Ecoutez Radio Sputnik
    Le parcours d'une nouvelle arme russe, du bureau des ingénieurs aux forces armées

    Le parcours d'une nouvelle arme russe, du bureau des ingénieurs aux forces armées

    © Sputnik . Maksim Blinov
    Lu dans la presse
    URL courte
    Traduction de la presse russe (février 2018) (59)
    5311

    La direction générale de l'armement (DGA) est la structure du ministère russe de la Défense qui détermine la nature de l'armement russe du futur.

    La Direction générale de l'armement commande les travaux de recherche et développement, organise les essais, les achats, le recyclage et même la destruction des armements, du matériel et de la propriété militaires. La DGA est responsable de l'élaboration et de la mise en œuvre des axes principaux de la politique militaro-technique du pays, s'occupe de la formation du projet de programmes publics d'armement, non seulement pour le ministère de la Défense mais également d'autres structures de force: le ministère de l'Intérieur, le Service fédéral de sécurité (FSB) et le Service fédéral de protection (FSO).

    La stratégie du perfectionnement

    Ce n'est pas un secret: ces derniers temps, une grande percée a été faite en matière d'armement de l'armée et de la flotte russes. L'armée reçoit de plus en plus de matériel militaire modernisé, d'armes, de moyens de communication et d'équipements modernes. Des «concepts» russes font leur apparition, par exemple le futur chasseur polyvalent de 5e génération Su-57 (indice d'usine T-50), ainsi que le châssis de combat universel lourd Armata. Dans un avenir proche, ces élaborations prometteuses sont appelées à se multiplier. On attend notamment l'apparition d'hélicoptères rapides, de drones d'attaque supersoniques, ou encore d'un nouveau porte-avions réunissant les approches les plus originales des moyens d'utilisation de l'aviation navale.

    Su-57
    © Sputnik . Evgeny Odinokov
    Su-57

    Le 46e Institut central de recherche du Ministère russe de la Défense est véritablement l'endroit où s'établissent les perspectives de développement des systèmes d'armement pour l'armée et la marine, se forme l'appareil méthodique pour élaborer les programmes publics d'armement et sont formulées les propositions pour la commande publique de défense. L'institut dispose d'un statut de superstructure: il travaille pour tous les types des forces armées — l'armée de terre, l'armée de l'air et la marine. Ces derniers années, avec un rôle central de l'institut, ont été élaborés et approuvés plusieurs programmes et concepts de développement de l'armement et du matériel militaire, y compris deux programmes publics — pour 2007-2015 et pour 2011-2020.

    Comme l'indique le directeur adjoint du 46e Institut, le colonel et maître de conférences Oleg Atchassov, le programme public ne prend pas seulement en compte les menaces militaires: il tient également compte des perspectives de développement des technologies, et des possibilités de création d'armes dotées de propriétés complètement nouvelles.

    «L'arme hypersonique, laser, à radiofréquence. Les meilleurs spécialistes sont réunis à l'institut pour parer les menaces et élaborer les mesures permettant d'y faire face», souligne Oleg Atchassov.

    Avec 19 docteurs et 103 candidats ès sciences, le potentiel scientifique de cet institut de recherche est effectivement élevé. Sachant que la plupart des travaux réalisés sont de nature globale et sont menés en collaboration avec des organisations de recherche et des entreprises industrielles. Dans l'ensemble, au ministère de la Défense, travaille un réseau d'instituts de recherche, y compris spécialisés. Ainsi, l'institut qui travaille pour la marine élabore des cahiers des charges pour construire des navires et des sous-marins, l'institut spécialisé dans les avions développe des moyens aériens, et l'institut de la défense aérospatiale des armes pour protéger les frontières aériennes.

    Le célèbre 3e Institut de recherche central du ministère russe de la Défense mène des recherche dans l'armement, le matériel militaire et spécial, et sa structure comprend plusieurs centres et directions de recherche. L'ensemble du travail des centres de recherche militaires est supervisé par la Direction générale de l'armement du ministère de la Défense, dirigée par le général Anatoli Gouliaev, spécialiste militaire émérite.

    L'ère des nouvelles approches

    Ce dernier passe la moitié de son temps de travail à visiter les entreprises de défense.

    «La tâche principale, formulée initialement dans les années 1930, est le développement programmé des systèmes d'armement, souligne le général Gouliaev. Elle reste la même aujourd'hui. Ces tâches sont liées à l'équipement global des forces armées et du matériel militaire, à l'organisation de la planification de leur élaboration, à la planification des commandes et des fournitures aux forces, ainsi qu'à la coordination et à l'exploitation des armements et du matériel.»

