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    Sergueï Kisliak

    Sergueï Kisliak: «Les USA n'ont plus les capacités pour une domination absolue»

    © AFP 2017 Brendan Smialowski
    Lu dans la presse
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    Izvestia
    Traduction de la presse russe (septembre 2017) (71)
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    L'ex-ambassadeur de Russie aux USA, qualifié par certains médias américains de diplomate des diplomates et de diplomate russe le plus dangereux, Sergueï Kisliak, vient de rentrer à Moscou.

    Dans une interview exclusive accordée au quotidien Izvestia il a partagé ses impressions après une mission de près de 20 ans.

    Voici les extraits de l'interview accordée par l'ex-ambassadeur de Russie aux USA Sergueï Kisliak au journal Izvestia.
    Vous avez dit plusieurs fois que la classe politique américaine croit en son exclusivité. Le concept de «Cité sur la colline» et ainsi de suite. Vous avez noté qu'indépendamment de celui qui est au pouvoir aux USA, ils mèneront de toute façon une politique de domination absolue dans le monde. Il s'avère que la victoire de Trump n'a rien changé?

    Il existe des facteurs profonds qui déterminent la politique des USA dans le monde. Parmi ces facteurs profonds — la conviction des Américains qu'ils sont un pays exclusif, l'oint du Seigneur pour mener tous les autres derrière lui. Je sais que vous avez suivi les élections. Vous savez que la rhétorique des partis républicain et démocrate n'était pas très différente — ce sont approximativement les mêmes propos. Je me souviens du discours de l'ancien vice-président américain Joe Biden pendant le congrès démocrate quand il cherchait à prouver que le XXIe siècle devait être le siècle de l'Amérique. Selon lui, les USA doivent mener tout le monde derrière eux pour que personne d'autre n'ait l'idée de mener derrière lui les USA. Je n'aurais pas été étonné d'entendre ces propos à un congrès républicain.

    D'où la question: ceux qui ne sont pas d'accord avec le concept américain de domination tombent, selon vous, sous la définition d'adversaire. La Russie contemporaine en fait partie. Le conflit est donc inévitable? Est-il normal de ce point de vue?

    Non, je ne suis pas du tout d'accord que ce conflit est normal. Si nous regardons le potentiel de coopération entre la Russie et les USA et, sur ce fond, les défis pour nos pays, nous verrons qu'ils se croisent sur bien des points. Le terrorisme, l'intolérance religieuse, l'instabilité dans certaines régions du monde et bien d'autres. Sachant que la menace du terrorisme est particulièrement pertinente pour nous parce que géographiquement nous sommes plus proches des régions où ces problèmes sont très aigus.

    A première vue, les Américains parlent de la nécessité de lutter contre le terrorisme, nous parlons de la nécessité de lutter contre le terrorisme. Qu'est-ce qui empêche de s'assoir, comme nous l'avons proposé, pour élaborer un système parallèle ou conjoint de mesures pour combattre un ennemi commun? Mais les Américains refusent. Ils sont convaincus qu'ils doivent tout contrôler. Au lieu de s'assoir et d'élaborer une ligne commune, ils essaient de diriger toute la planète. C'est l'une des difficultés caractéristiques dans la communication avec les Américains.

    Dans un état politiquement surchargé et électrisé ils ont adopté telles de décisions formelles qui empêchent la coopération qu'il sera très difficile de les surmonter même dans des conditions favorables. Malheureusement, cet état perdurera.

    Les relations touchent manifestement le fond. Vous avez dit que c'était la pire période de l'histoire. Y a-t-il une part de responsabilité de la Russie?

    C'est évidemment une question censée vous pousser à dire: «Bien sûr, tout le monde est responsable». Mais j'ai tant d'années travaillé avec les USA que je peux dire avec responsabilité que nous avons tout, absolument tout fait pour maintenir une coopération normale. Il n'y avait qu'une seule condition: les Américains doivent respecter les intérêts de la Russie au lieu de les piétiner dans leurs intérêts immédiats.

    En automne 2016 vous avez tenu un discours à l'université Johns-Hopkins, à l'Ecole d'études internationales avancées. Vous avez dit à l'époque qu'il n'y avait pas de guerre froide entre la Russie et les USA. Alors que l'académicien Sergueï Rogov a au contraire qualifié les relations entre Moscou et Washington de nouvelle guerre froide. Après la saisie de la propriété diplomatique, la fermeture des consulats et les nouvelles sanctions, vous le pensez toujours?

    Je pense que ce qui se passe aujourd'hui est le résultat d'une adaptation difficile des USA au monde changeant où ils ont de moins en moins de capacités pour une domination absolue. A première vue, c'est un fait peu contesté aujourd'hui, y compris en Europe et en Asie. Mais la classe politique américaine n'est pas de cet avis. Du moins, elle ne veut pas l'accepter. C'est pourquoi ils se frappent le torse en criant que l'Amérique est exclusive et doit mener les autres derrière elle. En d'autres termes, ils ne sont pas d'accord avec les changements objectifs dans le monde.

    Sur ce fond, la Russie a été un pays qui, quand il s'agit de ses intérêts fondamentaux, est prêt à les défendre, y compris en s'appuyant sur la force. Voilà ce qui a été un défi pour les Américains qui n'arrivent toujours pas à s'y résigner. C'est une chose à laquelle ils mettront du temps à s'habituer. Cette période sera difficile et longue. Mais quoi qu'il en soit, telle est la réalité objective. Le monde change.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (septembre 2017) (71)

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    Tags:
    diplomatie, Sergueï Kisliak, Russie, États-Unis
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