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    Six mythes qui empêchent les prix du pétrole de grimper

    © Sputnik . Maksim Bogovid
    Lu dans la presse
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    Vestifinance.ru
    Traduction de la presse russe (février 2018) (59)
    2113

    Le prix du baril a pu décoller de son niveau minimal durant ce cycle parce que l'Opep+ et la Russie comptent aboutir à un équilibre de l'offre et de la demande. Mais quel est le juste prix du baril sur un marché équilibré?

    Après avoir atteint son maximum de 66 dollars le 26 janvier 2018, le cours NYMEX du baril de WTI a chuté au début du mois pour atteindre 59 dollars le 13 février. Aujourd'hui, il est remonté à 63,5 dollars. Il est rassurant de voir que le baril n'est pas descendu jusqu'au montant clef de 57,65 dollars pendant les ventes. Selon Vestifinance.

    Depuis l'été dernier, les barils de WTI et de Brent affichent une hausse. Mais plusieurs «mythes» continuent de faire baisser le prix du baril.

    Mythe n°1: la production de pétrole de schiste aux USA pourra satisfaire la future demande mondiale de pétrole

    La production pétrolière augmente aux États-Unis. Il ne fait aucun doute que les améliorations significatives dans la technologie du forage horizontal et dans les méthodes de production ont rendu possible la production pétrolière de schiste et dans d'autres zones difficiles d'accès. La production pétrolière aux USA dépasse actuellement les 10 millions de barils par jour — un niveau qui était encore impensable au début du siècle.

    Néanmoins, la production de schiste aux USA continue de représenter seulement 5% des fournitures pétrolières mondiales. Il est peu probable que la production pétrolière américaine puisse satisfaire un jour la demande totale des USA (actuellement plus de 17 millions de barils par jour), sans parler des livraisons dans le reste du monde.

    Mythe n°2: tous les terrains loués pour les gisements de schiste sont identiques

    Le gisement de Perm s'étend sur 19 millions d'acres, mais seulement une faible part des terrains est considérée comme «de premier niveau», c'est-à-dire convenable pour la production de pétrole de schiste.

    Les compagnies chargées de la reconnaissance et de la production pétrolière exploitent rapidement leurs meilleurs espaces, après quoi il est relativement difficile de maintenir le même rythme de production.

    Même chose concernant le déroulement de gros travaux pour la fracturation hydraulique dans les puits horizontaux, qui assure un très bon niveau de production de départ dans les puits — mais les indices initiaux de production sont instables.

    Après un premier sursaut, la production diminue rapidement dans tous les puits horizontaux.

    Dans la plupart des régions, la production se réduit de plus de 50% par rapport à la production initiale en l'espace d'un an. Trois ans plus tard, dans la plupart des puits horizontaux, la production chute à moins de 10% de ses volumes initiaux.

    Du point de vue économique, c'est remarquable. Mais dès à présent il existe en Russie des centaines de puits horizontaux où l'on constate un haut niveau de chute de la production, et encore 20.000 nouveaux puits seront creusés cette année. Quand les régions de premier niveau seront exploitées, il sera mathématiquement impossible de forer suffisamment de puits de second niveau pour maintenir la croissance de la production. Certains pensent que les gisements de Bakken et Eagle Ford Shale ont déjà franchi leur pic de production.

    Mythe n°3: tout le pétrole est identique

    C'est plutôt un malentendu qu'un mythe. Le pétrole de schiste et d'autres roches possède une très forte densité API (plus de 40 degrés).

    Si c'était une bonne nouvelle initialement, aujourd'hui la Russie produit tellement de «pétrole léger» que les raffineries russes ne peuvent pas le gérer.

    C'est notamment pour cela que les USA exportent actuellement davantage de pétrole. Selon le dernier rapport annuel en date de l'Agence américaine d'information sur l'énergie, lors des six dernières semaines qui ont pris fin le 9 février 2018, les USA ont:

    — produit 9.926.800 barils de pétrole brut par jour;
    — importé 7.976.500 barils par jour (essentiellement de pétrole lourd);
    — exporté 1.341.500 barils par jour (essentiellement de pétrole léger);
    — exporté 4.885.000 barils de produits pétroliers par jour.

    Le problème de la trop grande quantité de production de pétrole léger attirera davantage l'attention de la presse cet été parce que: 1) il faut plus de pétrole pour produire des mélanges estivaux d'essence et de gasoil et 2) il y a une limite à l'exportation de pétrole clair.

