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Les autorités de la Corée du Nord n'ont pas l'intention d'abandonner leur programme balistique et nucléaire tant que Washington ne renoncera pas à ses attaques agressives contre la république communiste, a déclaré Kim In-ryong, représentant officiel de la Corée du Nord à l'Onu.

Les USA sont allés si loin qu'une guerre nucléaire pourrait se déclencher à tout moment, souligne le diplomate nord-coréen. D'après les experts interrogés, il ne sera pas facile de trouver une solution à la crise même si les États-Unis atténuaient leur rhétorique. Pyongyang ne considère pas la Maison blanche comme un négociateur fiable, rappellent les politologues. Selon RT.

Le représentant permanent de la Corée du Nord auprès de l'Onu Kim In-ryong a déclaré que Pyongyang partageait l'idée de la dénucléarisation dans le monde, mais qu'il ne comptait pas renoncer à son propre arsenal nucléaire tant que Washington ne s'engageait pas lui-même sur cette voie.

«La Corée du Nord soutient continuellement l'idée d'une destruction totale de l'arme nucléaire et les efforts pour la dénucléarisation du monde entier. Mais tant que les USA, qui menacent obstinément la Corée du Nord et exercent un chantage sur elle avec l'arme nucléaire, nieront le traité sur l'interdiction complète des armes nucléaires, la Corée du Nord n'adhérera pas à l'accord», a déclaré Kim In-ryong à la réunion du comité de l'Assemblée générale des Nations unies pour le désarmement.

La condition du désarmement de la Corée du Nord ne peut être que l'éradication de la «ligne hostile» et de la menace nucléaire émanant des USA, a souligné le diplomate. D'après Kim In-ryong, Pyongyang est déjà en mesure de mettre en place des forces nucléaires et à présent, les militaires nord-coréens disposent de différents vecteurs d'ogives nucléaires. Cependant, cette arme ne pourra être utilisée que pour la défense, a-t-il souligné.

Une proximité dangereuse

Fin août 2017, le ministre sud-coréen de la Défense Song Young-moo a évoqué avec son homologue américain James Mattis les perspectives de déploiement d'une arme nucléaire tactique américaine en Corée du Sud. Par la suite, cette information a été confirmée par le chef du Pentagone.

Toutefois, le 1er septembre déjà, l'administration du président sud-coréen démentait l'information.

«Nous n'avons jamais pensé que nous devions déployer des forces nucléaires américaines», a déclaré le porte-parole de l'administration au Korea Herald, ajoutant que Séoul respectait le régime de non-prolifération des armes nucléaires.

D'après la professeure du MGIMO Nadejda Toloraïa, spécialiste de la Corée, il est peu probable que le Pentagone déploie une arme nucléaire tactique en Corée du Sud.

«La population sud-coréenne est très soudée et éduquée dans les traditions démocratiques. Les habitants du pays perçoivent déjà très négativement la présence militaire américaine. Il est donc peu probable que Séoul accepte l'expansion de cette présence», a noté l'experte.

La projection de systèmes américains de défense antimissile THAAD en Corée du Sud en 2017 avait provoqué une manifestation dans le pays.

Des manœuvres risquées

Les déclarations officielles des représentants américains sont souvent contradictoires. Par exemple, Donald Trump, qui préconisait auparavant de négocier avec le dirigeant nord-coréen, a récemment qualifié l'initiative du secrétaire d'État américain Rex Tillerson d'établir le dialogue avec Pyongyang de «perte de temps».

«J'ai dit à Rex Tillerson, notre merveilleux secrétaire d'État, qu'il perdait son temps en essayant de mener des négociations avec Little Rocket Man», a écrit Donald Trump sur Twitter le 2 octobre.

La politique de l'administration américaine est critiquée même à l'intérieur du pays. La sénatrice démocrate de la Californie Dianne Feinstein estime par exemple que la Maison blanche «doit immédiatement entamer les négociations avec les autorités de la Corée du Nord au lieu d'essayer d'isoler ce pays asiatique».

Toutefois, selon les experts, le gouvernement nord-coréen ne contribue pas non plus à l'instauration d'un dialogue pacifique. D'après Irina Lantsova, maître de conférences de la chaire d'études américaines à l'Université d'État de Saint-Pétersbourg, «les autorités nord-coréennes manquent de retenue — tout comme l'administration américaine».