    Le système d'approvisionnement de l'armée en nouveaux moyens militaires est planifié par le ministère de la Défense de manière systémique. Le développement est pris en charge par les instituts de recherche et la coordination est réalisée par la DGA. Ce domaine est supervisé par un vice-ministre, en l'occurrence le vice-ministre russe de la Défense Iouri Borissov. Ce dernier note que l'an dernier, la commande publique a été remplie à 98,5%. En 2016 il s'agissait de 97%, contre 80% auparavant. «Plus de 125 modèles d'avions et d'hélicoptères, plus de 400 unités de véhicules et de matériel blindé, près de 170 radars, 170 missiles antiaériens, plus de 20 navires et bateaux logistiques ont été mis en service», énumère Iouri Borissov. De plus, au moins 15.000 unités ont été réparées, ce qui représente également des investissements en forces et en moyens.

    Le vice-ministre russe de la Défense, Iouri Borissov (au centre) et le commandant de la Marine russe, Viktor Tchirkov (à droite) lors du Salon naval international de Saint-Pétersbourg
    © Sputnik . Igor Russak
    Le vice-ministre russe de la Défense, Iouri Borissov (au centre) et le commandant de la Marine russe, Viktor Tchirkov (à droite) lors du Salon naval international de Saint-Pétersbourg

    De nombreuses élaborations des scientifiques russes sont considérés à juste titre comme uniques, sans pareilles dans le monde. Le centre de recherche de l'armée de l'air entraînait ainsi à une époque Youri Gagarine et élaborait les éléments du programme lunaire soviétique. Aujourd'hui, les spécialistes planchent sur le futur avion russe T-50 pour la création duquel les ingénieurs effectuent une évaluation ergonomique des systèmes de contrôle. Le poste de travail du pilote est testé en centrifugeuse dans des conditions d'importantes surcharges, tout comme le confort d'installation et la portée des systèmes de contrôle ainsi que les possibilités d'interagir avec le champ d'information et de contrôle.

    On évoque actuellement l'élaboration d'un hélicoptère d'attaque réunissant les qualités des meilleurs appareils de l'aviation russe — les modèles Ka-52 et Mi-28. Le nouvel hélicoptère sera doté d'une aile et pourra naviguer à plus de 400 km/h.

    Ka-52 Alligator
    © Sputnik . Vitaliy Ankov
    Ka-52 Alligator

    Des drones-hélicoptères qui interagiront avec des hélicoptères classiques au profit de l'armée de terre sont également à l'étude. En outre, explique le directeur adjoint du département de recherche de l'Institut central de recherche de l'armée de l'air Alexandre Nemov, les ingénieurs élaborent un drone de grande portée qui sera capable d'effectuer un vol automatique à basse altitude à vitesse supersonique pour éliminer aussi bien des cibles stationnaires que mobiles à une profondeur stratégique opérationnelle. Aucune armée du monde ne possède encore de tels appareils.

    L'objet d'une attention particulière

    Les spécialistes des instituts de recherche militaires travaillent pour l'avenir, cependant ils étudient attentivement les lacunes des armements antérieurs. L'institut de recherche de l'armée de l'air possède des appareils qui ont été endommagés durant leur xploitation: il procède à une expertise, une analyse et tire ses conclusions. Les experts suivent également l'évolution des armements et du matériel militaire dans d'autres pays. Des maquettes électrodynamiques des modèles sont même créées pour évaluer leurs caractéristiques réelles. Les élaborations sous l'égide de l'unité très secrète du Pentagone, DARPA, ne sont pas non plus un secret pour eux. Par exemple, ils connaissent déjà les paramètres du missile de croisière hypersonique américain. Pour sa part, l'institut de recherche central de la défense aérospatiale étudie le missile d'interception GBI — ces recherches sont particulièrement importantes du point de vue du test des possibilités de détection de cette arme.

    Le centre scientifique spécialisé dans la marine exprime des recommandations des décennies à l'avance. L'institut de recherche Académie navale centralise les recherches et règle des questions théoriques et pratiques de planification, de construction et d'exploitation des navires, il met en place l'accompagnement des travaux de recherche et développement accomplis pour la commande publique de défense, et gère l'appui scientifique de l'exploitation des navires, de leur armement et du matériel militaire.

    Le directeur de l'institut de recherche, l'amiral de réserve Nikolaï Maximov, souligne que dans le cycle de vie de tout navire il faut prévoir son potentiel de modernisation. Récemment, il a approuvé le concept du premier navire antipirate russe capable (pour la première fois) d'embarquer un bateau de débarquement et d'assaut avec une possibilité de sortie en mer pendant le déplacement du navire-mère. Les dimensions et d'autres caractéristiques du navire ont été validées précisément dans cet institut, et c'est seulement alors que le matériel (plus exactement sa maquette en taille réelle) a été testé par l'infanterie de marine. Quant aux futurs moyens de combat de la marine de plus grande envergure, l'amiral Maximov parle de sous-marins lance-missiles stratégiques avec de nouveaux missiles et évoque la construction d'un nouveau porte-avions.

    Le projet de ce navire est déjà élaboré, et on sait que le pont de décollage sera deux fois plus grand que celui du porte-avions Amiral Kouznetsov. De plus, le système de départ inclura à la fois un tremplin et un dispositif d'accélération. Le nouveau porte-avions sera capable d'embarquer des avions à longue détection radar, et le noyau du groupe d'aviation naval pourrait être constitué par les futurs chasseurs polyvalents embarqués conçus sur la base du T-50 mais adaptés au porte-avions.

    Une autre nouveauté pour la marine élaborée sous l'égide de la Direction générale de l'armement est le nouveau navire de débarquement — une sorte de réponse russe au Mistral. Ce bâtiment russe pourra débarquer du personnel, accueillir des hélicoptères et assurer un appui-feu. Quant au perfectionnement des moyens de combat de la flotte sous-marine, un travail est mené actuellement pour la création des futurs systèmes de navigation et de contrôle.

    «Aujourd'hui, les données les plus précises sont fournies par les gyroscopes à fibre optique. Il s'agit simplement du développement par étapes de différentes technologies. A chaque étape, la précision s'améliore. Si auparavant on parlait de dizaines de minutes angulaires, aujourd'hui ce sont des centaines, et demain on parlera de milliers», précise le vice-ministre russe de la Défense Iouri Borissov.

    La coopération en ligne

    Il est important de souligner que le travail avec l'industrie fonctionne au ministère russe de la Défense selon un régime de coopération directe. Le chef de la DGA passe plus de la moitié de l'année à voyager à travers le pays. Le vice-ministre Iouri Borissov voyage tout aussi souvent. Par exemple, le vice-ministre peut visiter le même jour une usine d'assemblage des hélicoptères de combat Ka-52, se rendre à l'usine d'aviation fabriquant des T-50, puis inspecter sur un chantier naval le déroulement de la maintenance et de la modernisation des sous-marins.

    En fait, l'une des tâches principales de la DGA est d'établir une interaction nette avec tout le secteur de l'industrie russe de l'armement. L'organisation, au ministère de la Défense, des Journées communes de réception militaire a constitué une innovation en la matière. Au Centre national d'administration de la défense russe se réunissent les clients, les représentants de l'industrie, les représentants militaires, et des questions sont posées en direct.

    «Les derniers conflits militaires indiquent que le vainqueur sera celui qui verra, entendra et prendra une décision plus rapidement. Il est indéniablement question de l'arme de haute précision, et pour en disposer il faut de nouvelles élaborations», souligne Iouri Borissov.

    Ce n'est probablement pas un hasard si, au ministère de la Défense, est établi un contact étroit avec la communauté scientifique russe. Le président de l'Académie russe des sciences, le professeur Alexandre Sergueev, en est convaincu: «Plus le niveau de développement de la science et des technologies sera élevé, plus important sera l'approvisionnement de notre armée en nouvelles élaborations». Les objets et les domaines qui étaient auparavant présents uniquement dans la science-fiction font à présent déjà partie du programme public d'armement: l'hyperson, les technologies à très haute fréquence, le laser. Et d'après le directeur adjoint du 46e Institut de recherche central Oleg Atchassov, un travail est actuellement en cours sur le futur programme d'armement à l'horizon 2030. Sachant qu'on évalue la situation économique dans le pays et les perspectives d'introduction des innovations dans le domaine de l'armement et du matériel militaire.

    Aujourd'hui la «militarisation» du budget est l'un des thèmes favoris des opposants russes. Par ailleurs, le président du conseil scientifique et technique de la Commission militaro-industrielle russe, le professeur Iouri Mikhaïlov, attire l'attention sur la comparaison des dépenses militaires de la Russie et d'autres pays.

    «Nos dépenses sont 13 fois inférieures à celles des USA, et quatre fois moins importantes que celles de la Chine. La Russie est le seul pays, parmi les dix leaders mondiaux, à avoir réduit en 2017 son budget militaire de 10%, alors que tous les autres l'augmentent», explique Iouri Mikhaïlov.

    Le domaine de la défense ne concerne pas seulement l'armement. Il ne faut pas oublier que ce sont les militaires qui ont envoyé un homme dans l'espace (Iouri Gagarine était un officier de l'armée de l'air), et que c'est pour l'armée qu'avaient initialement été créés de nouveaux systèmes de liaison, de communication et de contrôle. Certains records ont également un lien avec le monde militaire. L'an dernier, par exemple, sur le polygone militaire de la flotte du Pacifique en mer du Japon, des plongeurs militaires ont accompli un record d'immersion à 317 mètres de profondeur, battant le record précédent de 196 mètres qui tenait depuis presque 20 ans. Sachant que ce record n'a pas été établi pour la gloire: il s'agissait d'essais d'un équipement destiné à sauver des marins sur un sous-marin naufragé.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (février 2018) (59)

    Lire aussi:

    Vladimir Poutine fixe de nouveaux objectifs à l'armée russe
    L'Arctique, mais pas seulement: zoom sur le programme de réarmement des forces russes
    Robots et armes hypersoniques en dotation dans l’armée russe d’ici 2025
    Tags:
    porte-avions, défense, Su-57 (T-50, PAK-FA), Forces armées russes, Marine russe, Iouri Borissov, Russie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik