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    Ministre soviétique Piotr Plechakov

    Le créateur du «bouton nucléaire» Piotr Plechakov aurait eu 95 ans aujourd'hui

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    Rossiïskaïa gazeta
    Traduction de la presse russe (juillet 2017) (61)
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    Au début des années 1980, un magazine américain faisait sensation en publiant une image sur laquelle on voyait la photo du ministre soviétique Piotr Plechakov accrochée au mur dans le bureau du chef du commandement stratégique de l’armée de l’air américaine.

    Le commandant avait expliqué ce choix par la «nécessité de voir le visage de son principal ennemi pour travailler véritablement». L'histoire n'avait encore jamais rien connu de tel.

    Pourquoi le ministre soviétique a-t-il eu droit à un tel honneur? Pourquoi, alors que les USA et l'URSS avaient entamé des négociations sur la réduction des armes stratégiques, Plechakov était-il considéré par ses homologues étrangers comme le spécialiste le plus compétent à qui l'on pouvait parler?

    «Commandant en chef de l'industrie radio», «ministre spécial»… Tels étaient les qualificatifs utilisés pour désigner le général Piotr Plechakov, qui avait pour mission prioritaire de créer une puissante industrie radioélectrique nationale — secteur qui a permis à la Russie de devenir réellement une grande puissance. Sous la direction et avec la participation de Piotr Plechakov ont été créés des systèmes stratégiques uniques, ainsi que tous les dispositifs radio modernes utilisés jusqu'à aujourd'hui dans l'armée, la flotte et l'aviation russe: des systèmes d'alerte d'attaque de missiles et de reconnaissance électronique spatiale globale au champ électronique unique du pays pour assurer la défense spatiale et antiaérienne, en passant par les systèmes automatisés de gestion de troupes ou encore les systèmes de contrôle de la circulation aérienne…

    Aujourd'hui, peu savent que c'est Plechakov qui a supervisé la mise au point du système connu sous le nom de «bouton nucléaire», devenu le symbole du bouclier défensif du pays. Les stations radar de détection à longue portée conçues à l'époque fonctionnent encore aujourd'hui. Et les systèmes antiaériens S-300 et S-400 n'ont pas d'égal dans le monde. Tout comme le missile stratégique Topol, ils incarnent les idées et le travail de Piotr Plechakov.

    Comme l'a souligné plusieurs fois Nikolaï Ryjkov, membre du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) et président du Conseil des ministres de l'URSS en 1985-1990, Plechakov, qui a tant fait pour la défense du pays, s'est toujours opposé à une confrontation mondiale globale. Piotr Plechakov savait très bien ce qu'était la guerre: il a participé à la Grande Guerre patriotique et combattu en Corée. C'est l'expérience de la guerre de Corée qui lui a donné l'idée de créer un tout nouveau système de guidage des missiles pour protéger les avions, ce qui a sauvé la vie de plus de mille pilotes.

    «Il souhaitait sincèrement la paix», témoigne Nikolaï Ryjkov. Sachant qu'en tant que véritable politicien Plechakov savait que la meilleure garantie de la paix était la puissance et la dignité de la Patrie, et il faisait tout pour les renforcer. Quand les négociations ont commencé entre l'URSS et les USA sur la restriction des armes stratégiques, Piotr Plechakov a joué un rôle crucial pour qu'elles réussissent. Ses connaissances phénoménales dans le domaine de l'électronique, de l'aviation et de l'espace, admirées par ses partenaires étrangers, étaient un immense avantage pour la partie soviétique et permettaient de procéder aux analyses les plus objectives et précises. Il a contribué en grande partie à la signature du traité sur la réduction des armes stratégiques, qui a constitué une percée dans les relations internationales.

    Le destin de Plechakov est étonnant et très révélateur. Issu d'une famille de paysans de la région de Tambov, il est admis haut la main à l'Institut des ingénieurs en communication de Moscou. Un prodige? Certes. Mais son immense talent était couplé à de grandes aptitudes et à une farouche volonté d'apprendre encore et toujours. Il est passé d'ingénieur à directeur de l'Institut central de recherche, avant de devenir ministre. Il a franchi tous les échelons de la carrière militaire et industrielle en passant par les laboratoires, les usines et les polygones.

    Ni les difficultés industrielles ni la complexité des tâches et des problèmes ne lui faisaient peur. Tout ceux qui ont travaillé avec lui le disent. L'institut, sous sa direction, est devenu le fleuron de la création des satellites de reconnaissance spatiale, qui permettaient notamment de repérer les sous-marins d'autres pays dans le monde entier. Grâce à Plechakov, la Russie a reçu des équipements uniques pour le renseignement et des radars d'aviation qui n'avaient pas d'égal.

    Son énergie, infatigable, était débordante. Couplée à la capacité de réfléchir logiquement et dans plusieurs directions, elle donnait naissance à un flux interminable d'idées scientifiques, techniques et organisationnelles. Le terme de «brainstorming» n'existait pas encore à l'époque. Mais c'était le cas de chaque réunion organisée par Plechakov.

    Petit détail: directeur de l'institut, il recevait personnellement tous les jeunes spécialistes. Il avait une mémoire phénoménale. Puis, quand il rencontrait ces spécialistes dans leurs services respectifs il s'adressait toujours à eux en les vouvoyant pour s'intéresser à leurs progrès. Cela ne pouvait pas ne pas inspirer. De nombreux responsables et spécialistes actuels de l'industrie électronique disent aujourd'hui avec fierté: «J'ai été recruté par Plechakov en personne!»

    Tatiana Anodina, docteur en sciences techniques, professeure, académicienne, présidente du Comité interétatique d'aviation (MAK), épouse de Piotr Plechakov:

    — Je remercie la vie et le destin d'avoir mis une telle personnalité sur mon chemin, un homme qui était pour moi plus qu'un mari. C'était difficile avec lui, mais toujours intéressant. Nous avons toujours vécu et tout fait passionnément: travaillé, appris l'un de l'autre, même si j'ai toujours été son élève nous aimions la vie sous toutes ses formes. Il était pour moi une encyclopédie de la vie, une source éternelle de laquelle il était impossible de se séparer. Il était effréné dans tout: le travail, l'amour, ses passions pour la peinture, la musique, le sport. Il était très passionné, notamment quand il jouait au tennis, au volley, au hockey, au billard. Il ne se laissait jamais faire et s'efforçait de tout mener jusqu'à la perfection. Cela se reflétait également sur son travail, qui constituait évidemment la partie principale de sa vie. Il était extrêmement exigeant, notamment envers lui-même, mais aussi envers les autres. Parfois de manière très rigide, mais il était toujours juste et ne portait pas atteinte à la dignité des personnes. Il défendait son point de vue non seulement de manière argumentée, mais également avec des principes, à tout niveau. Sachant qu'il ne s'est jamais préoccupé des éventuelles conséquences pour sa carrière. Il ne se calmait pas et ne reculait pas avant d'obtenir une solution et le résultat nécessaire, luttant jusqu'au bout avec des qualités de battant étonnantes qui lui étaient propres.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (juillet 2017) (61)

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    Tags:
    histoire, bouton nucléaire, Piotr Plechakov
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