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Traduction de la presse russe (septembre 2018) (49)
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Les événements en Syrie risquent de prendre un virage à 180° à tout moment. La question est de savoir ce qui se produira en premier - la percée de l'armée syrienne à Idlib ou l'usage de l'arme chimique qui servira de prétexte à une frappe des États-Unis.

Ces derniers sont même allés jusqu'à dire que dans le second cas, l'attaque pourrait viser des sites syriens, mais aussi russes. Est-ce vrai?

Le quotidien américain The Wall Street Journal affirme que les forces américaines pourraient attaquer non seulement des cibles syriennes, mais également russes et iraniennes en Syrie, écrit le quotidien Vzgliad. Et à en juger par le ton de l'article, l'auteur juge que ce serait à juste titre parce que le président syrien Bachar al-Assad «a autorisé l'armée syrienne à utiliser du chlore» dans la province d'Idleb, et «à partir des derniers renseignements on ignore s'il a également autorisé l'usage du sarin».

Cependant, selon le Wall Street Journal, le président américain Donald Trump «n'a pas encore décidé ce qui entraînerait la riposte militaire et si les USA choisiraient pour cible les forces russes ou iraniennes». En fait, il n'est pas non plus confirmé que la frappe aérienne américaine aura lieu en principe (en cas d'«usage de l'arme chimique», Washington pourrait se limiter aux sanctions). Mais si la «riposte» était lancée, elle serait certainement plus massive qu'auparavant, et Donald Trump «devrait se demander s'il serait judicieux d'attaquer également des cibles comme la défense antiaérienne russe».

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo aurait «demandé aux militaires russes de garantir que l'arme chimique ne sera pas utilisée à Idleb», et Moscou aurait «balayé les avertissements» en déclarant que l'arme chimique pourrait être utilisée par les terroristes. Mais les USA ne croient pas à un tel scénario, conclut le quotidien américain.

Plus tôt, la Russie avait mis en garde les USA contre une frappe visant la Syrie. «Une attaque chimique mise en scène à Idlib par deux groupes terroristes devrait servir de prétexte», avait indiqué le ministère russe de la Défense.

Il faut souligner que l'article du Wall Street Journal se compose presque entièrement de phrases non terminées. L'administration actuelle de la Maison blanche exploite le genre de fuites lancées dans la presse concernant de prétendus «futurs plans en politique étrangère». En général, de telles menaces ne coïncident pas avec la réalité, mais au printemps, quand Washington a tenté pour la première fois d'attaquer la Syrie, cela avait également été précédé de fuites dans les médias. Toutefois, à l'époque, elles provenaient directement de Mike Pompeo et non de «sources anonymes».

Quoi qu'il en soit, la guerre réelle en Syrie et la guerre médiatique qui l'entourent évoluent parallèlement.

Dans le cadre de la guerre réelle, l'intensité des raids de l'aviation russe et syrienne contre les sites de la région d'Idlib a fortement augmenté ces derniers jours, et les bombardements d'artillerie ont commencé le long de la ligne du front. Tout cela témoigne d'une offensive imminente des forces gouvernementales.

Cette évolution est probablement liée en partie au sommet de la Russie, de l'Iran et de la Turquie sur le problème d'Idleb. La polémique publique entre Recep Erdogan, d'un côté, et Vladimir Poutine et Hassan Rohani de l'autre, ressemblait à un petit spectacle. En fait, son seul résultat est que l'armée turque a envoyé des troupes supplémentaires dans le nord de la province d'Idlib, ce qui ne s'est pas du tout reflété sur la situation globale. Initialement, la position d'Ankara consistait à essayer de transmettre le pouvoir dans la province aux représentants de l'opposition dite modérée, qui contrôle les régions peu peuplées et est inférieure numériquement et tactiquement aux djihadistes. Ce qui reste de l'Armée syrienne libre ne représente plus depuis longtemps une force politique réelle, mais pour la Turquie c'est à présent la seule possibilité de préserver son influence sur une partie plus grande (que prévu) de la province.

Les motifs de Washington sont plus complexes. Contrairement au discours sur le «retrait de Syrie», c'est le processus inverse qui est en cours: l'armée américaine renforce son contingent en Syrie en ignorant l'illégalité absolue de sa présence. Une centaine de soldats est arrivée à Al-Tanf depuis la Jordanie ces derniers jours, alors que les armements et les munitions sont activement projetés depuis les bases du Kurdistan contrôlées par les groupes kurdes proaméricains.

Cela a provoqué un affrontement armé direct dans les environs de Qamichli. Un convoi d'armes américain a été arrêté à un poste de contrôle des forces syriennes (l'approvisionnement de Rojava kurde se fait via les territoires contrôlés par Damas). Étrangement, les Américains n'ont pas tiré sur les Syriens: ils ont attendu que les Kurdes arrivent du côté de Rojava au poste de contrôle pour récupérer les munitions. Ce sont ces derniers qui ont ouvert le feu contre le poste de contrôle syrien et ont débloqué le convoi américain, en tuant 12 soldats syriens et en perdant 7 hommes de leur côté.

On retiendra surtout ici la réticence à ouvrir le feu contre les Syriens à la première étape. Tout prête à penser que les troupes américaines n'ont pas encore reçu un tel ordre, en dépit des bombardements sporadiques dans la province de Deir ez-Zor.

Mais si, il y a quelques mois, la Syrie représentait pour Washington l'incarnation de la formulation «partir pour rester», à présent la possibilité même de rester est associée uniquement au maintien de la «réserve» d'Idleb en tant que foyer de tension. Les Américains n'ont mené aucune opération contre Daech ou tout autre groupe terroriste depuis Al-Tanf, mais ils continuent d'évoquer la nécessité de «mettre un terme au terrorisme». Et quand le terrorisme sera anéanti, les USA n'auront plus de prétexte pour maintenir leurs bases et forces en Syrie.

Aujourd'hui, ils n'ont pas d'autre moyen de stopper l'offensive contre Idleb que la provocation mettant en scène l'usage de l'«arme chimique».

Même si cette provocation ne fonctionnait pas, il serait toujours possible de prétendre à une catastrophe humanitaire. Mais cela n'a encore jamais fonctionné depuis le début de l'opération russe en Syrie. Même à Alep, où la situation concernant l'évacuation de la population civile semblait désespérée au départ.

Actuellement, à Idleb, tout comme à Alep, les terroristes du Front al-Nosra cherchent à empêcher le départ des civils à destination des territoires contrôlés par les forces gouvernementales. Ils ont besoin de ce bouclier vivant avant tout pour attiser l'hystérie dans l'opinion publique occidentale, et à titre de bonus comme un instrument de pression sur la Turquie, qui craint une nouvelle vague de réfugiés.

En Turquie sont prévues de nouvelles négociations avec Moscou au sujet d'Idleb fin septembre, mais cette fois sans l'Iran. Cela n'intéresse pas vraiment Washington, parce qu'il est difficile de prédire le cadre temporaire de l'évolution de la situation.

La mise en scène de l'usage de l'arme chimique pourrait avoir lieu à tout moment. Mais le front des djihadistes pourrait lui aussi s'effondrer à tout instant.

L'équilibre ne durera pas — ce n'est pas du tout dans l'intérêt de Damas. Cela fait déjà presque trois semaines que Moscou retient les Syriens pour ne pas lancer l'offensive, même s'il faut «crever l'abcès», comme l'a dit le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Et si l'on crève l'abcès, tout peut arriver.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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Traduction de la presse russe (septembre 2018) (49)

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Tags:
guerre, Idlib, Russie, États-Unis, Syrie
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