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Le 7 février 1992, les représentants de 12 pays signaient un accord sur la création de l'Union européenne dans la ville néerlandaise de Maastricht. Comment avaient réagi les principaux médias européens?

The Times

Pour l'instant, le traité de Maastricht n'est qu'une nouvelle étape dans le développement de l'UE, bien moins importante que l'Acte unique européen ( sur les principes de la coopération politique européenne ). C'est pourquoi, pendant la signature de l'accord, les partisans de l'intégration européenne ont surtout parlé du travail qu'il restait encore à accomplir.

Côté britannique, la tactique était d'essayer d'accélérer autant que possible l'élargissement de l'Union européenne afin de décentraliser au maximum l'administration au sein de la communauté. Sans attendre le début de la présidence britannique de l'UE en juillet 1992, Douglas Hurd ( ministre britannique de l'Intérieur ) a déclaré que l'achèvement de la création d'un marché commun et le début de l'expansion territoriale de l'UE devaient constituer les tâches prioritaires du gouvernement commun. Il a fait part de son intention d'entamer au plus vite les négociations sur l'adhésion à l'UE de l'Autriche, de la Suède et de la Finlande. L'accord d'association avec la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie, d'après le ministre, devrait également contribuer à l'adhésion de ces pays à l'UE d'ici 2000. D'ici la fin du XXe siècle, l'UE pourrait donc s'élargir jusqu'à 20 membres.

Qu'est-ce que le traité de Maastricht ? Le traité de Maastricht a été signé aux Pays-Bas le 7 février 1992. Cet accord signé par 12 pays instaurait l'Union européenne. Il est entré en vigueur le 1er novembre 1993. Le traité introduit un système monétaire commun régulé par la Banque centrale européenne. La monnaie commune — l'euro — fera son apparition dans les pays membres à partir du 1er janvier 1999.

De plus, les pays membres de l'accord ont approuvé les critères de convergence de Maastricht, c'est-à-dire les conditions à satisfaire pour pouvoir adhérer à l'Union monétaire européenne:
— déficit public inférieur à 3 % du PIB;
— dette publique inférieure à 60 % du PIB;
— pendant deux ans l'État participe au mécanisme des cours de devises et maintient le cours de la monnaie nationale ;
— taux d'inflation annuel d'un État membre: ne doit pas dépasser de plus de 1,5 % la moyenne de ceux des trois États membres présentant les taux d'inflation annuels les plus bas;
— taux d'intérêt à long terme pour les obligations publiques: ne doivent pas dépasser de plus de 2 % la moyenne de ceux des trois États membres présentant les taux d'inflation annuels les plus bas.

Agence France Presse

Le traité de Maastricht est un « sage équilibre entre les ambitions et la raison, l'idéalisme et le pragmatisme, la solidarité et la subsidiarité », a déclaré le premier ministre portugais Anibal Cavaco Silva, dont le pays préside actuellement l'UE. À la cérémonie de signature du traité il a déclaré qu'il s'agissait d'un « accord politique adapté au présent et tourné vers l'avenir ». « Ce n'est pas le stade final. C'est probablement le début d'un nouveau cycle », a-t-il noté.

Faisant allusion aux membres plus pauvres de l'UE, il a dit que les pays du sud comptaient également sur l'avenir de la communauté: « Nous ne pouvons pas décevoir ceux qui considèrent l'UE comme le conducteur des valeurs politiques et humaines. Il est important que l'UE ne se limite pas à un simple partenariat commercial ».

UE
© REUTERS / Srdjan Zivulovic
Le premier ministre néerlandais Ruud Lubbers, dont le pays a présidé l'UE en décembre 1991, a déclaré lors de la mise au point de l'accord: « Nous avons déjà franchi le point de non-retour. L'accord a une importance vitale ». Selon lui, ces dernières années la communauté européenne s'est déjà illustrée comme un acteur important sur la scène mondiale.

Le ministre français des Affaires étrangères Roland Dumas a déclaré après la signature que l'UE, qui était en soi une source de prospérité et un facteur d'existence paisible, deviendrait un centre d'attraction pour les pays situés à sa périphérie. « En disant cela je fais allusion à tous les pays d'Europe de l'Est », a-t-il déclaré.

The Independent

Les débats sur l'argent sont toujours une épreuve, même pour les amitiés les plus solides. Les discussions autour du nouveau plan quinquennal de dépenses de la Communauté européenne ne feront pas exception.

Au total pour 1993 les dépenses de l'UE ne sont pas élevées: 66 milliards d'ECU ( unité de compte européenne dont le cours en 1992 était d'environ 1,3 dollar ), ce qui est comparable au PIB de la Suisse. La Commission européenne est convaincue que cette somme devra augmenter d'environ 2,5 % par an pour atteindre 87 milliards d'ECU en 1997. Les États du sud, plus pauvres, comptent sur un financement supplémentaire qui leur permettra d'atteindre le niveau économique de leurs partenaires plus riches.

La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni sont les principaux donateurs du budget européen. Cela signifie que chacun de ces pays verse davantage de fonds au budget de l'UE qu'il n'en reçoit en retour sous la forme de bourses et de financement des programmes de développement. Ils insisteront pour que le budget total n'augmente pas aussi vite et qu'une partie de l'argent soit économisée en réduisant, par exemple, les dépenses pour l'agriculture. Les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark pourraient soutenir cette position. La politique agricole commune absorbe près de 60 % des dépenses de l'UE. Cette situation fait l'objet de débats mais une éventuelle réforme dans ce domaine demanderait également des dépenses considérables.

