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    Les USA veulent régler leurs problèmes en Syrie en se servant d'un tiers

    Les USA veulent régler leurs problèmes en Syrie en se servant d'un tiers

    © AP Photo / Mosa'ab Elshamy
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    Traduction de la presse russe (avril 2018) (46)
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    Ce sont les Arabes qui combattront en Syrie au lieu des Américains – du moins des communiqués à ce sujet commencent à faire leur apparition dans la presse occidentale. Faut-il croire ces déclarations et pourquoi les Américains voudraient quitter la Syrie pour laisser à leur place des alliés du monde arabe?

    Washington «cherche à réunir les forces arabes pour remplacer le contingent militaire américain en Syrie afin de contribuer à la stabilité du nord du pays après la défaite de Daech», écrit le Wall Street Journal se référant à une source parmi des hauts fonctionnaires américains.

    Selon le site d'information Vzgliad, le conseiller du président américain à la sécurité nationale John Bolton a déjà contacté le chef du renseignement égyptien pour savoir si Le Caire pouvait contribuer à la réalisation de ce plan. De plus, Washington a demandé à l'Arabie saoudite, au Qatar et aux Emirats arabes unis non seulement d'allouer des fonds pour le rétablissement du nord de la Syrie, mais également pour y envoyer des forces.

    La région en question est le territoire contrôlé par les groupes pro-américains appelés «opposition modérée», notamment les Forces démocratiques syriennes constituées par les Kurdes. Sachant que de facto une nouvelle entité étatique se forme — la Fédération de la Syrie du Nord. C'est à cet endroit que les Américains cherchent à attirer les finances et les forces arabes.

    Rappelons que fin mars, puis début avril Donald Trump s'est mis soudainement à déclarer que les Américains quitteraient très prochainement la Syrie, ce qui a sérieusement surpris non seulement les alliés, mais même sa propre administration. Sachant que le locataire de la Maison blanche a accompagné ses propos par une proposition aux Arabes de payer s'ils voulaient que les forces américaines restent en Syrie. Cependant après cela il a été annoncé que les conseillers auraient réussi à faire changer d'avis à Donald Trump, après quoi la Syrie a été frappée. Toutefois, lundi, la porte-parole de la Maison blanche Sarah Sanders a déclaré que le président américain continuait d'insister sur le retrait des troupes américaines de Syrie. Selon elle, Donald Trump «a très clairement déclaré qu'il veut que les forces américaines rentrent au plus vite». Cependant «nous avons fermement l'intention de détruire complètement Daech et créer les conditions qui ne leur (aux combattants) permettront pas de revenir», a précisé Sarah Sanders.

    La recherche d'un remplaçant en la personne des militaires des pays arabes pourrait indiquer que Washington songe effectivement au retrait des forces américaines de Syrie. Vladimir Issaev du Centre d'études arabes de l'Institut d'études orientales affilié à l'Académie des sciences de Russie est convaincu que la demande des Américains aux Arabes s'explique précisément par la déclaration de Trump au sujet du retrait imminent des forces de Syrie. «D'autre part, Trump a dit que les USA ne partiraient pas avant de remplir certaines missions. Il s'est retrouvé à une bifurcation — d'un côté il faut sortir les troupes, de l'autre il faut laisser certaines forces sous contrôle», explique Vladimir Issaev.

    «Les négociations seront longues, et je ne pense pas qu'elles conduiront à une sérieuse substitution de l'armée américaines par les Arabes», indique l'expert. Et d'expliquer que les Arabes eux-mêmes de l'accepteront pas.

    «L'opérationnalité des armées auxquelles s'adressent les USA est très douteuse. Regardez les résultats de la coalition menée par l'Arabie saoudite au Yémen. L'armée qatarie n'est pas du tout opérationnelle, et l'armée égyptienne refusera aux Américains parce qu'elle a de bonnes relations avec la Russie, et il est absolument inutile d'aggraver aujourd'hui les relations avec l'Iran ou la Turquie», a souligné Vladimir Issaev.

    De son côté, Sergueï Balmassov, expert du Moyen-Orient au Conseil russe pour les affaires internationales (RSMD), a qualifié l'initiative des USA d'anecdotique. «C'est un changement fulgurant de la ligne de la politique étrangère américaine. Aujourd'hui ils disent une chose et demain — une autre», poursuit Sergueï Balmassov.

    Selon l'expert, les Américains «n'ont rien à faire» en Syrie et ils veulent faire tirer les marrons du feu en se servant de leurs satellites. Tout en indiquant que les pays auxquels les USA veulent s'adresser n'arrivent pas à gérer leurs propres problèmes et ils ne voudront certainement pas s'ingérer dans le conflit syrien — «l'Egypte a des problèmes avec le Sinaï, les Emirats se sont enlisés au Yémen».

    «Avec tout le respect pour les Egyptiens, les Saoudiens et les Qataris, je doute qu'ils promouvront en Syrie les intérêts américains et protégeront les Kurdes qui sont formellement sous le parapluie américain. Les Saoudiens disposent de très peu de ressources militaires pour ouvrir un front supplémentaire en Syrie», note Sergueï Balmassov. Sans exclure que les Américains puissent utiliser en tant que mercenaires quelques divisions arabes, «mais cela n'aura probablement pas un effet significatif».

    L'expert n'exclut pas qu'il puisse s'agir d'une désinformation propagandiste des médias américains pour permettre aux USA de faire pression sur les pays du monde arabe.

    «Un jour les Etats-Unis partiront, mais pour l'instant beaucoup de questions se posent pour savoir comment cela pourrait arriver. Nous nous souvenons comment les Américains ont quitté le sud du Vietnam, après quoi un effondrement s'est produit. Faut-il que Trump le fasse maintenant? On lâchera tous les chiens contre lui pour dire qu'il a abandonné les intérêts dans la région. En revanche, pour cela il est possible de marchander avec l'Iran et la Russie, ainsi qu'avec l'Arabie saoudite», suppose l'expert.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (avril 2018) (46)
    Tags:
    Wall Street Journal, Donald Trump, Egypte, Proche-Orient, Arabie Saoudite, Yémen, Émirats Arabes Unis, Syrie, États-Unis