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Traduction de la presse russe (mai 2017) (78)
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La visite à Sotchi de la chancelière allemande Angela Merkel, qui ne s'est pas rendue en Russie depuis deux ans, a provoqué des réactions vives et contradictoires des médias allemands.

Le politologue allemand Alexander Rahr explique comment l'Allemagne perçoit cette tentative de Merkel de rétablir le dialogue avec Moscou.

La presse allemande rappelle la récente promesse d'Angela Merkel de ne pas se rendre en Russie "avant une désescalade dans l'est de l'Ukraine". Certains critiquent la chancelière pour avoir changé d'avis.

Alexander Rahr: En prévision de cette visite, nos chaînes de télévision ont diffusé des reportages consacrés à la Russie et des émissions spéciales. La presse libérale allemande, qui influence considérablement l'opinion publique et surtout en pleine campagne électorale, est très belliqueuse envers la Russie. De facto, elle a exigé de Mme Merkel d'être ferme pendant son entretien avec le président russe Vladimir Poutine. D'un autre côté, une grande partie de la société allemande prône la normalisation des relations avec la Russie — notamment les entreprises allemandes qui appellent Berlin à renoncer au plus vite à la politique de sanctions.

Justement, Klaus Schäfer, vice-président du Comité oriental de l'économie allemande, en a parlé récemment.

Alexander Rahr: Nous voyons que la société allemande est divisée et que la chancelière allemande est comme prise dans un étau. D'un côté, elle craint que les critiques l'accusent de "sympathie excessive" avec Moscou — ce qui serait très défavorable à moins de six mois des élections — et de l'autre, elle doit tenir compte des intérêts de l'Allemagne qui nécessitent un plan de normalisation des relations avec la Russie. Il faut évidemment faire des compromis, regarder vers l'avenir et songer à la création d'une Europe unie sans lignes de démarcation. La rencontre entre Vladimir Poutine et Angela Merkel a eu lieu à Sotchi. Aux yeux de l'establishment allemand c'est la "ville de Poutine". Je pense que Merkel aurait pu trouver un prétexte pour faire organiser sa visite à Moscou. Mais elle a accepté la proposition, ce qui est révélateur. Les Allemands et Merkel personnellement n'ont pas d'approche purement antirusse. Je pense que la chancelière allemande est la plus à même de comprendre l'histoire russe et les intérêts stratégiques russes. Elle ne doit pas les reconnaître mais il faut les comprendre. N'oubliez pas qu'en 2008, au somment de l'Otan à Bucarest, c'est l'Allemagne qui avait stoppé l'expansion de l'Otan par l'adhésion de la Géorgie et l'Ukraine, selon le plan de George W. Bush avec le soutien de l'Europe de l'Est.

Arrivera-t-on à relancer le processus de Minsk?

Alexander Rahr: Merkel doit sauver à tout prix sa renommée de médiateur actif dans ce processus. A une époque, elle avait endossé le rôle d'avocat dans ce conflit. Si les accords de Minsk s'effondrent, alors toute sa "politique de l'Est" s'effondre. Par conséquent, la question ukrainienne n'est pas un simple hobby pour la chancelière. Son règlement ne sera possible qu'en coopération avec la Russie et l'Ukraine. Ceux qui souhaitent réellement la normalisation de la situation attendent également que Merkel se rende à Kiev pour déclarer ouvertement à Porochenko ou au parlement qu'il n'existe pas d'alternative aux accords de Minsk. De ce fait, Kiev doit octroyer au Donbass une autonomie au sein de l'Ukraine. Si l'Allemagne affichait une telle position, ce serait une sage décision. Dans l'ensemble, je n'ai aucune grande attente de cette visite. Mais je pense que Merkel et Poutine sont capables d'améliorer l'atmosphère des relations bilatérales. Toutefois, Angela Merkel est une chancelière "atypique". C'est avant tout une politicienne de valeurs — qu'elle place souvent au-dessus de la géopolitique. Par ailleurs, l'Europe a la possibilité de mettre en œuvre avec la Russie des stratégies intéressantes au Moyen-Orient, en Afghanistan, en Asie, de construire un espace commun de Lisbonne à Vladivostok. Et l'Allemagne comprend cet intérêt.

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Traduction de la presse russe (mai 2017) (78)

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Tags:
George W. Bush, Vladimir Poutine, Angela Merkel, Ukraine, Sotchi, Allemagne, Russie
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