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    «Nous lancerons la mission vers la Lune pour développer les technologies d’atterrissage»

    «Nous lancerons la mission vers la Lune pour développer les technologies d’atterrissage»

    © Sputnik. Grigory Sysoev
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    RBC
    Traduction de la presse russe (décembre 2017) (57)
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    Konstantin Elkine, chef adjoint de département de l’institut TsNIIMash (fait partie du holding public Roskosmos), explique à RBC+ les perspectives de l’exploration de la Lune et de l’extraction de ses ressources naturelles.

    - Plusieurs pays examinent la possibilité d'extraire sur la Lune des ressources naturelles telles que l'hélium 3, et de les transporter vers la Terre. La Russie, mène-t-elle les recherches de ce genre? (RBC+)

    - La mise en valeur des ressources potentielles de la Lune suscite depuis longtemps l'intérêt des experts du monde entier. L'examen des recherches appliquées de la Lune et de l'utilisation du sol lunaire — le régolithe — afin d'assurer l'autosuffisance des missions habitées et d'une base lunaire habitée a été lancé encore dans les années 1960, parallèlement aux préparatifs concrets du lancement de vols habités vers la Lune. Dès lors, les idées et les technologies appropriées se développent de manière cohérente et conséquente. Au milieu des années 1970, suite à l'aboutissement de la mission habitée américaine Apollo et à la fermeture du programme soviétique Luna utilisant des appareils spatiaux automatiques, on a constaté une diminution notable de l'intérêt pour l'exploration de la Lune. Pourtant, dans les années 1980, la création en URSS du vaisseau de transport spatial universel Energuia-Bouran a suscité un travail important sur l'analyse et les préparatifs du déploiement éventuel d'une base de recherches habitée permanente sur la Lune. Les spécialistes ont conçu à l'époque tout un éventail d'appareils et de rovers spéciaux nécessaires pour des travaux pratiques sur le sol lunaire. Ce programme a pourtant été abandonné à cause des événements bien connus dans la vie sociale et économique de la Russie dans les années 1990 et au début des années 2000. On a constaté une hausse de l'intérêt pour l'exploration et la mise en valeur de la Lune à l'étranger, dans les pays d'Europe occidentale, au Japon et en Chine, ainsi qu'aux États-Unis, qui ont octroyé des milliards de dollars au programme Constellation de la NASA de 2004 à 2010.

    - La Russie, n'a-t-elle donc rien fait dans ce domaine suite au démembrement de l'URSS?

    — La Russie se focalisait principalement sur les recherches scientifiques dans ce domaine, assurées par Roskosmos et notamment par TsNIIMash. Elles ont également impliqué les scientifiques de l'Institut astronomique Sternberg, dirigés par le professeur Vladislav Chevtchenko, les experts de l'Institut Vernadski de chimie géologique et analytique, ainsi que de l'Institut de recherche spatiale de l'Académie des sciences de Russie, du Bureau de construction mécanique générale et du Groupe de recherche et de construction Lavotchkine. Nous élaborons toujours les projets, les technologies et les moyens techniques nécessaires pour lancer les premières missions destinées à mettre au point les technologies d'extraction des ressources lunaires.

    - On a récemment appris que les États-Unis considéraient la Lune comme l'objet principal de leur programme d'exploration spatiale, alors que par le passé ils s'étaient focalisés uniquement sur le Mars. La Russie, envisage-t-elle de coopérer avec les Américains ou les Européens dans l'exploration et la mise en valeur de notre satellite?

    — Tout d'abord, aucun pays du monde n'envisage de lancer la mise en valeur pratique des ressources lunaires dans un avenir proche. Ce projet est considérablement plus compliqué que celui de la Station spatiale internationale.

    La première étape de la reprise de l'exploration humaine de la Lune prévoit l'utilisation d'appareils automatisés. La Russie fait partie des pays principaux qui réalisent leur stratégie dans ce domaine de manière cohérente. Ainsi, elle envisage de lancer en 2019 en coopération avec ses partenaires européens la mission Luna 25 qui devrait mettre au point les technologies d'atterrissage. On travaillera ensuite sur le bloc orbital, le bloc d'atterrissage, le laboratoire lunaire et les rovers. Il est à noter que le programme russe suscite de l'intérêt des pays des BRICS.

