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    Comment les USA comptent influencer les utilisateurs des réseaux sociaux à l'aide de bots

    © Sputnik. Alexey Malgavko
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    Traduction de la presse russe (janvier 2018) (30)
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    L'armée américaine a publié un appel d'offres pour un logiciel destiné à travailler sur les réseaux sociaux.

    Plus précisément, le Pentagone cherche un programme informatique capable d'analyser les commentaires sur internet et de générer automatiquement, sur la base des informations recueillies, des publications sur les réseaux sociaux en sept langues dont le russe, écrit le site de la chaîne RT.

    Le commandement américain a lancé un appel d'offres pour un logiciel capable de travailler sur les réseaux sociaux, qui devra savoir analyser et générer un contenu en sept langues.

    «Les langues demandées sont l'arabe, le français, le pachtou, le farci, l'ourdou, le russe et le coréen», précise le document publié par l'unité INSCOM chargée d'élaborer des outils pour le renseignement, la guerre cybernétique et la guerre électronique. INSCOM travaille conjointement avec la Première direction des opérations informatiques du Commandement cybernétique de l'armée de terre américaine chargée d'élaborer des «opérations informatiques».

    «La tâche de la direction consiste à assurer aux forces armées américaines une liberté d'action dans le cyberespace tout en privant nos adversaires de cette liberté», indique le document d'INSCOM.

    Parmi ses fonctions, le logiciel doit notamment «pouvoir automatiquement créer entre trois et dix commentaires uniques à partir d'une publication sur les réseaux sociaux tout en préservant le sens et le ton de l'original», précise la requête du Pentagone.

    En outre, le logiciel doit pouvoir déceler l'humeur négative, positive et neutre des utilisateurs des réseaux sociaux, «distinguer les expressions locales et/ou le jargon, les particularités orthographiques, le slang, les abréviations, la manière d'utiliser les majuscules et les minuscules, ainsi que les pictogrammes utilisés sur les réseaux sociaux», stipule le document.

    Le système devra aussi capter dans les commentaires des utilisateurs les émotions comme la colère, le plaisir, la tristesse et l'inquiétude.

    Le renseignement militaire américain a fixé des délais très réduits pour les fournisseurs potentiels: la requête indique que les compagnies privées doivent envoyer leurs offres d'ici le 12 février.

    Influencer l'opinion publique

    Annie Machon, ancienne collaboratrice du MI5 britannique, a déclaré que la liste des langues demandées incluait les langues nationales de l'Iran, de la Corée du Nord et de la Russie, ce qui indique clairement quels pays seront visés par cette activité.

    «Bien évidemment, l'objectif consiste à influencer l'opinion publique sur certains sujets. Cela pourrait représenter une menace. Les Américains agissent ainsi après les prétendues attaques de hackers russes pendant la dernière présidentielle américaine. Et ce programme pourrait aussi être utilisé pour espionner. Curieusement, il y a seulement quelques semaines WikiLeaks a rapporté qu'en 2009-2010 le Government Communications Headquarters, service de renseignements électroniques du gouvernement du Royaume-Uni, développait également un programme visant à utiliser des trolls et à créer un logiciel similaire. Le Royaume-Uni fait exactement la même chose depuis presque dix ans», a souligné Annie Machon.

    L'experte n'écarte pas la possibilité que par ce «moyen rusé», les Américains tentent de «montrer à tout le monde qu'auparavant ils ne pratiquaient rien de tel, mais qu'aujourd'hui ils doivent le faire pour se protéger contre de prétendus trolls russes, israéliens ou autres».

    Une fantaisie

    L'entrepreneur russe Igor Achmanov, spécialisé dans les technologies informatiques, doute qu'aujourd'hui les compagnies soient capables de développer un logiciel ayant de telles fonctions.

    «C'est apparemment une tentative d'influencer le processus politique, mais c'est technologiquement impossible pour l'instant. Je pense que de tels chatbots n'ont pas encore été créés. Le progrès n'a pas encore atteint un tel niveau pour qu'un bot puisse mener un dialogue en langage naturel. Si vous avez eu une expérience de communication avec un tel bot vous savez qu'il est impossible d'entretenir avec lui un débat politique. Peut-être que les Américains veulent effectivement commander de telles recherches. Mais de mon point de vue c'est une fantaisie. Le Pentagone investit beaucoup d'argent dans ce genre de fantaisies. Selon moi, les Américains commencent à se mentir, ils ont regardé trop de films et se mettent à fabriquer des terminators et des avions furtifs, puis il s'avère que c'est trop cher, comme le F-35, ou que personne n'en veut», résume l'expert.

    «Irradier les cerveaux»

    Le spécialiste en cybersécurité Andreï Massalovitch estime que le système qu'il est prévu de concevoir influence déjà les processus politiques.

    «C'est une tentative de fabriquer une arme d'impact informatique ou une arme pour garantir la domination dans l'espace informatique. Les Américains agissent sciemment pour «irradier le cerveau» du public ciblé. L'influence du public ciblé et l'apport de contenu sont des tâches formulées il y a plus de 5 ans. Il s'agit aujourd'hui de l'automatiser pour le faire de manière ciblée, efficace, massive et stratégiquement pesée», explique l'expert.

    Andreï Massalovitch note qu'il existe déjà des moyens pour combattre de tels systèmes automatisés.

    «Il est possible d'identifier les bots même si aujourd'hui ils s'efforcent de se faire passer pour des êtres humains. Il est possible de s'en protéger avec des mesures organisationnelles et juridiques: l'État, par exemple, peut bloquer ce genre de débit. Certains pays y ont préalablement réfléchi, comme la Chine où les serveurs des réseaux sociaux et des grands sites sont installés sur le territoire chinois, ils sont sous contrôle et peuvent être débranchés à tout moment. Je pense qu'on y viendra également», poursuit l'expert.

