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    L'équipe de démineurs à Palmyre

    «Armure des dieux»: découvrez le travail des démineurs russes en Syrie

    © Photo. Ministère russe de la Défense
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    Traduction de la presse russe (octobre 2017) (69)
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    Un correspondant de la chaîne russe Zvezda s'est rendu au Centre international de déminage, dont les hommes ont neutralisé des dizaines d'engins explosifs en Syrie.

    Le robot Ouran-14 résiste à tout

    Le sergent Nikita Semouchnikov maîtrise son joystick comme dans un jeu vidéo. Sur son dos: un immense sac-à-dos avec des antennes et une tablette fixée à la ceinture. Nikita contrôle un grand robot-pompier Ouran-14. Ce robot est capable de s'approcher du feu et de tendre sa lance pour diriger l'eau au cœur de l'incendie. C'est précisément ce qu'il montre aujourd'hui aux militaires étrangers réunis au Centre international de déminage des forces armées russes à Nakhabino, dans la région de Moscou. Selon Zvezda.

    Les étrangers sont impressionnés. Ils observent Nikita et d'autres démineurs avec beaucoup de respect. Évidemment, le monde entier sait comment les spécialistes du centre ont déminé Alep, Palmyre et travaillent aujourd'hui à Deir ez-Zor en Syrie. Faire la connaissance des démineurs russes personnellement et voir comment ils travaillent vaut donc le détour.

    Nikita a été sur le terrain en Syrie. Originaire de la région de Briansk, il a terminé son service militaire il y a un an et a décidé de signer un contrat avec l'armée. Au printemps dernier, il a travaillé pendant un mois et demi à Palmyre.

    «Si l'occasion se présentait, je repartirais en Syrie, dit-il. Bien sûr, c'était difficile, mais intéressant. Nous vivions en tente. Chaque jour à 6 heures du matin, nous partions sur les sites pour n'en revenir que le soir. Il y avait de nombreuses mines, pièges, mines antichars et obus. Il n'y en a plus. Et j'espère qu'il n'y en aura plus.»

    A Palmyre, Nikita a travaillé avec une autre version du robot, Ouran-6, qui fait penser à un mélange entre un tracteur et une moissonneuse-batteuse. Cet Ouran dispose d'une benne avec d'immenses roues crantées pour labourer le sol. Qu'arrive-t-il quand Ouran tombe sur une mine?

    «Cela s'est produit plusieurs fois à Palmyre, répond le jeune homme dans un haussement d'épaules. En général l'explosif n'a pas le temps de détoner et Ouran le broie. Mais des explosions ont également eu lieu. Avec un bruit à vous boucher les oreilles, mais sans conséquences pour Ouran. Il est secoué comme s'il avait roulé sur une bosse avant de poursuivre sa route.»

    Toutefois, de tels robots ne peuvent être utilisés que sur des terrains relativement ouverts, alors que les terroristes posent généralement des pièges dans les maisons — pas dans les champs. Les démineurs russes sont venus en Syrie avec des robots et des drones… Mais de nombreuses bombes, les plus dangereuses parmi celles qui ont été neutralisées, ont été retrouvées par des militaires portant une tenue spéciale et ratissant le territoire avec un détecteur de métaux.

    Des récoltes dangereuses

    Les militaires étrangers ne sont pas venus à Nakhabino par hasard. Leur visite s'inscrit dans le cadre de la 2e Conférence internationale de déminage humanitaire qui s'est déroulée à Moscou sous l'égide du ministère russe de la Défense. Des représentants de 20 pays et de trois associations ont participé au forum: le Centre international de déminage humanitaire de Genève, la Comité international de la Croix-Rouge et le Service de lutte antimines de l'Onu. Le thème principal était la lutte contre les engins explosifs artisanaux: dans ce domaine, la Russie, après l'expérience de la Tchétchénie et la Syrie, est clairement en avance. 36.000 engins explosifs ont été neutralisés à Alep et 24.000 à Palmyre. Aucun pays du monde n'a organisé d'opérations de déminage de cette envergure ces dernières années.

    «En Syrie nous avons acquis une expérience colossale, déclare le colonel Igor Mikhaïlik, chef du Centre international de déminage. Nous avons surtout rencontré des situations difficiles à Palmyre et dans la partie historique d'Alep. De nombreux pièges installés étaient impossibles à extraire: les démineurs devaient, a péril de leur vie, les détruire ou les neutraliser pour ne pas endommager les sites importants. Désormais nous pouvons transmettre cette expérience aux spécialistes d'autres pays. Nous enseignons le déminage humanitaire selon les normes internationales, la neutralisation d'explosifs artisanaux, et nous formons également des spécialistes pour le service de recherche et de déminage et des opérateurs de moyens robotiques.»

    L'un des objectifs de la conférence consiste à promouvoir le centre en tant que leader mondial de l'enseignement du déminage. Des représentants de trois pays y ont suivi un stage l'an dernier. Et neuf autres États ont déposé une requête pour l'année prochaine, explique le général Iouri Stavitski, chef des forces du génie.

    «Nous espérons qu'à l'issue de la conférence il y aura d'autres volontaires, y compris européens», a déclaré Iouri Stavitski.

