Lu dans la presse
URL courte
Par
Traduction de la presse russe (avril 2018) (46)
10500
S'abonner

La conception et la fabrication de chasseurs de cinquième génération sont considérées à juste titre comme un exploit comparable à la possession de forces modernes de dissuasion nucléaire. Cependant plusieurs pays rencontrent de sérieuses difficultés dans la construction de chasseurs de 5e génération.

La complexité du développement et l'absence d'expérience dans différents cas pourraient même conduire à l'abandon total de ces programmes en tant que tels. Selon Zvezda.

Un enfant difficile

Le premier chasseur de 5e génération de série du monde F-22 a suscité des sentiments mitigés chez les militaires américains. D'un côté, la réduction significative de la visibilité radar et la manœuvrabilité par rapport au matériel de génération précédente, de l'autre — le coût exorbitant de production et d'exploitation. Sachant que l'efficacité opérationnelle n'a pas pu être immédiatement appréciée: le F-22 a été envoyé pour la première fois dans la zone des opérations militaires seulement 20 ans plus tard, et les résultats de ses vols en conditions de guerre restent confidentiels.

Compte tenu des problèmes liés à l'exploitation du F-22 les ingénieurs et les chercheurs américains en collaboration étroite avec les militaires ont entamé le développement du F-35- un chasseur plus simple et moins coûteux en trois versions à la fois. Toutes les erreurs antérieures ont été prises en compte pendant les travaux de recherche et développement et les essais, mais même après l'annonce de la fin de tous les essais nécessaires par le constructeur il ne faut pas s'attendre au déploiement opérationnel du chasseur à court terme.

Cette conclusion peu rassurante provient des déclarations de l'armée de l'air: ses représentants continuent de penser qu'ils paient trop cher pour chaque futur appareil, et son producteur ne remédie pas aux problèmes aussi rapidement et efficacement que l'exigent les règles et les conditions d'une éventuelle exploitation opérationnelle. Les partenaires étrangers des USA de l'Otan qui ont acheté des F-35 sont confrontés aux problèmes semblables.

F-35A
© AFP 2021 RAIGO PAJULA
F-35A

Compte tenu de l'ensemble des problèmes liés au service à part entière des chasseurs de ce type dans les unités, les experts suggèrent de ne pas tirer de conclusions hâtives sur les véritables capacités de ces avions et d'être patient.

«Eux-mêmes ne savent pas vraiment quand l'appareil pourra réellement voler et remplir les missions. Tout le monde est nerveux à ce sujet — l'infanterie de marine, l'armée de l'air et la marine. Parce que mettre au point les trois versions du chasseur sans préjudice pour les modifications à part est une tâche extrêmement complexe. Pour les domaines de pointe actuels aux USA c'est un état normal du processus de travail dans la commande de l'armement, et les ingénieurs passeront probablement encore plusieurs années à réparer les problèmes centraux», a déclaré l'expert militaire Mikhaïl Lapikov.

La voie du samouraï

Début mars 2018, il a été annoncé que l'un des acteurs les plus prometteurs sur le marché des technologies avait abandonné la course. La compagnie japonaise Mitsubishi Heavy Industries a jugé trop cher et non sollicité le projet d'élaboration de son propre chasseur de 5e génération. Il s'avère pratiquement impossible de lancer la production en série du Mitsubishi X-2 activement développé depuis le début des années 2000 — en 2019 déjà le ministère japonais de la Défense commencera la fermeture des principaux domaines des travaux, et d'ici 2030 les pilotes japonais s'installeront dans les chasseurs américains de 5e génération.

Les appareils étrangers permettant au Japon de couvrir son propre espace aérien et assurer la sécurité nationale du pays ont été vendus à ce plus grand allié militaire des USA dans la région à des prix plutôt élevés pour un partenaire. Chaque chasseur F-35B coûtera au pays du Soleil levant 135 millions de dollars. Alors que les F-2 (copie sous licence des F-16) déjà en service dans l'armée de l'air des forces d'autodéfense du Japon pourraient être remplacés par une série supplémentaire de F-35A sur lesquels la compagnie Lockheed Martin ne s'empresse pas d'annoncer une remise.

F-35B
© REUTERS / US Marine Corps/Lance Cpl. Remington Hall/Handout
F-35B

Les experts indiquent que l'aspiration du Japon à réussir à la fois dans plusieurs programmes militaires a finalement joué aux militaires le même mauvais tour que le programme spatial du pays perdu à cause de plusieurs projets exorbitants.

Le dragon à réaction

En septembre 2017, l'armée de l'air chinoise s'est dotée du tout nouveau chasseur de 5e génération J-20 devenu indéniablement le sommet de l'art technologique des constructeurs aéronautiques chinois. Cependant les fabricants chinois se hâtent manifestement de mettre les premiers appareils en service dans les unités, et compte tenu des besoins de l'armée de l'air en avions de ce type (500-600 unités) l'empressement pourrait avoir de sérieuses conséquences.

J-20
© REUTERS / Stringer
J-20

La principale difficulté pour les constructeurs aéronautiques chinois réside toujours dans la conception d'un moteur de 5e génération fiable et bon marché à la production, capable de propulser l'avion à une vitesse supersonique sans postcombustion. Les experts remarquent que la Chine est incapable d'élaborer un tel moteur elle-même: même en omettant les immenses ressources pour la création d'un tel engin les spécialistes chinois manquent tout de même d'expérience et de solutions technologiques prêtes et surtout fiables pour un moteur avec une bonne propulsion et longévité.

