissant. Cela explique pourquoi plusieurs représentants de ce groupe d'insectes ont appris à se dissimuler au cours de l'évolution pour ne pas devenir le déjeuner ou le dîner de nos congénères.

Pour se protéger, les cafards de l'espèce Perisphaerus se recroquevillent en boule comme les tatous.

Le cafard des bananes (Panchlora) a choisi un camouflage vert assez simple qui lui assure de se fondre parfaitement dans l'environnement.

Pour se protéger, les cafards de l'espèce Perisphaerus se recroquevillent en boule comme les tatous.

Les représentants de l'espèce Prosoplecta imitent les coccinelles, ayant le même chromatisme accrocheur rouge et noir.

Selon Beccaloni, pour imiter la forme arrondie de la coccinelle, ce cafard s'enveloppe dans ses ailes arrière comme dans un parapluie.

Certaines espèces, par exemple les cafards-coléoptères, se protègent en émettant des jets de liquide. Et si vous dérangez une blatte de Madagascar, elle émettra un son désagréable pour vous dissuader.

Les femelles donnent naissance sans avoir besoin de mâle, ni d'accouplement.

Il n'est pas étonnant qu'avec une telle expérience de survie, les cafards ont appris à se reproduire de différentes manières.

"En ce qui concerne la variété de la biologie reproductive, ce groupe n'a presque pas d'égal parmi les autres insectes", dit Beccaloni.

Certaines espèces se caractérisent par le moyen de reproduction tel que la parthénogenèse. Les femelles donnent naissance sans avoir besoin de mâle, ni ni d'accouplement.

Les femelles d'autres espèces, selon les circonstances, peuvent recourir à la méthode de reproduction sexuée ou asexuée.

Néanmoins, pour de la plupart des espèces, la femelle pond ses œufs dans une capsule. Ensuite, certaines femelles laissent leurs capsules dans l'environnement, tandis que les autres les gardent dans la poche incubatrice d'où, par la suite, les larves vont sortir.

Les cafards-coléoptères n'ont pas de capsules. La femelle pond ses œufs directement dans la poche incubatrice où ils sont nourris avec un aliment spécial, semblable au lait.

Selon Beccaloni, c'est "la plus nutritive et riche de toutes les protéines connues". Elle assure la naissance d'une progéniture bien développée.

Les larves ont des mâchoires acérées qui leur permettent de couper la peau de la femelle pour se nourrir de son sang.

Cela vous semble familier? Pas étonnant. "Cela ressemble beaucoup au placenta des mammifères", dit Beccaloni.

Dans certains cas, la femelle prend soin de sa progéniture même après la naissance.

Par exemple, les femelles de l'espèce Thorax porcellana transportent leurs petits sous leurs ailes. Cela peut sembler très mignon si l'on ne sait pas que les larves ont des mâchoires acérées qui leur permettent de couper la peau de leur mère pour se nourrir de son sang.

"Ils sont comme de petits vampires", dit Beccaloni.

Au regard de toutes les adaptations incroyables par lesquelles les cafards sont passés au cours de l'évolution, il ne serait pas étonnant qu'ils possèdent aussi la capacité de survivre à une explosion nucléaire. Mais ce n'est pas le cas.

"C'est plutôt un mythe urbain", affirme Beccaloni.

Les espèces de cafards sont presque aussi nombreuses sur Terre que les mammifères.

Pour les êtres humains, la dose létale de rayonnement est de 10 Gray. "Pour tuer un cafard il en faut cinq fois plus", note Beccaloni.

À première vue, une telle résistance au rayonnement peut paraître impressionnante mais en réalité, selon Beccaloni, "ce résultat est l'un des plus faibles parmi les insectes".

D'autres espèces sont capables de survivre à une dose de rayonnement dix fois plus élevée.

Lire aussi:

Moscou envahi par des religieuses...
Un quart des Belges seraient insectivores
Les termites, les premiers agriculteurs sur Terre
Voyage dans le monde merveilleux de la macro
Tags:
cafards, insectes
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook