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    «Vandalisme diplomatique» en Israël: Trump cherche-t-il la guerre?

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    Vestifinance.ru
    Traduction de la presse russe (décembre 2017) (29)
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    La décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël et d'y faire déménager l'ambassade des États-Unis est qualifiée par les experts et analystes politiques «d'acte de vandalisme diplomatique».

    En tout cas, personne ne souhaite la paix, pas même Trump, écrit le Financial Times. De facto il a dressé pratiquement tous les pays de la région contre lui, y compris ses plus proches alliés, a provoqué l'indignation des musulmans, a créé un terreau fertile pour la montée de l'extrémisme et — ce n'est pas la première fois — a réduit le rôle et l'influence de l'Amérique aux yeux du monde entier. De plus, il n'a certainement pas pris en compte les intérêts d'Israël et a même probablement nuit à ce dernier, même si certains Israéliens pourraient ne pas être d'accord avec ce point de vue. Selon Vestifinance.ru

    Jérusalem est au centre des efforts de maintien de la paix au Proche-Orient depuis qu'elle a été divisée en 1947. Son statut et sa signification de lieu saint pour les juifs, les musulmans et les chrétiens ont conduit à ce que même l'Onu considère cette ville séparément de l'État hébreu. Même si Israël a toujours affirmé que Jérusalem était sa capitale, aucun pays du monde ne l'avait reconnue comme telle jusque-là.

    Pour la même raison, les autres présidents américains ne soulevaient pas cette question. Ils refusaient même de respecter les actes du Congrès américain de 1995 qui fixaient le déménagement de l'ambassade des USA.

    Reconnaître les revendications d'Israël par rapport à cette ville ne signifie pas seulement détruire les espoirs des Palestiniens d'obtenir un statut officiel pour Jérusalem-Est, mais également rompre l'accord d'Oslo de 1993 stipulant que le statut définitif de la ville serait réglé par les négociations.

    Cette décision unira également les musulmans contre Israël et provoquera de nouvelles vagues de protestations, de violence, voire de guerres.

    Cette semaine, Donald Trump a clairement et à plusieurs reprises été averti contre les conséquences d'une telle décision.

    La Turquie a menacé de rompre ses relations avec Israël. Le ministère des Affaires étrangères turc a déclaré qu'il "condamnait la décision irresponsable de l'administration américaine". Après l'annonce de Trump, des manifestants avec des drapeaux palestiniens et turcs se sont rassemblés devant le consulat américain à Istanbul.

    Le Hamas menace déjà d'une nouvelle Intifada, ce qui est de facto une déclaration de guerre. Le roi Abdallah de Jordanie, qui a signé un accord de paix avec Israël, a averti que la reconnaissance de Jérusalem comme israélienne jouait en faveur des terroristes car elle les aidera à «répandre leur idéologie».

    Un feu vert pour l'Iran

    Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré que les actions des USA étaient une violation de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies reconnaissant comme illégales les colonies israéliennes sur le territoire palestinien, Jérusalem-Est y compris.

    Il a été souligné également que la décision de Trump «risquait de provoquer la fureur des musulmans» et «d'allumer la flamme d'une nouvelle Intifada», c'est-à-dire d'une confrontation active entre les Arabes palestiniens et les autorités israéliennes.

    Le conflit entre l'Iran et Israël a commencé dans les années 1940 sur fond de partition de la Palestine. La dernière aggravation date des années 1990 et aujourd'hui, compte tenu de la guerre au Yémen, des déclarations belliqueuses et de la situation générale turbulente avec la guerre en Syrie notamment, la confrontation entre les pays a atteint un seuil critique.

    La guerre au Yémen, lancée par le prince héritier Mohammed ben Salmane pour rétablir le gouvernement légitime et placer l'Iran sous contrôle, a coûté à l'économie saoudienne des centaines de millions de dollars: en vain. D'autre part, les milliers de victimes innocentes et les millions de réfugiés ont permis à Téhéran de devenir le protecteur des opprimés au Moyen-Orient.

    Le comportement récent de Riyad s'explique par une peur grande et profonde: en effet, le Hezbollah est déjà devenu un pseudo-État qui a gagné le respect des Libanais et des Arabes à travers la région.

    Le prince héritier saoudien avait accusé plus tôt l'Iran d'«agression militaire directe» à cause de la fourniture de missiles aux rebelles Houthis au Yémen, ce qui avait exacerbé la situation déjà tendue dans la confrontation entre les deux rivaux régionaux. Mohammed ben Salmane a estimé que Téhéran était lié au tir de missile depuis le Yémen contre l'aéroport international de la capitale saoudienne.

    Cette crainte face au Hezbollah, ainsi que sa légitimité et sa reconnaissance de plus en plus large dans les établissements publics libanais qui durcissent dernièrement leur rhétorique israélienne et le bellicisme, ont joué en faveur de l'Arabie saoudite.

    D'autre part, les craintes de l'Arabie saoudite et d'Israël sont fondées car effectivement l'Iran joue désormais un rôle trop important au Liban, y compris à travers le Hezbollah, les communautés chiites et le Corps des gardiens de la révolution islamique. Et si auparavant cette influence était seulement militaire, elle est devenue aujourd'hui politique et même sociale. Le départ du premier ministre libanais Saad Hariri en est un parfait exemple.

