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    Tu-160

    Il y a 15 ans s'écrasait le bombardier stratégique russe Tu-160

    © Sputnik . Yuri Strelets
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    Gazeta.ru
    Traduction de la presse russe (septembre 2018) (49)
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    La catastrophe qui s'est produite dans la région de Saratov il y a quinze ans était sans précédent pour l'aviation russe. Et jamais plus un bombardier stratégique Tu-160 n'a connu la même fin: quatre membres de l'équipage ont été tués suite à l'explosion des moteurs.

    Il y a 15 ans, l'avion militaire Tu-160 avec le numéro de bord 01 portant le nom du pilote d'essai émérite et champion de l'URSS d'haltérophilie Mikhaïl Gromov s'écrasait dans la région de Saratov. Il s'agissait du premier crash du bombardier stratégique en 16 ans d'exploitation. Tous les membres de l'équipage ont été tués: le lieutenant-colonel Iouri Deïneko, son assistant le commandant Oleg Fedoussenko, ainsi que les navigateurs les commandants Grigori Koltchine et Sergueï Soukhoroukov, écrit le quotidien Gazeta.ru.

    L'incident s'est produit pendant un vol technique sans armements à bord après le changement de moteur. Le vol se déroulait dans des conditions météorologiques simples. Le bombardier a décollé de l'aérodrome d'Engels à environ 10:30, heure de Moscou. Après la mise en œuvre du programme d'activités fixé, l'équipe a rapporté qu'un moteur s'était enflammé. Pendant la descente de 2.100 m à 1.200 m, les réservoirs de carburant ont explosé. L'avion a commencé à se désintégrer rapidement et la liaison avec les pilotes a été coupée.

    Certaines circonstances des événements ont été révélées après le décryptage des boîtes noires. Les informations de contrôle objectif étaient préservées en bon état. L'accident s'est produit soudainement sans signes apparents et avec un effet de boule de neige. Tout est arrivé en littéralement 12 secondes. A 11h07m19s, Fedoussenko a informé le commandant d'un incendie du moteur. 6 secondes plus tard, il a rendu compte qu'un autre moteur s'était enflammé également.

    Encore 6 secondes et Deïneko a tenté de donner un ordre à ses subordonnés, mais il a eu le temps de prononcer seulement «Équipa…»

    Selon le rapport cité dans le livre de Vladimir Kossitski «40 ans au service de la sécurité des vols. Récits, essais, documents», à 37 minutes 12 secondes de vol, lors du placement de l'échelon à une altitude de 1.200 m et à une vitesse de 548 km/h s'est produite la «désintégration des éléments de construction de l'avion avec le détachement de fragments du revêtement extérieur, de fragments de réservoirs de carburant, et de dispositifs d'entrée des moteurs». L'enregistreur de bord a capté des changements oscillatoires de surcharges verticales et longitudinales.

    A 11h07m31s le bombardier a explosé, s'est écrasé près du village de Stepnoe et s'est complètement désintégré. Le vol avait duré un peu plus d'une demi-heure.

    A quelques instants de la mort, l'équipage, en évaluant les indications des instruments de bord, a tenté de prendre des mesures d'urgence pour éteindre l'incendie et reprendre le contrôle de l'appareil. Après l'évaluation de la situation a été prise la décision d'écarter l'avion de sa trajectoire, sur laquelle se trouvait le plus grand réservoir gazier en Europe et une zone d'habitation.

    L'expertise a révélé ensuite que les pilotes étaient parfaitement conscients de leurs actes et savaient qu'ils pouvaient mourir.

    Le système automatique d'évacuation d'urgence s'est déclenché seulement après la tragédie. Les pilotes ont été catapultés à l'altitude minimale de 120-150 m. La puissante explosion avait déjà emporté leur vie. Ce sont leurs corps inanimés qui sont arrivés sur le sol.