    La base de formation du centre permet d'enseigner les méthodes les plus modernes de recherche d'explosifs et de protection du démineur, ainsi que se familiariser avec les maquettes des dernières inventions des terroristes — des pièges ordinaires aux mines camouflées. Il est possible d'y simuler la plupart des situations auxquelles sont confrontés les démineurs. Par exemple, le site de déminage humanitaire (c'est-à-dire pour l'élimination des conséquences des guerres antérieures) ressemble à un jardin. Sauf que les plates-bandes sont parsemées d'objets qui peuvent se retrouver dans le sol après un conflit: des obus non explosés, des mines antichars et antipersonnel. On se promène dans ses plates-bandes avec un détecteur de mines, et il faut s'arrêter quand on entend le signal. Ensuite, il faut se rappeler des cours de formation pour déterrer avec précaution la «récolte».

    Viktor Belik, responsable du service cynophile, lâche Cheïma en lui disant à l'oreille: «Cherche». Le berger allemand se lance en direction des échoppes de marché spécialement construites sur le territoire du centre. Elle renifle les mannequins faisant office de marchands et trouve infailliblement ceux qui portent une ceinture explosive.

    Tout service cynophile pourrait envier la base russe où sont formés les chiens de recherche et de déminage. En six mois, Cheïma est devenue une véritable démineuse. Elle n'a même pas peur des explosions: Cheïma y a été spécialement habituée avec des pétards.

    «L'entraînement du chien se déroule progressivement, explique Viktor Belik. D'abord on pose une cartouche à côté de sa gamelle, puis un chiffon sentant la tolite. On cache son jouet préféré sous ce chiffon, il le cherche et commence peu à peu à réagir aux explosifs comme à une chose qu'il doit trouver.»

    Une armure de 40 kg

    Les équipements des démineurs russes ont également été présentés sur le site du centre dans le cadre d'une exposition improvisée présentant aussi bien les équipements de service actuels et futurs. Des véhicules blindés, des robots mobiles, des détecteurs de mines et des brouilleurs de signal radio… Les visiteurs de Chine, d'Iran et d'autres pays ont tout photographié avidement, sous différents angles. Peut-être pour fabriquer eux-mêmes des équipements similaires. Mais ils n'auront probablement pas l'occasion d'effectuer des essais en situation militaire réelle.

    «Le niveau de dotation de nos démineurs est si élevé que nous sommes considérés comme les meilleurs du monde en matière d'équipements, a déclaré Igor Mikhaïlik. Notre matériel protège intégralement le démineur contre les éclats et l'onde de choc.»

    A trois mètres de là se trouve un démineur portant la tenue Dospekhi (Armure). Ce blindage assure le plus haut niveau de protection. Alors que la tenue OVR-2, la plus répandue aujourd'hui, peut supporter des éclats volant jusqu'à 400 m/s, Dospekhi résiste à des éclats filant à 1.000 m/s.

    «La protection des organes vitaux résiste jusqu'à 1.800 m/s, explique le directeur du centre de recherche du génie, le capitaine Ilia Sokolov. Et le casque est doté d'une visière empêchant la pénétration de l'onde de choc. Cette tenue est lourde — elle pèse 40 kg au total. Bien sûr, elle n'est pas prévue pour la recherche d'explosifs. Elle est utilisée quand l'explosif a déjà été découvert: le militaire vêtu de cette tenue peut commencer le déminage. Les essais ont prouvé sa fiabilité.»

    A quelques pas de là est présenté le système de contrôle modulaire qui assure la liaison avec le démineur et même une température de travail agréable. Grâce au système de liaison vidéo le commandant peut tout voir avec les yeux du démineur, tout en se trouvant à distance sûre. La température est gérée par le système de refroidissement — un gilet avec des tuyaux faisant circuler le liquide de refroidissement. On pourrait penser que ce n'est pas la fonction la plus indispensable, mais les connaisseurs expliquent qu'en l'absence d'une telle climatisation, on pourrait se noyer dans sa propre sueur. Notamment dans les pays chauds. En Syrie, ce système de refroidissement permet au démineur de travailler 40 minutes au lieu de 15. Étant donné que la procédure d'habillage et de retrait de la tenue est également assez longue, le système de refroidissement économise beaucoup d'efforts et de temps.

    Plusieurs militaires entourent le complexe mobile de déminage — tout un entrepôt d'équipements installés dans un minibus. A l'intérieur on retrouve de tout, de la simple pelle au robot-manipulateur. Ces véhicules ont été mis en service seulement cette année. Ils jouent le rôle d'ambulance, mais pour le génie. Ils sont même peints en rouge et blanc.

    Sans oublier le drone hélicoptère qui sert à retrouver des objets dangereux depuis le ciel. D'après Vassili Antsev, responsable des systèmes aériens non habités de la société Radar MMS, ces drones recherchent des objets suspects et transmettent leurs coordonnées exactes à 80 km de la base.

    «Pour une recherche efficace, il faut voler à 20-30 m d'altitude, explique Vassili Antsev. Même si nous pouvons voir un tel engin (Vassili tape du pied un obus d'artillerie inerte sous la table) à 50 m.»

    Il est donc possible de chercher les mines au sol, depuis les airs, et même sous l'eau. L'engin téléguidé Marlin-350 peut travailler jusqu'à 350 m de profondeur. Actuellement, les ingénieurs travaillent sur les équipements qui permettront non seulement de trouver des mines sous-marines, mais également de les détruire sur place pour dégager toutes les lignes de navigation.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (octobre 2017) (69)

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    Tags:
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