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    Martin Schulz, nouveau favori des élections en Allemagne

    Merkel a-t-elle peur des barbus?

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    Les résultats d'un sondage réalisé par Forschungsgruppe Wahlen pour la chaîne ZDF ont fait grande impression. Le candidat socio-démocrate à la chancellerie, Martin Schulz, a largement devancé d'Angela Merkel dans les intentions de vote, ce qui paraissait utopique il n'y a pas si longtemps.

    49% des personnes interrogées se disent prêtes à voter pour Schulz, parmi lesquelles certaines ne connaissaient même pas son visage il y a quelques mois. La chancelière sortante, qui tentera de briguer un quatrième mandat, est soutenue par 38% des répondants. Tesl sont les principaux enseignements d'un sondage réalisé par Forschungsgruppe Wahlen pour la chaîne ZDF. Comment ce fonctionnaire européen sans expérience de gestion d'un État au niveau fédéral a-t-il pris le risque de défier Merkel? L'"effet Schulz" dont on parle tant existe-t-il vraiment ou les Allemands veulent-ils simplement voir un nouveau visage? Le parti social-démocrate (SPD) arrivera-t-il à doubler les chrétiens-démocrates qui sont encore des partenaires de la grande coalition mais sont déjà ses principaux rivaux pour les prochaines élections du 24 septembre? Ces questions taraudent les experts allemands, sept mois avant le scrutin.

    L'ex-président du Parlement européen Martin Schulz, 61 ans, a annoncé qu'il avait de très grandes ambitions et qu'il ne visait "que la victoire". Il a lancé un renouvellement complet de l'image de son parti, entraînant dans cette vague plus de nouveaux 4 500 militants qui ont rejoint les rangs du parti depuis fin janvier. De plus, la popularité du SPD a atteint un record historique depuis 10 ans: quand la candidature de Schulz a été annoncée le 24 janvier, la popularité des socio-démocrates ne dépassait pas 21% alors qu'à l'issue d'un récent sondage organisé par Insa pour Bild, ils étaient déjà soutenus par 31% des électeurs tandis que 30% des Allemands étaient prêts à donner leur voix pour le bloc CDU/CSU.

    Nuance, tout de même: d'autres sondages donnent des résultats plus modestes pour les socio-démocrates et d'ici septembre, la balance politique changera de côté à plusieurs reprises. Les pronostics sont une affaire ingrate. Néanmoins, les politologues allemands comparent déjà sérieusement les chances des deux candidats, et certains parlent même du "crépuscule de Merkel".

    Le thème des législatives à venir a tellement captivé les esprits des Allemands que même des coiffeurs donnent leurs "conseils d'expert". Ainsi, le styliste berlinois Udo Walz a expliqué ce que Martin Schulz devait faire pour gagner: raser sa barbe grisonnante. "Il doit se débarrasser de sa barbe. Il paraîtra plus jeune et soigné. Ça l'aidera", estime Walz, même si ce dernier votera pour Merkel qui a recours à ses services de coiffeur. Les connaisseurs insistent tout de même: l'expérience de la lutte politique en Allemagne montre que les barbus n'ont pas beaucoup de chance aux élections.

    Si Schulz ne s'empresse pas de se raser la barbe, il s'efforce en revanche de mobiliser la part de l'électorat du SPD qui avait préféré rester à la maison pendant les législatives de 2013. Environ un sympathisant social-démocrate sur cinq avait en effet perdu confiance dans le parti à cause de sa "politique conciliatrice" avec les conservateurs. "Tout à coup ce qui était inimaginable devient possible: un changement de pouvoir au cabinet du chancelier", écrit Spiegel Online en soulignant: "La course électorale a déjà commencé, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué".

    L'hebdomadaire se réfère à une attaque assez agressive contre Schulz du "titan" de la politique allemande: le ministre des Finances Wolfgang Schäuble qui représente l'Union démocrate-chrétienne. Après avoir critiqué l'adversaire d'Angela Merkel pour "populisme", Schäuble l'a comparé à Donald Trump qui n'est pas du tout apprécié par les représentants des partis "mainstream", y compris Schulz. "Il ne lui reste plus qu'à avancer le slogan "Redonnons sa grandeur à l'Europe" pour devenir une copie de Trump", a noté le ministre avec sarcasme.

    Les rivaux de Martin Schulz passent actuellement au peigne fin ses nombreuses années de travail à Bruxelles pour tenter de démystifier l'image du "défenseur du petit peuple". Les médias ont notamment publié une fuite selon laquelle l'ex-président du Parlement européen utiliserait régulièrement des avions privés pour ses déplacements, par exemple en février 2015 pour se rendre de Strasbourg à Berlin.

    Angela Merkel, de son côté, garde son sang-froid. "La concurrence servira la cause", affirme la chancelière, citée par Spiegel Online. La politique migratoire était considérée jusqu'à présent comme son maillon faible. L'attentat commis avant Noël à Berlin menaçait de faire effondrer la cote de la dirigeante. Mais depuis, la rhétorique de la chancelière est devenue bien moins libérale vis-à-vis des immigrés clandestins. Il est évident que Merkel compte faire passer de son côté l'électorat du parti d'extrême-droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui renforce ses positions. Pour l'instant, les principaux atouts de Merkel restent les indices économiques car les citoyens allemands "votent avec leur portefeuille". L'agence fédérale des statistiques a annoncé que l'an dernier la croissance économique allemande affichait une embellie de 1,9% — le taux maximal depuis 5 ans. Les experts reconnaissent que Schulz devra "sortir un lapin du chapeau" pour doubler Merkel. Cette campagne ne sera certainement pas ennuyeuse. La répétition générale des élections aura lieu le 14 mai, quand les habitants du plus grand Land allemand, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, éliront le parlement local. C'est justement la petite patrie de Martin Schulz, où il a passé à l'aube de sa carrière 11 ans au poste de bourgmestre de Würselen. Ses compatriotes se souviennent-ils de lui? Le suspense s'intensifie.

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    élections, Martin Schulz, Angela Merkel, Allemagne
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