«Les autorités nord-coréennes sont également enclines à des manœuvres risquées. Tous les acteurs manquent de responsabilité», estime l'experte.

Nadejda Toloraïa est également de cet avis.

«La Corée du Nord a créé un précédent en sortant du TNP pour élaborer l'arme nucléaire, a souligné l'experte. A titre de comparaison, l'Inde ne fait l'objet d'aucune revendication alors qu'elle possède l'arme nucléaire. Seule différence: le pays ne s'était jamais engagé à ne pas en avoir.»

Après la guerre, le conflit

La guerre sur la péninsule coréenne s'est terminée en 1953 par la signature d'une trêve. Elle prévoyait notamment l'établissement d'une ligne de démarcation, ainsi que l'interdiction de projeter sur la péninsule coréenne un contingent militaire supplémentaire et d'envoyer de nouveaux armements. Lors de la signature du document, l'Onu était représentée par le général américain William Harrison. Mais en 1957 déjà, Washington a averti le gouvernement nord-coréen qu'il n'avait pas l'intention de respecter plusieurs termes de l'accord, et en 1958 le Pentagone a envoyé l'arme nucléaire en Corée du Sud. Ces missiles étaient capables d'atteindre non seulement le territoire nord-coréen, mais également l'URSS et la Chine.

En outre, le Pentagone n'a pas retiré son contingent de Corée du Sud alors que les troupes volontaires chinoises qui se battaient aux côtés du Nord ont quitté la péninsule.

D'après les experts, en 1974 des chercheurs sud-coréens étaient sur le point de créer l'arme nucléaire. Ce travail a été suspendu par Séoul uniquement sur exigence de Washington. En échange, les Américains ont promis d'offrir leur protection militaire à la Corée du Sud.

La Corée du Nord, où des mines d'uranium ont été découvertes en 1947, est très intéressée par le développement de l'énergie nucléaire: en effet, le pays manque d'hydrocarbures.

L'URSS s'est engagée à aider Pyongyang à construire une centrale nucléaire à condition que la Corée du Nord adhère au Traité de non-prolifération (TNP). En 1985, le gouvernement nord-coréen a signé le traité et a pu conclure un accord de coopération scientifique et technique avec Moscou. L'URSS a promis de construire en Corée du nord une centrale nucléaire de 1.760 MW. En 1987, la Corée du Nord a également lancé elle-même un réacteur à eau lourde refroidi au gaz de 5MW. C'est ce réacteur situé à Yongbyon qui est l'unique source possible de plutonium militaire pour le programme nucléaire nord-coréen, estiment les experts.

Néanmoins, Pyongyang a continué d'insister sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne et le retrait de l'arme nucléaire américaine de Corée du Sud. De leur côté, les autorités nord-coréennes promettaient de ne pas effectuer d'essais et de ne pas stocker d'ogives nucléaires, ainsi que de ne pas autoriser les pays tiers à installer leurs bases militaires sur son territoire. En 1989, Pyongyang a invité Séoul et Washington à négocier le retrait de l'arme nucléaire de la péninsule coréenne.

En 1991, Washington a pour la première fois fait un pas vers Pyongyang en promettant de retirer son arsenal nucléaire de la péninsule coréenne et de ne pas utiliser l'arme nucléaire contre les pays membres du TNP. Par la suite, les autorités sud-coréennes ont annoncé le retrait de l'arme nucléaire américaine du pays.

En 1994, Pyongyang et l'administration de Bill Clinton ont signé un accord-cadre dans lequel la Corée du Nord s'engageait à geler les travaux destinés à obtenir du plutonium militaire. En échange, Washington promettait de contribuer à la mise au point du secteur énergétique nord-coréen. L'Organisation de développement énergétique coréen (KEDO) a été créée à ces fins.

Cependant, après la victoire du républicain George W. Bush à l'élection présidentielle américaine, la situation s'est de nouveau détériorée sur la péninsule coréenne. La nouvelle administration de la Maison blanche a notamment accusé la Corée du Nord d'avoir enfreint l'interdiction d'élaborer l'arme biologique et d'avoir l'intention d'attaquer les USA avec des missiles. L'administration Bush a également refusé de respecter devant la Corée du Nord les engagements de l'équipe de Bill Clinton. Au final, Pyongyang a annoncé en 2003 sa sortie du TNP, motivant sa décision par les «actions hostiles des USA».

Cette tournure de la situation a évidemment préoccupé la communauté internationale. La même année a été lancé le premier cycle des négociations à Six à Pékin avec la participation de la Chine, des USA, de la Russie, de la Corée du Sud et du Japon. Ces négociations ont duré plusieurs années.

Néanmoins, les participants ont réussi à progresser. En 2007, la Corée du Nord a arrêté le réacteur du centre nucléaire de Yongbyon qui suscitait les plus grandes suspicions des spécialistes de l'AIEA. En parallèle, Séoul et Pyongyang ont lancé un projet conjoint: la Zone industrielle de Kaesong, zone économique ouverte à 10 km au nord de la zone démilitarisée.

Le travail de la zone a été suspendu en 2013 suite à une nouvelle détérioration des relations intercoréennes après les exercices de grande envergure Key Resolve et Foal Eagle menés par les USA et la Corée du Sud à proximité des frontières nord-coréennes. Pyongyang a réagi en procédant à son troisième essai nucléaire — du point de vue des autorités nord-coréennes, les manœuvres militaires de Séoul et de Washington n'étaient rien d'autre que des préparatifs à une agression contre la Corée du Nord.

Une politique de méfiance

Les experts tiennent Washington pour le principal responsable de l'escalade de la tension: l'administration Trump a en effet montré qu'elle n'était absolument pas fiable dans les négociations.

«La position des USA sur l'accord nucléaire avec l'Iran est révélatrice. La nouvelle administration de la Maison blanche remet clairement en question les accords internationaux conclus par le président précédent», souligne Irina Lantsova.

Dans ces conditions, les pays qui sont sous le feu des critiques américaines doivent s'armer bon gré mal gré, pense l'experte.

«Bien sûr, la situation avec la Corée du Nord n'est pas comparable à celle de l'Iran, mais le fait que les USA ont également enfreint les accords conclus avec Pyongyang est indéniable, juge Irina Lantsova. Il est question de l'accord-cadre et de l'accord conclu à l'issue des négociations à Six. Cela complique la situation de manière significative.»

La diminution de la tension observée dans les années 1990 était due à l'attente d'un effondrement de la Corée du Nord — tout le monde était persuadé à l'époque que le régime nord-coréen n'existait plus pour très longtemps. Mais quand il s'est avéré que le régime nord-coréen était plus solide que ne le pensait l'Occident, la Maison blanche a relancé les attaques actives contre Pyongyang. Sur ce point, les démocrates et les républicains ont des opinions proches: les USA estiment que la Corée du Nord ne doit pas exister.

«Au début des années 2000, Bush a assimilé la Corée du Nord à «l'axe du mal» et a annoncé la sortie du traité ABM, ce qui a également sérieusement déstabilisé la situation. Toutefois, par la suite, l'administration Bush a mené des négociations avec la Corée du Nord et l'a même exclue de la liste des pays soutenant le terrorisme. Ensuite, l'administration de Barack Obama a significativement contribué à la déstabilisation de la situation. Et cela est utilisé pour expliquer l'expansion de la présence américaine en Asie du Sud-Est», a déclaré Irina Lantsova.

Nadejda Toloraïa est également de cet avis. D'après elle, il n'est possible de régler la crise nord-coréenne qu'au format à six, mais ce sont les Américains qui doivent faire le premier pas.

«Il est évident pour tout le monde que Pyongyang n'attaquera jamais en premier — ce serait suicidaire pour la Corée du Nord. Washington doit donner des garanties de paix, c'est l'unique solution. Mais pour l'instant les USA refusent d'apporter des garanties de sécurité à la Corée du Nord en échange de la fermeture du programme nucléaire. Les Américains suggèrent aux Nord-Coréens de se désarmer unilatéralement, ce que la Corée du Nord n'acceptera pas: trop d'exemples sont là pour montrer ce qui est arrivé aux pays qui ont fait confiance à Washington», conclut Nadejda Toloraïa.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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