    On envisage de lancer parallèlement les préparatifs de la création de la Station orbitale lunaire internationale qui devrait accueillir des visiteurs. Ce projet implique non seulement Roskosmos et la NASA, mais aussi l'entreprise russe Energuia (fait partie du holding public Roskosmos) et la corporation américaine Boeing. Autrement dit, la Russie est participante à part entière au programme international d'exploration de la Lune.

    - Parlons de l'avenir. A-t-on les technologies nécessaires pour forer le sol lunaire et le transporter vers la Terre? Dans quelles conditions cette activité pourrait-elle être rentable?

    - La science ne cesse de se développer, on crée de nouveaux matériaux, composants et équipements électroniques. Ainsi, il faut désormais travailler autrement. On travaille actuellement sur un appareil de forage qui devrait être installé sur le bloc d'atterrissage du projet Luna-Ressours 1. Dans ce projet, nous coopérons avec nos partenaires de l'Agence spatiale européenne qui utilisent en partie l'expérience acquise lors de la conception des équipements similaires pour le rover du projet ExoMars. Nous pensons qu'il nous faut avoir notre propre appareil de forage, et l'Institut de recherche spatiale se penche actuellement sur la possibilité de créer un système similaire moderne.

    En ce qui concerne le transport vers la Terre des échantillons de régolithe obtenus grâce au forage, c'est l'objectif du programme d'essai Luna-Grount qui fait partie du Programme spatial fédéral actuel. Cela prévoit également une coopération étroite avec l'ASE.

    Quant à la rentabilité du forage lunaire et du transport des échantillons vers la Terre, au cours des 10 ou 15 années à venir l'importance de ces projets sera purement scientifique, mais leurs résultats pourraient former la base de futurs projets lucratifs de la mise en valeur de la Lune, si l'on découvrait par exemple des minerais ayant des qualités uniques. Il existe actuellement une limitation très importante: le statut juridique international de la Lune empêche tous les pays, organisations et individus d'extraire les ressources lunaires et de livrer vers la Terre les produits créés sur leur base. Si les principes fondamentaux de l'activité internationale sur la Lune restaient inchangés, toute son exploration serait réduite à l'augmentation de l'autosuffisance des stations de recherche, comme c'est actuellement le cas en Antarctide.

    - Comment peut-on lancer la mise en valeur des ressources naturelles de la Lune? Quelles stations faudra-t-il construire à ces fins? Est-ce l'état actuel de l'industrie spatiale russe permet de créer les appareils nécessaires pour cette activité?

    — En répondant à cette question, je vais me servir de la position élaborée depuis longtemps par beaucoup d'experts en ce qui concerne les premières étapes de la mise en valeur des ressources lunaires: il est tout d'abord nécessaire d'élaborer des opérations appropriées pour assurer la sécurité des missions. Il s'agit notamment des opérations d'essai qui devraient confirmer la possibilité de produire à partir du régolithe des composantes du propergol et des gazes pour les équipements de survie. Ou d'enfoncer dans le régolite des modules nécessaires pour le séjour prolongé des équipages sur la Lune. Cela devrait permettre de les protéger contre la radiation spatiale sur la surface du satellite privé d'atmosphère dense et de champ magnétique qui créent les conditions pour l'existence de la biosphère sur la Terre. On a également besoin de technologies appropriées pour protéger les appareils et la santé des équipages contre la poussière lunaire.

    On a déjà présenté plusieurs variantes de complexes de production lunaires, destinés à des activités élargies différentes sur la surface du satellite. La plupart des propositions actuelles se basent sur l'expérience de création d'équipements miniers terrestres dans les carrières à ciel ouvert et d'utilisation de l'énergie solaire — la vitesse de rotation de la Lune est relativement peu importante — ou nucléaire.

    - Verra-t-on des «récolteuses» russes ou occidentales sur la Lune, comme dans les films de science-fiction?

    — Probablement. On examine d'autres versions de complexes lunaires de recherche et de production qui pourraient se trouver sur la surface lunaire et s'orienter au travail sur le régolithe: nous avons des informations sur le contenu et les qualités du régolithe, mais n'avons guère de données d'expérimentation sur le sous-sol lunaire. Quant aux types concrets de ces complexes, ils laissent un champ libre à l'imagination des ingénieurs. Actuellement, l'option la plus élaborée, à mon avis, prévoit la création d'une récolteuse mobile qui devrait traiter les secteurs les plus anciens du régolithe pour extraire l'hélium 3: cet isotope est très rare sur la Terre, mais pourrait être utilisé dans les projets futurs de réacteurs thermonucléaires.