    Mythe n°4: l'exploration classique n'est plus nécessaire

    Rosneft
    © Sputnik . Rosneft / Service de presse
    On pourrait affirmer que c'est la même chose que le mythe n°1. Les investisseurs pensent qu'il n'est pas nécessaire de gaspiller de l'argent pour l'exploration dans les régions éloignées ou les travaux de forage à haut risque comme le forage en eaux profondes, si les schistes peuvent fournir tout le pétrole nécessaire.

    Le fait est que la part du pétrole produit par l'Opep et par les USA représente plus de 45% de l'offre mondiale de pétrole, et qu'aujourd'hui elle subit une baisse stable parce qu'un capital réduit a été utilisé dans ces «autres régions».

    Étant donné que la demande en pétrole croît actuellement de 1,5-2 millions de barils par jour chaque année, une nouvelle offre de grande ampleur est nécessaire, en plus de la production de pétrole de schiste.

    Mythe n°5: L'Opep et la Russie peuvent inonder le marché avec du pétrole chaque fois que c'est nécessaire

    Tout d'abord, il serait incroyablement stupide que les membres du cartel augmentent à nouveau considérablement leur production car ils ont été les plus touchés par le récent effondrement des prix du pétrole.

    Deuxièmement, l'Opep n'a que très peu de marges de production au-delà de ce qu'elle produit aujourd'hui.

    Le dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), publié le 13 février 2018, annonce que les membres de l'Opep ont rempli à 137% leur accord de production, et que la Russie, qui ne fait pas partie de l'Opep, a rempli les conditions de l'accord à 85%. La véritable raison de la diminution de la production de l'Opep est qu'elle ne peut pas produire plus de pétrole qu'elle n'en produit aujourd'hui.

    Indépendamment de sa cause, cette peur ne doit pas procurer d'insomnies aux investisseurs. Si vous comptez investir cette année dans l'IPO Saudi Aramco, songez au paragraphe précédent.

    Mythe n°6: les moyens de transport électriques et les sources d'énergie renouvelables feront prochainement baisser la consommation de pétrole

    Rien ne prouve que cela arrivera prochainement. Tous ceux qui ont accédé à la majorité au début du XXIe siècle pensent que nous vivrions mieux sans combustible à base d'hydrocarbures. Il n'y a rien de plus absurde. La génération des milléniaux pense que toutes les personnes cultivées rouleront en voiture électrique dans quelques années. Mais ils ne cherchent pas à savoir d'où viendront, par exemple, les accumulateurs pour recharger les batteries.

    Si vous avez plus de 30 ans, vous vous souvenez peut-être que le biocarburant devait conduire à une baisse de la demande pétrolière. Tout le monde constate aujourd'hui que cela n'est pas arrivé.

    Le nombre de voitures électriques est appelé à augmenter mais cela n'influencera pas la demande en essence ou en gasoil, au moins pendant encore une décennie. Le vent et l'énergie solaire génèrent de l'électricité et, par conséquent, représentent une grande menace pour l'industrie du charbon, mais ils ne peuvent toujours pas faire concurrence aux centrales à gaz.

    Que cela vous plaise ou non, ce monde fonctionne au pétrole. Rien ne sera comparable à l'essence et au gasoil, qui restent relativement bon marché par rapport à d'autres types de carburant.

    En avril 2017, la demande en pétrole brut a augmenté de plus de 2 millions de barils par jour. En 2017, la demande en pétrole a augmenté de 2,3 millions de barils par jour entre les premier et deuxième trimestres. L'an dernier, les réserves pétrolières aux USA ont atteint leur maximum depuis 5 ans. Aujourd'hui, les réserves pétrolières américaines sont à la moitié de leur maximum depuis 5 ans. En fin de compte les faits sont toujours vainqueurs face aux mythes.

    Certaines statistiques contenues dans le rapport sur le marché pétrolier de l'AIE pourraient surprendre:

    — Les fournitures mondiales de pétrole ont baissé en janvier pour atteindre 97,7 millions de barils par jour: comparez ce chiffre à la demande mondiale qui, selon l'AIE, dépassera 100 millions de barils par jour d'ici le 4e trimestre.

    — les prévisions de croissance de la demande pétrolière de l'AIE pour 2018 ont été revues à la hausse de 1,4 million de barils par jour. Compte tenu des données factuelles pour 2018, la demande augmentera de plus de 2 millions de barils par jour. Les estimations de la croissance du PIB ne cessent d'augmenter, or l'augmentation du PIB est un facteur clé de la demande pétrolière.

    — les réserves commerciales de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) ont chuté de 55,6 millions de baril en décembre, ce qui représente la plus forte chute depuis 7 ans. Actuellement, les réserves de l'OCDE s'élèvent à 2.851.000 de barils.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (février 2018) (59)

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    Tags:
    prix, baril, pétrole, Russie
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