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    Un «programme révolutionnaire» de recherches agricoles ou d'une arme biologique US?

    Un «programme révolutionnaire» de recherches agricoles ou d'une arme biologique US?

    © AP Photo / Ben Margot
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    Izvestia
    Traduction de la presse russe (octobre 2018) (35)
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    Quatre équipes de biologistes américains travaillent à la création d'un virus génétiquement modifié capable de changer l'ADN des plantes avec lesquelles il entre en contact. Certains spécialistes européens pensent que les Américains sont en fait en train de créer une arme biologique. Est-ce le cas?

    Le monde scientifique est contre

    De concert avec des avocats de l'Université de Freiburg (Allemagne), plusieurs chercheurs de l'Institut d'évolution biologique Max Planck de Plön (Allemagne) et de l'Université de Montpellier ont publié dans la revue Science un article condamnant le «programme révolutionnaire» de recherches agricoles aux États-Unis. Selon eux, ces recherches scientifiques pacifiques pourraient servir de couverture à un autre objectif: la création d'une arme bactériologique meurtrière.

    Les expérimentateurs, financés par l'agence DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), utiliseraient des insectes pour transporter les virus infectieux génétiquement modifiés jusqu'à leur destination (une plantation de fruits, de légumes ou de céréales), écrit le quotidien Izvestia. Après leur arrivée à destination, les coléoptères ou les papillons dispersent les virus sur les plantes.

    Des insectes porteurs de virus

    Pendant l'été 2016 déjà, DARPA avait fait part de son idée de transformer des insectes nuisibles en «alliés dans la lutte pour les récoltes». Cependant, jusqu'à l'été 2017, aucune information concrète sur le programme surnommé Insect Allies n'avait été présentée au public.

    Les travaux ont finalement commencé en été 2017 avec l'attribution de 27 millions de dollars pour des contrats de recherche. L'argent a été réparti entre quatre groupes académiques. L'objectif principal de cette expérience consiste à utiliser les possibilités de la science pour créer une technologie de modification génétique écologique horizontale des organismes vivants afin d'opérer par leur biais des changements génétiques dans les cultures. Le virus est censé modifier les chromosomes des plantes en apportant des changements qui pourraient augmenter leur résistance aux différents problèmes écologiques.

    Chacun des quatre groupes de recherche travaille parallèlement et même en régime de concurrence pour régler trois buts fondamentaux: fabriquer le virus, créer un insecte-vecteur (si besoin, en apportant des modifications à son code génétique) et déterminer les plantes qui «comprennent» que le virus l'attaque pour améliorer sa «santé».

    Rapide et furtif

    La différence entre la «contamination saine» et les méthodes traditionnelles de lutte contre les nuisibles est que dans le cadre du nouveau programme, le virus n'est pas dispersé avec des aérosols: la DARPA a exigé que cela soit fait par des insectes. La dispersion, que ce soit par avion ou par des moyens mobiles contrôlés par l'homme, est pourtant un processus bien plus simple et mieux contrôlable.

    Pourquoi donc faire compliqué? Précisément pour réduire la contrôlabilité du procédé.

    C'est pourquoi les auteurs de l'article sont inquiets. A commencer par le fait que le contrôle dimensionnel et temporel de la propagation des virus sera difficile. Les insectes sont complètement imprévisibles et les virus peuvent influencer aussi bien les graines que les plantes adultes.

    De plus, l'appel aux insectes ne représente aucun intérêt. Si l'objectif consiste à éliminer les parasites et assurer des récoltes abondantes, qui plus est inoffensives pour l'homme, il est plus simple et pratique de recourir à des équipements agricoles de dispersion.

    L'approche de DARPA reflète donc l'intention de développer une technologie offensive. Les spécialistes pensent que les arguments sur la destination agricole des futures découvertes servent en réalité à couvrir le développement d'une nouvelle classe d'arme biologique à action rapide.

    Une telle arme pourrait permettre à un agresseur de détruire des récoltes sans recourir à l'utilisation d'équipements spéciaux susceptibles d'être visuellement détectés.

    Tout comme on ne retrouverait aucune trace de la propagation de substances chimiques ou toxiques qui pourraient servir de preuves indirectes d'une attaque intentionnelle et non naturelle contre les plantes.

    Une question sans réponse

    Le programme Insect Allies correspond-il aux normes de biosécurité de l'humanité? Personne ne le sait, et c'est pourquoi les spécialistes sont inquiets. Les auteurs de l'article demandent à la DARPA d'assurer une plus grande transparence dans son travail et ses résultats. De leur point de vue, il n'existe aucune garantie que cette recherche n'enfreindra pas la Convention sur l'arme biologique.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (octobre 2018) (35)

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    Tags:
    recherche, armes biologiques, États-Unis
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