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    «La Russie a besoin d’une Europe forte et de politiciens européens intelligents»

    © AP Photo / Jan Bauer
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    Nezavissimaïa gazeta
    Traduction de la presse russe (juin 2018) (61)
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    Contrairement aux inquiétudes de l’Occident, le Kremlin n’a aucune envie de détruire ou d’affaiblir l’UE.

    Il y a quelque temps, l'institut allemand d'étude de l'opinion publique TNS Infratest, dont l'un des principaux thèmes de travail est «la Russie en Europe», a publié une étude commandée par la Fondation Körber soulignant que les relations de la Russie avec la plupart de ses voisins européens traversaient une crise profonde, et que les liens politiques se caractérisaient par une méfiance réciproque, écrit le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

    Cette étude a été menée avant les frappes du groupe aérien anglo-saxon (soutenu par les Français) contre les bases de l'armée syrienne après une attaque chimique présumée (mais pas prouvée) contre les civils syriens, l'affaire Skripal et l'assassinat truqué d'Arkadi Babtchenko.

    On constate pourtant une mise en scène similaire dans tous ces cas, et on apprendra probablement tôt ou tard où se trouvent leurs «réalisateurs» — à Langley ou dans un autre endroit du même genre. Dans tous les cas, ces incidents n'ont amélioré en rien les relations entre la Russie et ses partenaires européens.

    Dans tous les cas, le monde a radicalement changé, et la Russie (tout comme ses voisins) est obligée de redéfinir (pratiquement à partir de zéro) sa place dans ce nouveau paysage. Le monde entier est en phase de transition du système unipolaire formé suite au démembrement de l'URSS à un nouveau format multipolaire.

    L'élément-clé de la compréhension du rôle de l'Allemagne dans la recherche de sa place dans le monde multipolaire est le quatrième mandat d'Angela Merkel. Ce n'est pas par hasard qu'un quotidien allemand a cité ses propos indiquant que c'était l'arrivée de Donald Trump à la Maison blanche qui l'avait poussée à se représenter au poste de chancelière pour la quatrième fois. Selon la presse allemande, c'est Angela Merkel qu'il faut considérer actuellement comme la «leader du monde libre».

    Mais qu'est-ce que cela signifie en réalité? Tout d'abord que l'Europe doit suivre sa propre voie, qui n'est pas celle de l'Amérique. Pour l'UE, c'est le seul moyen de surmonter les obstacles grandissants d'un point de vue intérieur et extérieur, dont le nombre est déjà impressionnant.

    Lors de sa récente visite au Portugal, Angela Merkel a souligné la situation difficile de l'Europe dans le contexte du Brexit et de la formation du gouvernement italien. Toutefois, selon elle, il ne faut pas se plaindre mais rechercher de bonnes solutions.

    Afin de mieux comprendre les difficultés extérieures du continent, on peut relire un article publié récemment par Die Welt, qui cite l'économiste américain Jeffrey Sachs: ce dernier appelle l'Europe à faire preuve de fermeté en réponse à la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump et au retrait de Washington de l'accord sur le programme nucléaire iranien. Selon lui, dans ce contexte, les Européens ne doivent pas craindre une alliance avec la Russie.

    La recherche de partenaires est également l'un des problèmes principaux de la Russie, du point de vue de sa quête de repères dans le monde actuel en perpétuelle évolution. Moscou tentait traditionnellement de les trouver en Europe — tout d'abord en Allemagne — d'autant plus que la Russie se considérait comme une partie de l'Europe. Mais une étude de la Fondation Körber montre qu'en 2016, seulement la moitié des Russes se considéraient comme Européens. Parallèlement, la moitié des Allemands estimaient que la Russie devait faire partie de l'Europe. Le pourcentage le plus élevé de partisans de la «voie européenne» a été enregistré parmi les groupes les plus âgés de la population. Parmi les raisons de l'appartenance de la Russie à l'Europe, les Allemands soulignaient notamment le facteur géographique et la coopération économique.

    Tout cela permet de tracer les voies possibles de rapprochement de la Russie avec l'Allemagne et l'Europe dans le contexte actuel. Cela concerne notamment la coopération économique, dont la quintessence est aujourd'hui la construction du gazoduc Nord Stream 2, ou l'élargissement des contacts au niveau de la société civile. Tout cela a été évoqué à plusieurs reprises dans la presse russe et allemande par Dirk Wiese, coordinateur allemand de la coopération civile avec la Russie, les pays d'Asie centrale et du Partenariat oriental.

    Afin de mieux comprendre la position russe, il faut y ajouter la réponse du Conseil pour le développement de la société civile et les droits de l'homme auprès du Président russe. Elle concerne une rencontre récente du Conseil avec une délégation allemande menée par Dirk Wiese, qui vient d'être nommé coprésident du groupe de travail «Société civile» du forum «Dialogue pétersbourgeois». Le coprésident russe de ce groupe est Mikhaïl Fedotov, président du Conseil. «Nous avons évoqué les perspectives de développement des relations entre les sociétés civiles de la Russie et l'Allemagne, a-t-il indiqué en soulignant qu'il s'agissait d'une rencontre de travail qui ne prévoyait pas une large couverture médiatique. Nous sommes tous les deux d'accord pour dire qu'il est nécessaire d'intensifier la coopération dans le cadre du groupe de travail. Nous voulons organiser plus souvent ces rencontres et élargir les domaines de coopération entre les représentants des sociétés civiles russe et allemande».

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (juin 2018) (61)

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    Tags:
    Europe, Russie
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