    Andreï Massalovitch commente également l'éventuelle influence de forces extérieures à l'approche de la présidentielle russe.

    «Dans les mois à venir, des instruments qui ont déjà fait leurs preuves seront utilisés en Russie», souligne l'expert en cybersécurité.

    Une usine à bots

    Les USA ont accusé plusieurs fois la Russie d'utiliser des bots et des trolls sur internet, soi-disant pour impacter le public et la vie politique aux États-Unis.

    Ainsi, en décembre 2017, le procureur de l'État de New York Eric Schneiderman a déclaré que des millions de bots imitant des profils sur les réseaux sociaux et des adresses électroniques auraient participé au débat civil concernant la préparation de la décision de la Commission fédérale américaine pour les communications.

    Le procureur général a noté que, selon ses informations, près de 8 millions de commentaires auraient été rédigés à partir de faux comptes de courriel dont 444.000 auraient été envoyés depuis des adresses russes.

    «Dans le même temps, les gouvernements étrangers tentent indéniablement d'utiliser internet et les réseaux sociaux pour influencer nos élections. Les autorités au niveau fédéral et étatique doivent travailler ensemble pour empêcher ces malfaiteurs de saper le processus de prise de décisions dans nos établissements administratifs», a déclaré Eric Schneiderman.

    L'activité des bots russophones a également été rapportée par le Centre de communications stratégiques de l'Otan (Stratcom). Ses collaborateurs estiment que 60% des comptes russophones sur Twitter sont des bots, d'après le rapport du centre. Les auteurs ont noté que les bots russophones étaient à l'origine de 70% de tous les tweets sur l'Otan dans les pays baltes et en Pologne.

    Attaque contre les médias

    Ces derniers mois, le Congrès américain a activement débattu de la prétendue utilisation de bots par les médias russes RT et Sputnik dans le but d'influencer la présidentielle américaine.

    Les représentants des plus grands réseaux sociaux ont mené leur propre enquête concernant cette éventuelle influence sur les élections. Ainsi, le patron de Facebook Mark Zuckerberg a déclaré qu'il transmettrait au Congrès des informations sur les publicités politiques qui auraient été achetées par des «bots russes», tout en précisant qu'il ne disposait pas de preuves sur l'implication de Moscou.

    «Nous ignorons qui et comment publie de la publicité sur Facebook et nous ne l'avons jamais fait. Jamais la Russie n'a été impliquée», avait déclaré de son côté le porte-parole du président russe Dmitri Peskov.

    En novembre dernier, le Congrès américain a organisé des audiences sur l'«ingérence russe» dans les élections américaines, auxquelles ont participé des représentants de Facebook, de Google et de Twitter.

    «Nous avons déterminé que les profils que nous pouvions lier à la Russie et qui avaient diffusé des informations sur les élections étaient peu nombreux: près de 0,0001% de l'ensemble de profils analysés», a déclaré le directeur juridique de Twitter Sean Edgett.

    Google n'a pas non plus trouvé de preuves d'utilisation de bots par les médias russes, comme l'a annoncé le directeur juridique de la compagnie Kent Walker.

    «Nous avons revu les profils de RT. Vous le savez, RT fait beaucoup de publicité dans les journaux, les magazines et les aéroports à travers les USA. Nous avons minutieusement étudié le contenu des profils de RT et nous nous sommes assurés qu'ils correspondaient à notre politique contre l'incitation à la haine, à la violence et tout le reste. Actuellement nous n'avons identifié aucune infraction», a-t-il déclaré.

    Des accusations infondées

    En juin 2017, la rédactrice en chef de RT Margarita Simonian a répondu aux accusations du Pentagone selon lesquelles la chaîne influencerait le public occidental.

    «Quelques centaines de journalistes (en effet brillants) seraient devenus en quelques années la menace principale pour la plus puissante armée du monde? Dommage que nous n'ayons pas su immédiatement que le Pentagone était aussi peureux. Nous aurions pu moins travailler et nous reposer davantage», a-t-elle déclaré.

    Plus tôt, en mai 2017, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré en conférence de presse à l'issue d'un entretien avec la chancelière allemande Angela Merkel que Moscou ne s'ingérait pas dans les processus politiques des démocraties diplomatiques.

    «Nous ne nous sommes jamais ingérés dans la vie politique ou les processus politiques d'autres pays. Nous voudrions vraiment que personne ne s'ingère dans notre vie politique — la vie politique de la Russie. Malheureusement, nous constatons l'inverse», a souligné le chef de l'État russe.

    De plus, depuis plusieurs années, la Russie prône l'adoption d'une convention internationale spéciale qui réglementerait, sous l'égide de l'Onu, les normes de conduite des pays dans le cyberespace.

    Le représentant spécial du président russe pour la coopération internationale dans le domaine de la sécurité informatique Andreï Kroutskikh évoque pour sa part les fondements des règles de conduite dans le cyberespace.

    «Il est important de ne pas se faire obstacle, de ne pas créer des systèmes globaux d'espionnage mutuel, des systèmes d'incorporation de signets dans les produits informatiques achetés pour plusieurs milliards. Il faut établir des règles pour que quand un individu achète un appareil il soit sûr que rien ne menace sa vie privée», conclut-il.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (janvier 2018) (30)

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    Tags:
    renseignement américain, guerre électronique, réseaux sociaux, Forces armées des Etats-Unis, chaîne de télévision russe RT, Sputnik, Pentagone, États-Unis
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