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    drapeau de la Russie et des États-Unis

    «Le consensus atlantique en état de stress»

    © AFP 2018 MLADEN ANTONOV
    Lu dans la presse
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    Izvestia
    Traduction de la presse russe (juin 2018) (61)
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    Thomas Graham, conseiller d’Henry Kissinger, évoque la possibilité d’une rencontre entre les Présidents russe et américain, le rôle de la Russie dans les dix années à venir et la hiérarchie dans les relations internationales.

    L'Autriche a annoncé sa volonté d'accueillir la rencontre éventuelle des Présidents russe et américain. Dans une interview accordée au quotidien Izvestia, Thomas Graham, conseiller d'Henry Kissinger, professeur du Yale Jackson Institute for Global Affairs, directeur de la société de conseil Kissinger Associates, évoque les possibilités d'organisation du sommet russo-américain, la hiérarchie actuelle sur la scène internationale et les perspectives d'une éventuelle guerre de grande envergure contre l'Iran.

    «A mon avis, beaucoup de personnes veulent croire en la mort du consensus. Le consensus atlantique est évidemment en état de stress. Nous avons constaté des éléments de solidarité lors de l'affaire Skripal ou de la crise ukrainienne. Il existe pourtant des points de discorde. Le dossier iranien en est un exemple évident. Lors de sa récente visite en Russie, Emmanuel Macron a critiqué la position américaine sur le «deal» iranien et présenté une position très proche de celle de Moscou. C'est ce que je considère comme une tension. Mais on ne peut pas dire que la solidarité atlantique soit morte. Ce n'est pas du tout le cas. Nous verrons ce qu'il en sera dans cinq ou six ans».

    Thomas Graham a dévoilé également la cause de cette tension et des difficultés dans les relations entre l'UE et les États-Unis:

    «Je pense que les raisons réelles ont des racines plus profondes. Il ne faut pas exagérer les capacités du Président Trump. Il est sans doute une personnalité remarquable, comme l'a dit Vladimir Poutine. Il faut pourtant comprendre que sa politique étrangère constitue à bien des égards une suite logique de celle de Barack Obama, notamment en matière de géopolitique. Obama ne faisait pas attention à la position de l'Europe, surtout lors de son premier mandat. Pour lui, la région prioritaire était l'Asie en cours de développement: il s'agissait de son pivot à l'est. C'est à la fin de la présidence d'Obama qu'on a fait remarquer que l'Europe ne payait pas pour sa défense. Aujourd'hui, cette question est soulevée par Donald Trump. Sa rhétorique est probablement plus ferme, mais les idées restent les mêmes. On parle depuis des années de la mission stratégique de la communauté transatlantique».

    Dans le domaine géopolitique, Donald Trump poursuit donc la mise en œuvre des projets lancés sous Barack Obama, selon l'interlocuteur de Izvestia. Il s'agit donc d'une stratégie à long terme. «On constate la même politique envers l'Afghanistan et la Syrie. Donald Trump a lancé plusieurs frappes de missile mais il ne veut pas s'ingérer dans un conflit militaire, tout comme Barack Obama. Je doute donc qu'on puisse parler d'une rupture radicale avec la politique de son prédécesseur. La politique commerciale est une autre chose. Dans ce domaine, Trump va à l'encontre non seulement de Barack Obama, mais aussi de tous ses prédécesseurs depuis 70 ou 80 années. Ainsi, d'un côté, la politique de Trump est unique, mais de l'autre elle perpétue les orientations existantes», ajoute-il.

    Il y a 40 ans, la solidarité transatlantique était visiblement nécessaire pour contenir l'URSS, rappelle M. Graham. Aujourd'hui, la nature des menaces a radicalement changé, selon lui: il s'agit notamment du terrorisme ou de la prolifération des armes de destruction massive. «Nous tentons d'élaborer une stratégie complexe concernant différents menaces et défis. Cela exige des efforts colossaux et énormément de temps. A l'avenir, selon moi, nous verrons apparaître de nouveaux leaders qui comprendront les menaces et pourront trouver un consensus entre les pays de l'UE et les États-Unis. C'est pourquoi je pense que la solidarité transatlantique est un organisme vivant qui a du potentiel».

    Beaucoup d'Occidentaux voudraient voir renaître la solidarité contre la Russie. «Mais je pense cela n'est plus possible. Il est impossible de créer un système de sécurité fiable en Europe sans la Russie. L'Occident doit trouver un moyen de coopérer avec la Russie et vice-versa», estime le conseiller d'Henry Kissinger.

    Les États-Unis connaissent actuellement une situation politique très compliquée, et il existe beaucoup de questions concernant les relations éventuelles entre l'équipe de Trump et la Russie. S'il n'y avait aucune prétention sérieuse contre Donald Trump, il serait plus libre de ses actions et pourrait lancer tels ou tels processus concernant sa politique russe, explique M. Graham.

    «Nous avons besoin d'un sommet à part entière, d'une rencontre qui permettrait aux Présidents (Trump et Poutine, ndlr) et à leurs équipes d'évoquer toutes les questions urgentes des relations bilatérales et de la politique internationale. Cela exige des préparatifs sérieux. Cela prendra plusieurs mois. On peut lancer ces négociations dès aujourd'hui, à un niveau relativement peu élevé, entre les diplomates professionnels et les experts. Mais il faut déjà commencer les préparatifs de l'agenda du futur sommet. Quand l'atmosphère aux États-Unis changera — tôt ou tard — nous serons en mesure de nous rapprocher de cette rencontre. Cela serait un pas très important vers le renouvellement et la normalisation de nos relations».

    Quelle sera la place de la Russie dans le système des relations internationales pendant les dix années à venir compte tenu du contexte actuel?
    «Je peux vous poser une question similaire: «Que veut la Russie? Quel rôle veut-elle jouer dans le monde?» La Russie est une grande puissance moderne, cela ne fait aucun doute. Elle influe sur les régions stratégiques du monde: l'Europe, le Moyen-Orient, l'Asie de l'Est et l'Arctique. Les autres pays sont obligés de prendre en considération les intérêts et les actions possibles de la Russie dans leur politique. Cela témoigne du fait que la Russie est un pays important dans la hiérarchie moderne sur la scène politique internationale. Elle fait partie des trois pays les plus influents du monde. Les États-Unis, la Chine et la Russie — cette troïka joue un rôle crucial dans la politique internationale».

    Pour M. Graham, il n'y a aujourd'hui aucune guerre froide.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (juin 2018) (61)

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    Tags:
    relations, États-Unis, Russie
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