    L'Iran n'admettra pas que les attaques contre le Liban et le Hezbollah restent sans réponse. Alors qu'Israël ne pourra pas ignorer les attaques de plus en plus fortes qui commenceront bientôt avec une grande probabilité, c'est pourquoi la question est seulement de savoir qui provoquera le nouveau conflit et comment. Mais l'Iran dispose d'une bien plus large marge de manœuvre dans le sens où il pourra jouer une nouvelle fois le rôle de libérateur du Proche-Orient en défendant les Palestiniens, les Libanais et en soutenant le Hamas.

    Trump a-t-il sapé les plans d'Israël et de l'Arabie saoudite?

    En outre, Trump a sapé ses propres plans d'accord entre Israël et les Palestiniens au profit d'Israël. Les négociations n'ont pas encore commencé mais le président américain a déjà montré qu'il laissait à désirer en tant que médiateur.

    La décision du président des USA complique également la vie de l'Arabie saoudite qui est le principal allié de Washington dans la région. Récemment, alors que la situation dans la région était à nouveau inflammable, il s'est avéré que le plus incroyable était le fait d'une coopération entre Israël et l'Arabie saoudite..

    Israël, avec la figure de Benjamin Netanyahou, grand ami et partisan de Donald Trump depuis le début de sa campagne présidentielle, a toujours été un facteur important au Moyen-Orient. La victoire de Trump a eu un effet positif sur les investissements mis en lui par le dirigeant israélien. Depuis sa victoire, les USA ont adopté une position relativement ferme contre l'Iran en balayant l'approche positive établie par Barack Obama qui avait parvenu à passer un accord nucléaire avec Téhéran.

    Néanmoins, le premier ministre israélien a été confronté à de nombreux problèmes dans son pays, à une infime majorité parlementaire et à une enquête anticorruption menée sur les membres de son gouvernement.

    De son côté, Donald Trump a mené une politique très agressive contre Téhéran pendant sa campagne, puis a proposé d'annuler l'accord nucléaire avec l'Iran. Pour sa part, Israël voit en l'Arabie saoudite et Mohammed ben Salmane le maillon manquant entre le wahhâbisme saoudien et le sionisme israélien. Il a été ordonné à tous les diplomates israéliens dans le monde de soutenir les accusations de l'Arabie saoudite visant l'Iran, qui s'ingère dans les affaires intérieures du Liban.

    Les intérêts de Salmane et de Netanyahou semblent coïncider par rapport à la Syrie et au Yémen, ainsi que vis-à-vis de l'Iran et du Hezbollah. Les deux pays ont un destin similaire étant donné qu'aucun d'eux ne peut résolument combattre le Hezbollah en Syrie ou au Liban, sans parler de l'Iran. Son dirigeant Hassan Rohani a déclaré que l'Iran ne craignait qu'une seule force: celle des USA, étant donné que l'Arabie saoudite et Israël sont incapables de vaincre Téhéran.

    Visiblement, Trump soutient les appels saoudiens et israéliens à la guerre en nourrissant les plans d'un accord plus large, régional et global entre les parties. Mais la reconnaissance de Jérusalem fait tout échouer.

    Avec le départ des USA de la région sur fond de réticence de plus en plus flagrante de Trump à participer au conflit au Proche-Orient, Israël et l'Arabie saoudite renforcent leurs attaques désespérées contre l'Iran en observant la hausse de la domination de Téhéran dans la région.

    La tentative du royaume d'isoler le Qatar a échoué, la tentative permanente de présenter l'Iran comme la principale cause de la tension dans la région semble avoir atteint le point de non-retour. Riyad espère déclencher une nouvelle guerre civile dans la région et Israël espère profiter du chaos provoqué par l'attaque contre le Hezbollah.

    Trump joue à un jeu dangereux. Salmane et Netanyahou arrivent à peine à gérer la nouvelle situation, qui conduira forcément à l'annonce de l'hégémonie de l'Iran dans la région. Le temps passe pour Tel-Aviv et Riyad et les deux pays sont confrontés à d'immenses problèmes intérieurs, étant incapables de renverser le cours des événements dans la région sans une ingérence totale de leur allié américain.

    Mais son initiative actuelle sape tout. Il n'est pas un secret que la guerre en Syrie et les problèmes qui ont suivi ont poussé les anciens ennemis à s'engager sur la voie pragmatique d'une collaboration tacite puisque tous les deux semblaient s'être fixés pour objectif de détruire le «croissant de lune chiite». Désormais, cette collaboration est remise en question.

    Les Saoudiens, qui jouent un certain rôle dans l'évolution des derniers projets de paix aux USA, s'opposent également à la reconnaissance de Jérusalem. Ils n'ont pas vraiment le choix. La famille dirigeante n'est pas seulement une famille royale: le roi saoudien est le leader autoproclamé de l'islam sunnite et la mosquée al-Aqsa de Jérusalem est le troisième plus grand lieu saint de l'islam après les mosquées de la Mecque et de Médine.

    Cela pourrait porter préjudice aux Saoudiens, notamment au prince héritier Mohammed ben Salmane qui avait agi pour préserver l'équilibre fragile entre la Palestine et Israël.

    En participant avant tout au règlement d'un problème ayant une signification centrale dans le conflit israélo-palestinien, Trump a effacé tout avis résiduel selon lequel Washington aurait pu agir comme un médiateur sérieux et fiable.

    Le statut de Jérusalem a toujours été une bombe à retardement. Il est à craindre que le président américain ait lancé le compte à rebours.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (décembre 2017) (29)

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    Tags:
    diplomatie, Donald Trump, Jérusalem, Israël, États-Unis
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