    Bien qu'on sache parfaitement les principes de création des équipements, des mécanismes et des complexes lunaires, leur mise en œuvre pratique est une tâche très compliquée. Ainsi, en ce qui concerne les capacités de l'industrie spatiale russe moderne de construire les équipements de ce genre, ce problème a plusieurs éléments. En principe, la création de certains types de ces appareils est possible, car ces systèmes techniques ne sont en aucune façon plus compliqués que les fusées porteuses et les appareils spatiaux modernes. Les chercheurs de Roskosmos examinent ces questions pour définir leur faisabilité du point de vue des investissements. Dans tous les cas, tout cela ne sera possible, qu'après l'analyse scientifique du régolithe menée sur la Lune ou à bord d'une station orbitale lunaire.

    - Quelles sont les étapes de la mise en valeur des ressources naturelles de la Lune? Quand pourra-t-on, selon vous, lancer l'extraction du sol lunaire?

    — Ce travail prendra beaucoup de temps. Selon nos estimations, il faudra à l'humanité au moins 50 ans de préparatifs pour lancer la production sur la Lune. A titre de comparaison: l'Antarctide reste toujours vide malgré plus de 60 ans de recherches actives et une accessibilité beaucoup plus importante par rapport à la Lune. Il ne faut pas non plus oublier le statut juridique actuel de la Lune qui prévoit certaines limitation des activités économiques et exige des concertations à l'Onu (L'accord régissant les activités des États sur la Lune et les autres corps célestes, adopté par la résolution 34/68 de l'Assemblée générale de l'Onu le 5 décembre 1979).

    - Quels sont d'autres facteurs — outre les technologies et les finances —, capables d'influer sur l'exploration de la Lune?

    — L'«écologie» lunaire. L'environnement du satellite est assez fragile à cause de l'absence de l'érosion hydrique et atmosphérique qui est très active sur la Terre. Même les premières étapes du lancement de l'extraction pourraient créer des obstacles considérables sur la voie des recherches scientifiques à cause de la poussière lunaire émise par les appareils de production.

    - Que faire? Comment peut-on donc concilier la mise en valeur de la Lune et les recherches scientifiques?

    — Concernant les étapes de la future extraction des ressources de la Lune, la seule position concertée des experts stipule qu'il est nécessaire de créer d'abord une base lunaire pour mettre au point toutes les technologies nécessaires du point de vue de l'«écologie lunaire», avant de mettre en valeur les ressources de la Lune.

    - L'institut TsNIIMash, que fait-il dans ce domaine? Quels sont les résultats de ses recherches? Outre l'hélium 3, quelles autres ressources pourra-t-on extraire sur la Lune?

    - Nous menons actuellement les recherches scientifiques nécessaires pour le développement du programme russe d'exploration et de mise en valeur de la Lune. Le bilan de l'étape actuelle de ce travail sera présenté au client — Roskosmos — à la fin de l'année 2018.

    En ce qui concerne les ressources lunaires, je voudrais souligner encore une fois qu'on n'a toujours trouvé aucun gisement utile pour l'humanité d'un point de vue classique de la géologie et de la pratique terrestre. On ne peut probablement parler que de la recherche des réserves d'eau, potentiellement très utiles pour assurer l'autosuffisance des activités élargies sur la Lune. Nous constatons également des résultats concernant les technologies de production d'oxygène, de carbone, d'azote et d'autres substances nécessaires pour créer des composants de propergol et des gazes pour les équipements de survie. On parle également de la métallurgie lunaire, de l'extraction des métaux de terre rare, ainsi que de la recherche des astéroïdes tombés qui se caractérisent par une teneur renforcée en fer, en nickel et en métaux du groupe du platine. On examine les projets des chercheurs américains concernant l'extraction de l'hélium 3 sur la Lune. Il existe également un projet de construction sur la Lune d'une centrale solaire qui devrait transmettre un rayon d'énergie concentrée vers les récepteurs installés sur la Terre ou sur l'orbite. Il s'agit pourtant des objectifs d'un avenir assez éloigné. L'avenir que nous créons aujourd'hui.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Tags:
    espace, ressources naturelles, atterrissage, technologies, Lune
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