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Traduction de la presse russe (octobre 2017) (69)
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La compagnie d’État russe Roscosmos a commandé l'élaboration d'une «centrale nucléaire orbitale» capable de recharger d'autres satellites depuis l'espace grâce à un rayon laser. Le cahier des charges pour ce travail de recherche et développement a été envoyé au bureau d'études Arsenal.

L'an dernier une autre entreprise du secteur, la compagnie spatiale Energia, avait effectué avec succès une expérience terrestre de transfert d'énergie par laser sur une distance de 1,5 km. Toutefois, les experts ne voient pas de grandes perspectives dans la construction de telles centrales orbitales — il est plus simple d'alimenter le matériel spatial en énergie grâce aux panneaux solaires, écrit lundi le quotidien Izvestia.

D'après le cahier des charges de Roscosmos, le bureau d'études Arsenal doit étudier les éventuelles options d'utilisation de l'appareil spatial pour régler la question du «transfert dirigé d'énergie par rayonnement laser». Cette énergie sera générée à bord par une source nucléaire dont la conception a débuté en 2010.

«Pour déterminer les différentes versions de l'éventuel aspect du système spatial et assurer la possibilité de sa création par étapes, il est admis d'étudier des niveaux de puissance électrique compris entre 100 et 1000 kW à la sortie du générateur nucléaire», précise le document.

Le concepteur doit présenter d'ici fin novembre 2018 à Roscosmos l'éventuel aspect et les principales caractéristiques du satellite, les possibilités de son déploiement sur différentes orbites, le schéma de son envoi dans l'espace et les mesures de sécurité en cas de situations imprévues.

L'URSS avait connu une expérience négative liée à l'utilisation d'un tel appareil. En 1978, le satellite soviétique Cosmos-954 transportant un générateur nucléaire s'était écrasé au nord-ouest du Canada. L'Union soviétique avait alors versé une indemnité de plus de 10 millions de dollars. Au total, l'URSS a construit plus de 30 vaisseaux avec des générateurs nucléaires. L'entreprise Arsenal était chargée de leur production et c'est aujourd'hui la seule société russe ayant une expérience de création et d'exploitation de tels satellites. L'entreprise Krasnaïa Zvezda (Étoile rouge) était quant à elle responsable de la construction des générateurs. Actuellement, elle fait partie de l'Agence fédérale russe de l'énergie atomique Rosatom et développe un générateur nucléaire de nouvelle génération pour alimenter les moteurs électriques de fusée et les systèmes de bord des vaisseaux.

Roscosmos s'est refusé à tout commentaire au sujet des vaisseaux dotés d'un générateur nucléaire. Le bureau d'études Arsenal n'a pas répondu à la requête envoyée.

Plus tôt, Arsenal avait proposé au ministère de la Défense de mettre au point un groupe orbital de vaisseaux dotés de dispositifs de guerre électroniques et munis d'un générateur nucléaire.

Le directeur de recherche à l'Institut de politique spatiale Ivan Moïsseev estime que le développement d'une «centrale nucléaire spatiale» n'a pas de perspectives car «sa réalisation technique est trop complexe» et «ses possibilités d'usage sont floues».

«C'est une ancienne idée à laquelle je ne vois pas d'application pratique, sauf pour une expérience, a déclaré Ivan Moïsseev. Qu'est-ce qui est plus simple: installer sur un satellite des panneaux solaires traditionnels ou garantir la manœuvre mutuelle de deux appareils pour maintenir un faisceau laser?»

D'après l'expert, les pertes d'électricité pour la transformer en rayon puis inversement seront telles que la technologie ne sera pas rentable économiquement.

Andreï Ionine, membre de l'Académie russe d'astronautique Tsiolkovski, pense que les recherches liées aux technologies dans l'espace ont de l'avenir. Toutefois, il n'est pas parvenu à expliquer les éventuels usages d'une «centrale nucléaire spatiale».

«Les essais d'un laser dans l'espace s'inscrivent dans la continuité des idées pour le transfert de l'énergie solaire sur Terre à l'aide d'un rayon laser partant d'un satellite. Car si ce rayon se dissipe dans l'atmosphère, rien ne le freine dans le vide spatial. C'est un projet assez intéressant. Rien de tel n'a encore été proposé mas je pense qu'il faut séparer ces deux thèmes — l'énergie nucléaire et les technologies laser», déclare Andreï Ionine.

Selon l'expert, les technologies laser dans l'espace pourraient être utilisées dans les projets pour l'envoi de microsatellites en dehors du système solaire. Par exemple, un tel projet a été présenté en 2016 par l'investisseur Iouri Milner et le scientifique Stephen Hawking. Grâce à un puissant laser, ils proposent d'accélérer un satellite réduit jusqu'à 160 millions km/h, ce qui lui permettrait d'arriver jusqu'à l'étoile Alpha Centauri en 20 ans.

La compagnie spatiale Energia avait déjà réalisé une expérience réussie de transfert d'électricité par un rayon laser. Il n'a pas été possible d'obtenir son commentaire concernant son éventuelle participation au projet confié au bureau d'études Arsenal.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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Traduction de la presse russe (octobre 2017) (69)

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