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    F-35

    Les combats en Syrie ont fait ricochet sur le tout nouveau chasseur américain F-35

    © AP Photo / Rick Bowmer
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    Les nombreuses lacunes ou simplement un défaut de fabrication dans les nouveaux chasseurs F-35 ont forcé le Pentagone à suspendre les achats des appareils à Lockheed Martin. A présent, ses ingénieurs devront se rendre dans les différents pays qui ont déjà acheté cette merveille technologique pour la réparer à leurs frais.

    Quelle est la raison d'un lancement aussi peu convaincant du F-35 et quand ses défauts seront-ils réparés?

    D'après un communiqué de jeudi, le Pentagone a suspendu les achats des chasseurs de cinquième génération F-35 à la compagnie Lockheed Martin. En cause — les litiges pour savoir qui doit payer pour réparer les défauts de fabrication. En mars déjà les médias rapportaient que l'armée de l'air était prête à réduire un tiers les achats de ces chasseurs si les parties ne trouvaient pas un moyen de réduire les dépenses pour la mise au point, plus exactement — réduire de 38% d'ici 10 ans les dépenses opérationnelles et auxiliaires. Selon Vzglyad.

    A cause d'une basse qualité des appareils «les plus modernes» deux pays avaient renoncé auparavant à leur achat: l'Australie et le Canada. L'an dernier, des défauts de production ont été découverts dans 200 avions — c'est la majorité absolue des appareils déjà construits. A présent, les ingénieurs de Lockheed Martin devront sillonner le monde pour réparer les avions défaillants. Cependant la compagnie promet de régler tous les problèmes et de maintenir tout de même le niveau prévu de livraisons à 91 chasseurs par an.

    «Le F-35 est un programme particulier. Imaginez que le fabricant doit à la fois satisfaire les besoins des forces aériennes, de l'armée de terre et de la marine. Il y a également plusieurs niveaux de partenariat étranger: la Norvège et Israël c'est un niveau, la Turquie, par exemple, est un autre niveau. Autrement dit, c'est un programme révolutionnaire aussi bien en matière de technologies militaires que de gestion. Il est clair que les problèmes sont inévitables, il est évident qu'ils feront périodiquement leur apparition dans la presse. Mais il ne fait aucun doute que le Pentagone et Lockheed Martin arriveront finalement à un accord», a déclaré Rouslan Poukhov, directeur du Centre d'analyse stratégique et technologique.

    Pendant ce temps, en janvier, le Pentagone a reconnu que seulement 50% des avions étaient prêts pour le combat, sachant que leur nombre n'augmente pas depuis octobre 2014 alors que la maintenance se déroule sans interruption. Depuis, les constructeurs ont dû mettre à jour le système d'exploitation 31 fois, ce qui toutefois n'a pas aidé à réparer les principaux défauts, qui sont près d'un millier.

    Par exemple, l'écran dans le casque du pilote reflète incorrectement les informations, alors que le système de diagnostic «ment» constamment sur la panne de systèmes qui fonctionnent normalement.

    Il s'est avéré également que les avions de modification F-35B fabriqués pour l'infanterie de marine et les F-35C pour les porte-avions ne peuvent pas être ravitaillés en l'air, tandis que les défauts découverts réduisent la précision du tir de missiles AIM-120 air-air et des munitions air-sol. Le vice-président de Lockheed Martin Jeff Babione responsable du programme F-35 a également reconnu la présence de problèmes avec la furtivité de l'appareil à cause des endommagements du revêtement. Il a accusé en grande partie ses propres travailleurs négligents qui ont appliqué le revêtement spécial avec une couche non homogène.

    L'expert militaire Alexeï Leonkov a rappelé les difficultés avec le système de visée et de navigation de l'avion. «On pourrait rappeler également le dysfonctionnement avec le système d'exploitation du F-35 qui serait incompatible avec certains dispositifs de l'appareil, à savoir le contrôle de l'appareil et la navigation», déclare Alexeï Leonkov.

    Selon lui, le revêtement spécial responsable de la furtivité perd plusieurs de ses propriétés cruciales lors d'une longue exploitation. «Tout endommagement de la console ou du fuselage de cet avion de combat réduit à néant toute la furtivité, ce qui pose de sérieuses questions sur le sort pratique de ce projet américain», poursuit l'expert.

    Il a été rapporté que de nombreux chasseurs étaient rapidement recouverts de rouille, et pour cette raison le Pentagone avait déjà suspendu auparavant pendant un mois la réception de ces chasseurs. En automne 2017 il a été annoncé qu'après des vols sur le F-35 les pilotes présentaient des symptômes d'hypoxie.

