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    Drapeaux de la Chine et des USA

    Et si les menaces US envers la Chine étaient du bluff

    © Sputnik . Alexander Vilf
    Lu dans la presse
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    Nezavissimaïa gazeta
    Traduction de la presse russe (mars 2018) (57)
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    Les menaces américaines d'ériger un mur face aux marchandises chinoises pourraient être du bluff. En effet, l'administration américaine et Pékin ont entamé des négociations en coulisses afin de faciliter l'accès au marché chinois aux Américains.

    Des contacts sont en cours entre le nouveau vice-premier ministre chinois Liu He, le ministre américain des Finances Steven Mnuchin et le représentant commercial Robert Lighthizer, écrit Nezavissimaia gazeta.

    Des responsables américains ont envoyé au vice-premier ministre chinois une lettre pour demander à la Chine de réduire les taxes sur les voitures, d'augmenter les achats de semi-conducteurs et d'ouvrir le secteur financier aux USA. Dans le même temps, les médias chinois affirment par inertie que la Chine refusera.

    Steven Mnuchin a téléphoné à Liu He afin de le féliciter pour sa promotion, qui a été annoncée pendant une récente session de l'Assemblée chinoise des représentants du peuple.

    La presse occidentale voit en Liu He le principal conseiller économique du président chinois Xi Jinping, voire le «roi économique de la Chine». Les interlocuteurs ont évoqué le déficit commercial et sont convenus de trouver une solution mutuellement acceptable pour le réduire, écrit The Wall Street Journal.

    Les discussions en coulisses pourraient provoquer un soupir de soulagement chez les hommes d'affaires, préoccupés par l'annonce des USA sur leur intention d'adopter des taxes, des restrictions sur les investissements et d'autres démarches contre la Chine pour réduire le déficit de 375 milliards de dollars dans le commerce avec la deuxième économie mondiale. Cette annonce, suivie de menaces de contremesures de la Chine, a provoqué une forte chute sur les marchés aux USA.

    La tension dans les relations entre Washington et Pékin a poussé les alliés des USA — de Canberra à Bruxelles — à choisir entre les deux camps. De leur côté, les États américains agricoles qui avaient voté pour Donald Trump ont fortement critiqué ce plan. Après tout, les exportations de ces États pourraient se retrouver à leur tour confrontées à des taxes adoptées par les Chinois.

    Trump a menacé d'adopter des taxes et d'autres restrictions sur les marchandises chinoises à hauteur de 60 milliards de dollars. Pékin a durement réagi à cet avertissement mais a tenté d'éviter l'escalade. Le ministère chinois du Commerce a accusé les USA d'avoir créé un précédent révoltant, puis a annoncé des sanctions contre les produits américains à hauteur de 3 milliards de dollars — sur les fruits, le porc, l'aluminium recyclé et les tuyaux d'acier.

    Gaz naturel liquéfié
    © REUTERS / Gary Cameron/File Photo
    Mais pour l'instant, la Chine n'a pas inscrit sur sa liste de contremesures les produits les plus exportés en Chine: le soja, le sorgo et les avions Boeing. D'après les observateurs, cela témoigne de la disposition de Pékin à suivre la voie des négociations.

    Le président américain Donald Trump a déclaré qu'il voulait réduire de 100 milliards de dollars le déficit dans le commerce bilatéral. Il compte notamment y parvenir en augmentant les ventes de semi-conducteurs et de voitures fabriqués aux USA.

    Piotr Mozias, maître de conférences du département d'économie mondiale du Haut collège d'économie, a indiqué que le déficit des USA dans le commerce avec la Chine existait depuis plusieurs décennies. Les candidats à la présidence américaine suggéraient d'adopter des taxes anti-dumping et de proclamer la Chine «manipulatrice monétaire». Mais une fois devenus présidents, ils adoptaient une position plus retenue. Donald Trump est probablement le seul président de ces dernières décennies à mettre en œuvre cette ligne.

    «Trump tente d'obtenir de la Chine des concessions pour un plus grand accès des marchandises américaines sur le marché chinois et des investissements américains dans le secteur chinois des services. Il faut faire la distinction entre les différents niveaux. L'accroissement des exportations américaines en Chine est une chose. La diabolisation du déficit américain dans le commerce avec la Chine en est une autre. Des économistes sérieux ont montré depuis longtemps que la principale raison du déficit n'était pas la politique chinoise de stimulation des exportations. Les principales raisons sont structurelles et macroéconomiques», a déclaré l'expert.

    Les raisons structurelles résident dans le fait que les USA et la Chine sont spécialisés dans différentes catégories de marchandises. Ils ont des avantages comparatifs différents. La Chine possédait un avantage sur les produits nécessitant beaucoup de main-d'œuvre et les produits de l'industrie manufacturière et exportait en grande quantité vers les USA. Alors que le problème macroéconomique de l'économie américaine est que le taux d'épargne, notamment chez les ménages, est bas. Par conséquent, ils afficheront un déficit commercial.

    «Le déficit commercial des USA est donc apparu pour des raisons objectives, et il augmente. La politique des autorités chinoises pourrait aggraver cette situation mais ce n'est pas la cause première. Les Américains pourraient exiger des concessions de la Chine sur des marchandises concrètes. Mais il est impossible d'équilibrer le commerce de cette manière», conclut Piotr Mozias.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (mars 2018) (57)

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    Tags:
    économie, économie mondiale, taxes, Xi Jinping, Donald Trump, Steven Mnuchin, Chine, États-Unis
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