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    Un prêtre. Image d'illustration

    Célibat des prêtres: la fronde des Italiennes

    CC0 / Pixabay
    Lu dans la presse
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    Gazeta.ru
    Traduction de la presse russe (mai 2017) (78)
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    Il y a trois ans jour pour jour, le 19 mai 2014, 26 Italiennes amoureuses de prêtres catholiques écrivaient au pape François pour lui demander d'annuler l'exigence de célibat imposée à ces derniers par l’Église.

    Le Souverain pontife a promis il y a quelques mois qu'il réfléchirait à autoriser l'ordination des hommes mariés, mais qu'il n'était toujours pas prêt à autoriser le mariage pour les membres du clergé ayant déjà fait vœu de chasteté.

    "L'amour pour Dieu et l'amour pour une femme n'entrent pas en contradiction, affirme Alberto Stucchi, 61 ans. L'amour peut être partagé comme un gâteau: un morceau pour Dieu, un autre pour la personne aimée". En 2001, le prêtre Alberto rencontrait Elena. Il parle d'elle comme d'une "fleur ouverte" qui a laissé pousser ses racines dans son cœur quelques mois plus tard. Aujourd'hui cette comparaison est plus pertinente que jamais: depuis plusieurs années il dirige la société horticole Il Giardiniere dell'anima ("Le Jardinier de l'âme").

    Avant qu'il ne soit trop tard, Alberto et Elena n'ont-ils pas essayé de lutter contre l'amour qui les a frappé sans prévenir? "Non, nous réfléchissions à ce que nous pouvions faire". Le prêtre et la paroissienne, aussi bien ensemble que séparément, ont tenté de dialoguer avec la direction de l'Église pour expliquer l'absurdité que constituait à leurs yeux le célibat en tant qu'engagement: "Ce n'est pas un dogme mais une règle inventée par des hommes. Elle a un sens plus pratique que théologique". Le couple n'a rencontré aucune compréhension ni disposition au dialogue. Mais il a reçu un conseil assez surprenant. "Il existe le principe d'Augustin: aime et fais ce qu'il te plaît. Alors on m'a dit de faire ce que je voulais, mais en cachette. On cache un vol ou un meurtre, mais pas l'amour!" Alberto s'interroge: pourquoi faudrait-il renoncer à ce qu'on confesse?

    Selon lui, après avoir rencontré Elena il a commencé à prier plus activement et à se sentir plus en confiance quand elle était présente pendant la messe, à mieux comprendre ceux qui venaient se confesser à lui ou demandaient simplement un conseil.

    Si cela dépendait d'Alberto, qui continue de croire en sa vocation d'une "vie dans le silence, la prière et le travail" et a donné 11 ans de sa vie à l'Église, il n'aurait pas choisi entre sa passion et la femme aimée, entre le bonheur de servir et le bonheur familial. Mais les règles sont ainsi: soit l'un, soit l'autre. Le couple n'a pas voulu se séparer, qui plus est tenir au secret sa relation. Alberto a épousé Elena et ne l'a jamais regretté.

    "C'est une femme dans tous les cas"

    Une expression en italien dit "c'è una donna in ogni caso", qui signifie quelque chose comme "c'est une femme dans tous les cas". Il y a trois ans, une nouvelle vague de débats sur le vœu de chasteté obligatoire a été soulevée par 26 Italiennes qui ont appelé le pape à annuler le célibat. C'est leur lettre qui a relancé en Italie et ailleurs les débats entre les catholiques non seulement sur les principes moraux, les règles religieuses et les valeurs familiales, mais également sur les "sceaux spirituels" et les "fondements ébranlés".

    Le débat sur le célibat obligatoire est aussi vieux que les dix siècles d'existence de l'Église catholique. Pourquoi cette dernière insiste-t-elle sur ce point? Plusieurs versions sont données, allant des idées telles que "des changements mineurs entraîneront par la suite des changements sur les questions majeures" à "l'Église ne veut simplement pas qu'après la mort des moines leurs biens reviennent à leurs enfants". Les prêtres retirés et en exercice répondent simplement: "Cette question ne s'adresse pas à nous". Mais sont-ils nombreux à troquer la robe de prêtre contre une alliance?

    Rien qu'en Italie, selon les estimations, entre 6 000 et plusieurs dizaines de milliers de prêtres auraient quitté l'Église pour se marier ces dernières années. Les 26 auteures opposées à l'"hypocrisie" et au "problème douloureux d'un choix" ne sont pas les premières à faire connaître leur révolte: il y a sept ans une telle lettre avait été envoyée par 40 femmes à Benoît XVI. Dans les deux cas, elles ont été accusées de concupiscence et de trahison. On leur a rappelé le principe "rejette-toi toi-même" ou répondu que "s'ils voulaient se marier ils auraient pu choisir une autre Église". Toutefois, certains acteurs du débat sont d'un autre avis: les prêtres seraient bien plus compétents en matière de famille s'ils fondaient la leur.

    Le destinataire de la dernière lettre en date, le pape François, a été évasif: "Le célibat n'est pas un dogme de la foi mais une règle de la vie que j'apprécie. Je crois que c'est un don pour l'Église. Mais comme ce n'est pas un dogme, la porte est toujours ouverte". La réaction de sa sainteté peut être interprétée différemment: est-ce que cela signifie que personne ne retient les prêtres désireux de se marier? Ou qu'ils peuvent se marier sans perdre leur dignité ecclésiastique? Quoi qu'il en soit, on peut difficilement qualifier de porte ouverte la "terreur" exercée contre les prêtres excommuniés pour s'être mariés.

    Le Don paisible

    Fiorenzo de Molli, 59 ans, a eu plus de chance que les autres. Certes, son amour pour Ileana lui a également coûté sa dignité ecclésiastique et a secoué ses proches ("au début mes parents étaient particulièrement en colère"). Mais, et c'est assez rare pour le souligner, il a trouvé la compréhension de l'archevêque, le cardinal Carlo Maria Martini, connu pour ses opinions libérales, et du vicaire Franco Brovelli. Le prêtre amoureux a été entendu et soutenu. Sans aucune accusation de trahison? "Absolument."

    Après un an de réflexion, Fiorenzo a quitté les ordres pour épouser Ileana. La vie d'église a cédé sa place à l'agitation mondaine, le règlement des problèmes de logement, le remboursement du prêt, le choix d'une école pour les fils, les épargnes, le salaire (désormais Fiorenzo de Molli travaille en tant que directeur des opérations de la Maison de la miséricorde de Milan). Bref, tout va bien. Sauf que la messe lui manque, la confession et sa phrase finale "Dieu vous accorde le pardon". Il est impossible de comprendre ce que signifie renoncer à tout cela d'un point de vue mondain. "C'était un choix difficile, qu'il a fallu payer le prix fort."

    Il a rencontré Ileana en 1997 et… non, il n'est pas tombé amoureux sur le coup. "Après tout, j'étais prêtre, je m'intéressais à des choses complètement différentes." Ils ont commencé à communiquer et un jour Fiorenzo a reçu une lettre par laquelle elle lui dévoilait son amour.

    "Qu'est-ce que j'ai répondu? Rien. Je n'ai pas arrêté de réfléchir. Elle m'a écrit en juin, et j'ai réfléchi pendant huit mois." En évoquant cette période le prêtre utilise des termes peu appropriés pour l'Église comme "crise" ou "dépression", et il est indéniablement ravi que tout cela soit derrière lui.

    Aujourd'hui, alors que la "durée de service" de Fiorenzo en tant qu'homme de famille a pratiquement égalé celle de Fiorenzo prêtre (16 et 17 ans respectivement), il affirme avec conviction que les deux causes impliquent de grande responsabilité et que chacune comporte ses difficultés. Aux femmes amoureuses d'un prêtre, il conseille: "Laissez-leur le temps de faire leur choix. Et quand ils le feront, respectez-le quel qu'il soit."

    Un amour non partagé

    Peu de temps avec notre entretien, l'une des signataires de la lettre a dû se résigner à la décision de celui qu'elle aimait, qui souhaitait interrompre leurs relations. Qui sait quel aurait été le destin de ce couple si…

    Bien sûr, ces femmes d'hommes "mariés à l'Église" rappellent le film La Femme du prêtre, sorti en 1970. "C'est surprenant: il a été tourné il y a longtemps mais de nombreuses scènes restent d'actualité à ce jour, remarquent les interlocutrices. Surtout deux." La première est la rencontre de l'héroïne, jouée par Sophia Loren, avec le cardinal après les scandaleuses publications des journaux: "Il s'avère que le plus important n'est pas le fait qu'ils considèrent le désir de se marier comme un péché, mais qu'il faille éviter à tout prix que cela s'ébruite." La seconde est la scène finale, quand Loren se rend chez le héros joué par Marcello Mastroianni soudainement nommé monseigneur. "J'ai été sidérée par sa réplique: "Tu comprends Valérie, c'est une période très difficile pour l'Église actuellement…" On se cache derrière cette phrase même aujourd'hui quand on ne veut pas prendre une décision. Le héros est aveuglé par son nouveau rôle, par l'honneur accordé et les privilèges, et ne comprend pas que sa promotion n'est qu'un piège pour l'empêcher de quitter l'Église."

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (mai 2017) (78)

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    Tags:
    célibataire, dieu, femmes, amour, catholicisme, église, mariage, Italie
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