The Guardian

L'UE est une descendante de la Guerre froide. Depuis le début de la mise en œuvre de la politique agricole commune, la construction de l'Europe unie est restée dans l'ombre de la rivalité entre les superpuissances. Les pays européens se sont avant tout unis pour des raisons économiques — une éventuelle privation d'une partie de leur souveraineté en matière de défense ou de politique étrangère était perçue par les élites nationales comme une menace à l'ordre mondial établi.

Mais tout cela est du passé. Désormais, grâce à l'intégration économique, les pays tentent de lancer un projet politique commun. Mais tout ne se déroule pas idéalement. Le pire étant que le Mécanisme de taux de change européen et la politique monétaire commune sont susceptibles de faire tomber le château de cartes en construction.

Le traité de Maastricht représente un nouveau triomphe de l'économie sur la politique. L'union politique prévue par l'accord est dérisoire, et Douglas Hurd avait raison en partie en déclarant que rien ne menaçait l'idée d'État-nation.

Mais seulement en partie. Les pays qui ont signé l'accord ont de facto revêtu une camisole de force économique en tentant de mener l'affaire jusqu'à la création d'une zone monétaire commune à partir du 1er janvier 1999. […]

L'Allemagne s'inquiète de plus en plus de perdre une partie de ses marchés après son adhésion à l'UE, tout en subissant une inflation croissante. Pas étonnant, donc, que les débats à la Banque fédérale allemande au sujet du bien-fondé de l'adhésion du pays soient de notoriété publique. Le pays craint que les conditions de l'accord monétaire intransigeant conduisent à la perte du solde commercial positif du pays. […]

Les unions politiques et sociales intra-européennes doivent devenir la force principale de l'intégration européenne, dont les tâches consistent à atteindre des objectifs communs minimaux dans le domaine de l'éducation, de la formation professionnelle, du logement et de la protection de l'environnement. Les États européens doivent être libérés des restrictions économiques, car c'est seulement dans ce cas qu'ils pourront diriger leurs moyens pour atteindre ces objectifs.

La création de l'institution du baccalauréat européen, qui permettra à tout étudiant européen de faire ses études pendant un an dans un autre pays membre de l'UE aura un impact bien plus positif pour l'image de l'UE qu'une nouvelle décennie avec un taux de chômage à 10 %. Et certainement plus positif que l'adoption d'une monnaie commune.

Reuters

A peine les dirigeants des pays ont signé le traité de Maastricht que la communauté européenne a entamé les débats sur l'avenir de l'UE.

La signature de l'accord de 189 pages par 12 pays membres de l'UE a été célébrée à Maastricht avec des orchestres, des drapeaux et du champagne. Les accords signés par les ministres des Finances et des Affaires étrangères sont appelés à créer un nouveau super-bloc avec un marché monétaire commun et une voix commune sur la scène internationale. « C'est un moment historique pour plus de 300 millions d'habitants de la communauté européenne. Nous avons franchi le point de non-retour », a déclaré le premier ministre néerlandais Ruud Lubbers.

Toutefois, même si l'accord a bien été signé, les débats autour de ce que l'UE doit représenter ne cessent pas. Le président de la Commission européenne Jacques Delors a clairement fait comprendre sa vision de l'avenir de l'union: une sorte d'États-Unis d'Europe avec des organes centraux forts. « Je peux dire que la structure fédérale est l'unique option qui nous permettra de résoudre ensemble les problèmes qui existent et de réaliser tranquillement le transfert de la souveraineté nationale », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le Royaume-Uni, qui insistait encore l'an dernier sur l'interdiction d'utiliser le terme « fédéral » dans le texte de l'accord, parle aujourd'hui d'un faible niveau de coopération dans les relations entre les membres de l'UE. La Banque fédérale allemande a évoqué une nouvelle fois, le jour de la signature du traité, ses craintes concernant l'abandon par l'Allemagne du Deutsche Mark fort au profit de l'argent européen commun. De telles déclarations indiquent que l'espace européen commun n'est pas encore une réalité.

Au moins deux pays — l'Irlande et le Danemark — organiseront des référendums nationaux sur le soutien au traité de Maastricht. Certains parmi les membres plus pauvres de l'UE, par exemple l'Espagne, pourraient également reporter le processus d'approbation des termes de l'accord par le parlement national jusqu'à la fin des négociations sur le futur financement de l'Union européenne. Les débats à ce sujet pourraient commencer dès la semaine prochaine. Le président de la Commission européenne Jacques Delors a déjà promis de doubler l'aide pour les régions les plus pauvres de la communauté d'ici cinq ans.

Le ministre danois des Affaires étrangères Uffe Ellemann-Jensen a qualifié de "symbolique" la déclaration faite le jour de la signature de l'accord par le président finlandais Mauno Koivisto, qui a suggéré à son gouvernement d'adhérer à l'UE. Si la Finlande demandait effectivement à adhérer à l'UE elle se joindrait à la Suède, à l'Autriche, à Chypre, à Malte et à la Turquie qui se trouvent déjà dans la file d'attente. D'après Hurd, entre 3 et 5 nouveaux membres pourraient rejoindre l'UE en 1995.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagen t que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
presse, euro, France
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