    «L'effet de l'explosion (onde de choc, impact thermique) sur les éléments du système de sauvetage PSU-36 a provoqué la destruction mécanique des alvéoles et leur repli, entraînant la mort de l'équipage», indique le livre susmentionné.

    «L'avion a commencé à se désintégrer en vol, et l'équipage n'a pas eu le temps d'utiliser les moyens de sauvetage», a constaté le chef d'état-major de l'armée de l'air Boris Tcheltsov.

    Selon les témoins, les corps des pilotes reposaient dans l'herbe avec leurs parachutes ouverts dans le dos. Malgré l'examen des boîtes noires, l'affaire n'a pas révélé tous ses mystères. Par exemple, les experts n'ont pas réussi à déterminer pourquoi l'équipage s'était catapulté trop tard. Selon la conclusion de la commission du Service de sécurité des vols de l'aviation russe, dirigée par le colonel Viktor Sorotchenko, la destruction des surfaces porteuses pendant le vol a eu lieu à cause de la différence de pression dans les réservoirs de carburant situés dans la voilure.

    Pour découvrir la raison exacte de l'explosion, les enquêteurs ont simulé le crash à l'aérodrome militaire de Joukovski. Sur la piste de décollage ont été recréées les conditions dans lesquelles l'avion commandé par Deïneko s'était retrouvé à une altitude de 1.200 m. On a commencé à prélever le carburant dans les moteurs, tout en bloquant le drainage (le soufflage d'air dans le réservoir), ce qui a provoqué une chute rapide de la pression dans le caisson de la partie centrale de la voilure. La situation est immédiatement devenue critique, et quelques secondes après le démarrage de la simulation, le Tu-160 expérimental s'est partiellement désintégré.

    Même s'il existait d'autres hypothèses. Ainsi, les constructeurs du bureau d'étude Tupolev ont d'abord envisagé l'impact du Mikhaïl Gromov avec un objet non identifié. Puis est apparue la version du passage de l'avion dans un nuage gazeux, qui aurait explosé à cause des jets de propulsion.

    La version d'une erreur de pilotage n'a pas été soulevée. Le chef de bord Deïneko avait 3.000 heures de vol à son actif, dont 1.000 sur cet avion.

    Le gouverneur de la région, Dmitri Aïatskov, parlait d'un «explosif intentionnellement placé dans l'avion». Mais l'assistant supérieur du procureur militaire du district militaire Volga-Oural Vladimir Kapralov a balayé cette version, jugée «inconsistante». Une enquête pénale a été ouverte par le parquet militaire du district sur le crash du Tu-160. Très peu d'informations ont été rapportées sur la catastrophe par les médias parce que le ministère de la Défense avait classifié l'accident.

    Le concepteur du Tu-160 Valentin Blizniouk s'est également prononcé fermement contre l'hypothèse d'un sabotage. L'ingénieur a partagé son avis dans un article intitulé «Un probable attentat» publié le 3 octobre dans la Revue militaire indépendante. Comme l'a souligné Valentin Blizniouk, un attentat n'aurait pas pu entraîner cette chaîne d'événements. Il a mis la déclaration de Dmitri Aïatskov sur le compte de son manque de professionnalisme.

    «Les pilotes se sont battus jusqu'au bout et en sont morts. Et je trouve juste la décision de leur décerner les plus hautes récompenses», a conclu Valentin Blizniouk.

    Iouri Deïneko a reçu à titre posthume le titre de Héros de la Russie, Fedoussenko, Koltchine et Soukhoroukov ont reçu l'ordre du Courage. Pour le premier anniversaire de la catastrophe, une pierre commémorative a été installée sur le lieu du crash du Tu-160.

    A part le crash du Mikhaïl Gromov, un seul incident s'est produit dans toute l'histoire des vols de Tu-160 — cette fois au sol. En 1987, l'un des bombardiers a quitté la piste d'atterrissage et s'est enflammé. Personne n'a été blessé.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (septembre 2018) (49)

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    Tags:
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