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    Quels sont les menaces pour l'UE à court terme?

    © AFP 2018 Emmanuel Dunand
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    Vestifinance.ru
    Traduction de la presse russe (juillet 2018) (69)
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    Le Brexit se concrétise au Royaume-Uni, où tout le monde en parle quotidiennement - des ministres aux journaux - et envisage ses éventuelles conséquences.

    Le recteur de l'université d'Oxford Chris Patten estime dans un article publié sur le site Project Syndicate que l'UE a des problèmes bien plus existentiels que de s'occuper du Royaume-Uni, écrit le portail Vestifinance.

    Les raisons de l'inquiétude au Royaume-Uni sont claires: le nombre de preuves de l'éventuel préjudice économique provoqué par l'abandon du marché commun et de l'union douanière augmente. Selon une étude récente menée par le Centre des réformes européennes, l'économie britannique a déjà freiné de 2,1% par rapport à ce qu'il aurait été si les électeurs avaient voté contre la sortie de l'UE. Les pertes budgétaires de l'État suite à cette décision s'élèvent à 579 millions de dollars par semaine.

    Chris Patten, recteur de l'université d'Oxford, cité par le portail Vestifinance:

    «L'absence d'informations sur le déroulement du Brexit inquiète les milieux d'affaires. Juergen Maier, directeur général de Siemens au Royaume-Uni, a récemment demandé aux dirigeants britanniques d'expliquer comment allait se dérouler le commerce avec l'UE en insistant sur la confirmation que le pays resterait au sein de l'union douanière. La compagnie Airbus a averti que la rupture totale avec l'UE la forcerait à revoir sa coopération à long terme avec le marché du royaume, ce qui signifie un risque de perte d'emploi pour des milliers de Britanniques. BMW réaffirme sa disposition à rester dans le pays tout en mettant en garde contre l'éventuelle augmentation de ses frais.

    Ces avertissements ne suscitent pas d'enthousiasme chez les partisans du Brexit. Le secrétaire d'État britannique à la Santé Jeremy Hunt les a qualifiés de «complètement déplacés» en soulignant qu'ils «sapaient l'autorité» de la première ministre Theresa May. Même si cette dernière n'a pas besoin d'aide pour cela: sa déclaration selon laquelle les «dividendes du Brexit» serviraient partiellement à augmenter les dépenses pour le Service national de la santé a été perçue comme un mensonge par le grand public.

    Mais qu'en pense l'UE? Apparemment, ses dirigeants ont dû se résigner à la disposition des Britanniques à se séparer — après tout, ils ne peuvent pas vraiment s'y opposer. Évidemment, les dirigeants de l'UE n'ont pas l'intention de saper leur propre modèle économique, abouti et basé sur les lois, pour nous rendre service. Le Brexit sera bien plus nuisible pour nous que pour l'UE.

    D'autant que bien d'autres problèmes peuvent nuire à l'UE et saper sa structure-même, avant tout les menaces du président américain Donald Trump vis-à-vis de la santé et de la viabilité de l'Alliance transatlantique, pilier sur lequel repose l'ordre mondial depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Trump préfère manifestement les dictateurs aux démocrates et n'éprouve aucun respect pour ses alliés. Son éloge du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un au sommet de Singapour fait contraste avec sa critique du premier ministre canadien Justin Trudeau après la réunion du G7 au Québec.

    L'une des positions les plus contestables de Trump est liée au commerce. Ne comprenant absolument pas son mécanisme de fonctionnement, il a choisi d'opposer les États-Unis au monde entier. Au lieu de renforcer la coopération avec l'Europe et le Japon et de renforcer l'Organisation mondiale du commerce afin de faire face au mercantilisme de la Chine, Trump a décidé d'agir en solitaire en attaquant ses propres alliés les plus proches. Un tel comportement risque de provoquer une guerre commerciale globale qui nuira à tout le monde — et surtout à l'industrie et aux consommateurs américains.

    Un autre problème existentiel de l'Europe est la migration. Plus tôt cette année, Trump a approuvé la «tolérance zéro» en matière de politique migratoire, qui implique non seulement de poursuivre en justice tous les adultes qui traversent illégalement la frontière, y compris ceux qui cherchent l'asile, mais également de les séparer de leurs enfants pour les détenir séparément de leurs parents (même si par la suite il a signé un décret annulant la séparation des familles). Une démarche inouïe pour un pays civilisé! Malgré tout, certains Européens pensent visiblement que la construction de murs avec du fil barbelé le long des frontières (de la Hongrie) ou la fermeture des ports aux navires remplis de réfugiés (Italie et Malte) est tout à fait justifiée.

    Ces actions sont naturellement approuvées par les partisans de Trump. Les populistes de droite en Europe reçoivent donc des mots de soutien et une sorte de tape sur l'épaule amicale de l'ex-principal stratège de Trump, Stephen Bannon, voire de certains ambassadeurs américains.

    Par ailleurs, les démocrates européens défendant une vision civilisée de l'administration sont sanctionnés. Qu'a fait l'Allemagne pour mériter Richard Grenell, qui, en tant qu'ambassadeur américain, a déclaré vouloir «octroyer le pouvoir à d'autres conservateurs»? Apparemment, la chancelière allemande centriste Angela Merkel a réagi en tournant le dos à Trump.

    La bandera de la UE
    © AFP 2018 Philippe Huguen
    Cependant, la désintoxication de l'Europe demandera bien plus que de critiquer simplement les USA ou de prier pour la démission anticipée de Trump. De facto, l'approche de certains dirigeants de l'UE des questions telles que l'immigration peuvent conduire à l'apparition de problèmes systémiques qui ne disparaîtront pas quand Trump reviendra au golf et aux procès sur les dépôts de bilan. L'adieu poli au Royaume-Uni, pour se focaliser sur les menaces à leur cohésion à long terme et aux valeurs fondamentales, peut être pardonné aux dirigeants européens raisonnables.

    L'UE a toujours été fière d'être une communauté protégeant les minorités et proposant l'asile aux pauvres et aux opprimés. En fin de compte, l'UE se compose de minorités et sait parfaitement ce qu'est la pauvreté et l'oppression.

    Mais quelles valeurs communes peuvent avoir les démocrates modérés comme Angela Merkel, Emmanuel Macron (France) et Mark Rutte (Pays-Bas) avec les leaders de la Hongrie, de la Pologne, de l'Italie et même de l'Autriche? Sebastian Kurz, jeune chancelier autrichien agaçant, cherche activement à mobiliser l'opposition contre Merkel, même si malgré son attitude envers les réfugiés l'Autriche n'a pas été submergée par les demandeurs d'asile.

    Le bon sens et l'expérience doivent nous rappeler qu'étaler des slogans, violer la primauté du droit et refuser de respecter les engagements internationaux ne sont pas les ingrédients d'une bonne politique. Macron a raison de dire que la Hongrie de Viktor Orban et la Pologne de Jaroslaw Kaczynski ne doivent plus être autorisées à mettre leurs mains dans les poches des partenaires européens plus aisés tant qu'elles négligent les valeurs de l'UE.

    L'UE doit faire face à ses propres problèmes de politique solidaire commune, qui combine l'efficacité avec l'intégrité humaine élémentaire. Par exemple, en ce qui concerne la migration, l'UE doit agir comme un ensemble en renforçant ses frontières, d'une part, et en apportant une aide au développement et à l'établissement de la sécurité dans les pays d'où fuient les gens, de l'autre. Une fois dotés de marchés ouverts et plus stables, ces pays pourront exporter leurs produits, mais pas les citoyens.

    En ce qui concerne le Royaume-Uni, nous avons déjà posé la paille — il ne reste plus qu'à vivre nos cauchemars.», conclut Chris Patten.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (juillet 2018) (69)

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