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    Russie, Allemagne et l'UE

    L'Europe de Lisbonne à Vladivostok reviendrait à la mode

    © Sputnik . Sergej Guneev
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    Nezavissimaïa gazeta
    Traduction de la presse russe (octobre 2018) (45)
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    Le rédacteur du quotidien Nezavissimaïa gazeta s'est rendu à Berlin pour rencontrer Michael Harms, directeur du Comité oriental de l'industrie allemande pour discuter de l’actualité politique ainsi qu’économique dans les relations entre l'Allemagne et la Russie.

    Nezavissimaïa gazeta: En septembre, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s'est rendu à Berlin, et pour la première fois depuis longtemps il a reparlé d'un espace eurasiatique commun de Lisbonne à Vladivostok. Que pensez-vous de ce projet dans le contexte actuel et compte tenu des positions de l'économie allemande?

    Michael Harms: «Nous avons toujours soutenu et soutenons encore cette idée qui, vous le savez, est positivement perçue par la politique allemande. L'idée d'un nouvel espace économique de ce genre est même inscrite dans le nouveau traité de coalition des trois partis (CDU/CSU et SPD) qui forment actuellement le gouvernement de coalition à Berlin. En d'autres termes, théoriquement, toutes les forces qui sont au pouvoir en Allemagne le soutiennent. Le monde des affaires, que nous représentons, est également intéressé par les résultats concrets que pourrait apporter un tel espace économique commun. Moins il y a de barrières commerciales, plus grand est le marché, plus les normes et les règles communes sont claires et mieux c'est pour les affaires, bien sûr.

    Mais du point de vue politique, le principal problème est à Bruxelles, parce que la Commission européenne refuse pour l'instant de mener des négociations politiques directes avec la Commission économique eurasiatique — ce qui, selon nous, serait nécessaire. Nous n'avons pas beaucoup avancé en ce sens».

    NG: D'après vous, que peut-on faire actuellement compte tenu de la position de l'économie allemande?

    MH: «Nous agissons déjà. S'il n'y a pas de mouvement sur le plan politique, il faut commencer par le concret. Nous venons de signer un accord avec l'Union russe des industriels et des entrepreneurs pour un travail commun d'harmonisation des paramètres techniques dans de nombreux secteurs industriels. En l'occurrence les sociétés elles-mêmes mènent ce dialogue, qui a déjà débouché sur des recommandations aux organes compétents pour poursuivre l'harmonisation. Avec l'Union russe des industriels et des entrepreneurs, nous avons également un autre projet relatif à la digitalisation, et les deux unions des entrepreneurs travaillent ensemble dans ce secteur important. Nous menons un dialogue avec de nombreuses grandes compagnies russes comme Rosatom, Rosneft, Gazprom et nous les aidons notamment à sortir sur le marché allemand».

    NG: Le régime de sanctions est en train de se durcir. cela influence l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui cesse de fonctionner sur plusieurs aspects. Comment voyez-vous le problème du développement des relations entre la Russie et l'Allemagne, entre la Russie et l'UE, dans le contexte du durcissement des sanctions américaines?

    MH: «Compte tenu de la formulation de votre question, je voudrais préciser une chose. Premièrement, la pression par les sanctions augmente uniquement du côté des États-Unis: il n'y a aucun durcissement des sanctions du côté de l'Europe. Je voudrais souligner ce point-là. Deuxièmement, je ne suis pas d'accord avec une appréciation aussi négative de l'activité de l'OMC. Cette dernière est affaiblie, certes, mais selon nous elle doit rester l'organisation principale encadrant le commerce mondial. Bien sûr, tous ces plans et les actions partielles déjà engagées par les USA préoccupent fortement les acteurs économiques allemands, et nous constatons déjà des pertes très concrètes. Si l'on prend l'exemple des sanctions d'avril dirigées contre Rusal, on voit que l'industrie allemande et européenne de l'aluminium a été sérieusement touchée. Ce qui inquiète les banques, le secteur énergétique et les nombreux fournisseurs. La situation n'est pas simple, et nous menons un dialogue assez ouvert avec nos collègues américains. Mais les sanctions sont une tendance très forte qui relève plutôt des thèmes politiques intérieurs des USA eux-mêmes. Les Américains nous disent constamment qu'ils veulent se concerter à ce sujet avec leurs alliés et ne pas nous nuire, mais, malheureusement, tout indique qu'un renforcement des sanctions nous attend».

    NG: Le secteur énergétique joue un rôle significatif dans les relations de la Russie avec l'Europe et l'Allemagne, et la politique américaine de sanctions est dirigée contre la coopération énergétique entre l'Europe et la Russie. A cet égard, quelles sont, selon vous, les chances que le projet Nord Stream 2 aboutisse?

    MH: «Je pense que pour l'instant il n'y a pas de sanctions contre le Nord Stream 2. Et inversement, la loi de sanctions adoptée l'an dernier aux USA contient une précision indiquant que les projets signés avant le 2 avril 2017 ne sont pas concernés par les sanctions. Cela concerne également le Nord Stream 2. C'est pourquoi nous pensons que les chances de réalisation de ce projet sont très élevées. Vous le savez, tous les pays, sauf le Danemark, ont donné leur feu vert. Mais même si le Danemark ne donnait pas son accord, le gazoduc serait tout de même construit, et je suis assez certain de sa réalisation […] Pour l'instant le gaz acheminé par le gazoduc est bien moins cher et, même si c'est difficile à prévoir, il est probable que cela reste ainsi».

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (octobre 2018) (45)

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    Tags:
    relations, Commission européenne, Michael Harms, Sergueï Lavrov, Allemagne, Russie
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