    Israël devait prendre une décision pour acheter une troisième escadrille de F-35 en mai. Et ce n'est pas prouvé qu'il ne suivra pas l'exemple de l'Australie et du Canada. Le commandant de l'armée de l'air israélienne le général Amikam Norkin a déclaré plus tôt qu'il optait pour un autre avion — le F-15 modernisé qui possède plusieurs avantages: une meilleure charge opérationnelle, une meilleure autonomie, un coût bas et une simplicité de maintenance.

    Selon Rouslan Poukhov, l'image des USA en tant que fournisseur militaire ne devrait pas être affectée.

    «Leurs principaux partenaires sont les pays avec de grandes économies qui peuvent se permettre l'achat de matériel coûteux comme le F-35. L'Australie, qui prévoyait commander 70 avions, pourrait tout à fait se permettre un budget militaire comparable à celui de la Russie, et cela n'infligera pas de préjudice à son économie. Quant à la Turquie, qui comptait acheter 120 avions, elle est actuellement préoccupée par les problèmes de ses chars qui se sont avérés assez vulnérables dans les combats contre les Kurdes en Syrie. Les Turquies jugent plus utile de réduire les dépenses pour les avions pour dépenser davantage d'argent pour la défense supplémentaire de leurs chars», explique Rouslan Poukhov.

    Toutefois l'expert a appelé à prendre en compte le fait que la plupart des contrats pour l'achat de F-35 ont été signés encore en stade de développement de l'avion, «pendant ce temps beaucoup de choses ont changé dans les pays-acheteurs, le prix augmente, il y a des jeux politiques». «Autrement dit, il y a de nombreuses nuances», ajoute Rouslan Poukhov.

    D'après ce dernier, le F-35 n'a pas encore atteint le maximum de ses capacités, mais quand cela arrivera il «deviendra une arme absolument mortelle».

    «Quand il sera mis en service, par exemple, chez nos voisins norvégiens, nous pourrions connaître de sérieux problèmes, met en garde Rouslan Poukhov. Il faut intensifier le travail sur notre avion de cinquième génération parce que c'est le seul, une fois atteint le niveau de production en série, qui sera capable de parer les défis de sécurité et la menace qui se présentera pour nous dans les airs émanant des F-35.»

    Rappelons que le développement du F-35 a commencé en 2001. Le vol du premier modèle de série a eu lieu en 2011. Les chasseurs F-35 sont construits en 3 versions: A (pour l'armée de l'air), B (à décollage court et à atterrissage vertical) et C (décollage par catapulte). En décembre 2017, plus de 265 appareils avaient été construits. Le Su-35 russe est considéré comme le concurrent du F-35.

    L'expert militaire Vladimir Iazikov associait les problèmes du chasseur au fait qu'il est «comme un laboratoire de recherche, il y a de nombreuses innovations». «Les problèmes au décollage — les pilotes se cognent avec le casque. Un pilote pesant moins de 70 kg meurt en cas d'éjection, c'est pourquoi il a été décrété qu'un pilote doit peser plus de 70 kg. Mais un autre problème majeur de ce chasseur est le système d'exploitation. Son règlement prendra beaucoup de temps. Hormis le fait qu'une heure de vol d'un F-35 soit extrêmement chère, la défense antiaérienne russe pourra facilement 'faire atterrir' ces chasseurs», déclare Vladimir Iazikov.

    De son côté l'expert du développement du matériel militaire Alexeï Slavitski a noté que le F-35 avait des problèmes de résistance, suite à quoi le constructeur a suggéré de ne pas exploiter l'appareil avec des surcharges supérieures à 6 g.

    Avec un prix de 100 millions de dollars l'unité l'avion demeure l'un des plus chers dans l'histoire du Pentagone. Le président américain Donald Trump avait déjà déploré que les dépenses pour le F-35 avaient «échappé au contrôle». «Des millions de dollars pourraient être économisés, et ils seront économisés sur les achats militaires (et autres) à partir du 20 janvier», a-t-il écrit sur Twitter.

    Après cette déclaration les actions du groupe Lockheed Martin ont même chuté de 4%, suivi d'une baisse des actions des fournisseurs de pièces pour le chasseur, dont United Technologies et BAE Systems. Mais la baisse des actions était provisoire, ces fleurons de l'industrie militaire américaine ont rapidement rétabli leurs positions. Car en dépit de toutes les critiques, les spécialistes étrangers considèrent le F-35 comme l'avion de combat le plus puissant de notre époque.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Tags:
    frappe aérienne, F-35A, Syrie
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