Cependant, début avril déjà, la revue américaine Defense News a noté que l'armée de l'air chinois avait entamé les essais d'un moteur à commande du vecteur de poussée Shenhang-Liming WS-10 Taihang qui ressemblait étrangement aux moteurs des avions russes Su-35 et Su-30.

Les experts estiment que probablement Pékin sera à même d'installer ce moteur sur un appareil expérimental et lancer sa production en série pour les chasseurs de 5e génération, mais pour cela les ingénieurs et les scientifiques chinois devront littéralement reconstruire leur propre industrie.

«La métallurgie chinoise est une chose très irrégulière. Ils rencontrent traditionnellement des problèmes dans les matériaux du moteur qui se reflètent dans le travail en conditions extrêmes. Il se pourrait que la Chine parvienne à créer un moteur de ce type, mais pour cela il faudra revoir l'ensemble de données dans les disciplines scientifiques», indique l'expert militaire Mikhaïl Lapikov.

D'après Mikhaïl Barabanov, expert du Centre d'analyse stratégique et technologique, il est trop tôt pour considérer le chasseur chinois comme un appareil de 5e génération fonctionnel à part entière.

«On ignore encore dans quelle mesure il faut le considérer comme une 5e génération. Quelles que soient les déclarations, les avions J-20 sont munis de moteurs AL-31F et les équipements électroniques de bord de par leur fonctionnalité et mode de travail, selon les informations disponibles, s'inclinent par rapport aux chasseurs russes Su-35. C'est encore un mystère de savoir ce qu'il y a d'un chasseur de 5e génération dans cet appareil», explique Mikhaïl Barabanov.

Avoir son propre chasseur

Mi-avril 2018, la Turquie a fait part de ses intentions de créer un chasseur de 5e génération. Selon la revue Defense News, le nouvel avion sera conçu dans le cadre du programme TF-X orienté vers la création d'un appareil de ce type.

La première étape du développement sera celle des travaux de recherche pour lesquels plus de 1 milliard de dollars ont déjà été alloués. Cependant, le chasseur turc de cinquième génération ne sera pas conçu uniquement par l'un des plus grands groupes de recherche du monde (3.200 personnes): les spécialistes turcs, qui n'ont pas d'expérience dans la conception de chasseurs à réaction nationaux, seront assistés par la compagnie BAE Systems, l'un des sous-traitants du projet du F-35 américain.

Les ingénieurs turcs sont déterminés: d'ici 2029 déjà, il est prévu de terminer la conception de la maquette, la recherche et développement, et d'ici 2030 il est prévu de construire le premier prototype. On ne pourrait qu'envier la persévérance et l'optimisme des constructeurs turcs s'il n'y avait pas une circonstance majeure: le cycle intégral d'élaboration d'un chasseur national ne demande pas seulement 10-15 ans et des moyens colossaux, mais également des solutions technologiques uniques, notamment secrètes, et il est peu probable que la compagnie BAE Systems les fournisse à Ankara.

Le niveau de difficulté de la tâche des constructeurs aéronautiques est immense: même en disposant de maquettes et de notions approximatives du potentiel d'un chasseur de 5e génération, il reste le problème de l'élaboration des matériaux, de la métallurgie, des moteurs et de l'avionique, ainsi que d'autres solutions grâce auxquelles le futur appareil ne pourra pas simplement voler, mais également remplir des missions.

Le Su-57

En décembre 2017, le chef-pilote de la compagnie russe Soukhoï Sergueï Bogdan a fait décoller un tout nouvel appareil qui ressemble en apparence au mondialement célèbre Su-57 (PAK FA T-50). Après le premier vol avec des moteurs de seconde étape, le Su-57 se dote de l'ensemble des qualités d'un chasseur de 5e génération, et dans trois ans seront terminés les essais du nouveau moteur.

Su-57
© Sputnik . Evgeny Odinokov
Su-57

Les premiers appareils de cinquième génération sont prêts pour la production: les chasseurs équipés de moteurs AL-41 F-1 commenceront à être assemblés à l'usine aéronautique Gagarine dès 2018.

Le Su-57 est pratiquement le seul appareil de 5e génération presque entièrement prêt pour une exploitation immédiate par les unités. Début mars 2018, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a déclaré aux journalistes que les appareils expérimentaux avaient été examinés par les spécialistes aéronautiques dans les conditions les plus proches des conditions opérationnelles: deux chasseurs Su-57 ont été projetés en Syrie où ils ont remplis le programme d'essais.

A l'heure actuelle, en dépit des travaux actifs sur les projets de chasseurs de 5e génération, seulement deux pays disposent d'appareils de combat de ce type à part entière: les États-Unis et la Russie. Sachant que l'avion russe possède les meilleures chances d'entrer le premier en service opérationnel.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

Dossier:
Traduction de la presse russe (avril 2018) (46)

Lire aussi:

Pourquoi des affiches de l’État sur le pass sanitaire étaient datées de janvier 2020? Explications
En bombardant le Liban, Israël envoie un message à l’Iran
Togo: Sitôt construit, un barrage s'écroule… les espoirs des villageois aussi – photos
«La gorge me brûlait»: voici ce qui s’est passé dans la salle de cinéma évacuée à Annecy en pleine première d’OSS 117
Tags:
chasseur, technologies
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook