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    Signature du Traité de réduction des armes stratégiques

    L’absence d'un cadre de contrôle des armements «pousserait le monde au seuil de la guerre»

    © Sputnik . Yuri Abramochkin
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    Vzgliad
    Traduction de la presse russe (octobre 2018) (45)
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    Les traités cruciaux sur la restriction des armements signés entre les USA et l'URSS, START-3 et FNI, vont probablement disparaître. Washington s'apprête à annoncer son retrait de ces accords. Pourquoi l'administration Trump juge-t-elle que ces traités importants sont inutiles et quelles seront les conséquences de ce retrait?

    Les USA sont enclins à ne pas prolonger le Traité de réduction des armes stratégiques conclu avec la Russie, écrit le quotidien Vzgliad. En particulier, les USA étudient la possibilité de nouvelles négociations, par exemple pour un retour au modèle de ce qu'on appelle le traité de Moscou (document de trois pages sur la réduction des potentiels stratégiques offensifs de 2002 qui a perdu sa force avec le START-3) ou tout de même la prolongation du START-3. Mais cette dernière option serait peu plausible.

    Le chef du présidium du Conseil pour la politique étrangère et de défense Fedor Loukianov a qualifié de «prévisibles» les intentions des USA de se retirer des deux traités en question. D'après lui, John Bolton, conseiller américain à la sécurité nationale, «n'a jamais caché qu'il détestait le contrôle des armements».

    «Bolton trouve que c'est une idée complètement inutile et insensée de la Guerre froide, et que des engagements réciproques supplémentaires ne correspondent plus aux réalités actuelles ni aux intérêts des USA. C'est pourquoi il faut changer ce système, renoncer à ce modèle. Apparemment, Bolton travaille sur quelque chose de nouveau. Par exemple, il pourrait considérer que les mesures de transparence et de confiance devraient être renforcées pour une plus grande prévisibilité du comportement des parties, mais que des accords contraignants ne sont pas nécessaires», déclare Fedor Loukianov.

    L'académicien Alexeï Arbatov, directeur du Centre de sécurité internationale de l'Institut d'économie mondiale et des relations internationale affilié à l'Académie des sciences de Russie, indique qu'il existe aux USA, parmi les militaires, un puissant lobby en faveur de la prolongation du traité START-3. «Les armements stratégiques sont planifiés des dizaines d'années à l'avance, c'est pourquoi les militaires ont besoin d'une prévisibilité sur au moins 5-10 ans afin de prévoir avec certitude de quelles forces ils disposeront», note l'expert.

    Ce dernier fait remarquer que la nouvelle administration américaine a promis de renforcer l'armement nucléaire, mais que la Russie a cherché à persuader les États-Unis de renoncer à de tels plans. «Plusieurs fois, au téléphone et pendant le sommet d'Helsinki, nous avons proposé aux Américains de prolonger le traité START-3. Le Président Trump n'y comprend rien. Mais au Congrès, au sein même de l'administration, il existe une forte opposition au START-3 liée au fait que la Russie est accusée d'enfreindre le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Cette frange de l'élite politique américaine fixe de facto un ultimatum: reconnaissez les infractions et retirez les systèmes considérés par les USA comme une violation du traité FNI, et dans ce cas nous pourrions prolonger le START-3», explique Alexeï Arbatov.

    Fedor Loukianov rappelle que l'idée de renoncer aux accords bilatéraux n'a rien de nouveau — elle est apparue encore à la fin des années 1960. D'après cette vision, les pays devaient agir en fonction de leurs besoins, sécurité et intérêts, et l'objet des négociations ne pouvait être que la réduction des risques dans la situation actuelle. Au début des années 2000, cette idée a été soulevée par l'administration George W. Bush. C'est sous sa présidence que les États-Unis se sont retirés du Traité ABM signé le 26 mai 1972 entre les USA et l'URSS.

    John Bolton, qui travaillait déjà au sein de l'administration Bush, appelait également à revoir l'approche basée sur l'auto-restriction symétrique. «A l'époque la Russie n'avait pas accepté, et l'administration Bush s'est tournée vers d'autres problèmes. Le thème a été oublié. Mais il est remis sur le tapis aujourd'hui. Et étant donné que l'administration Trump maintient les approches républicaines, mais agit bien plus radicalement, elle ne prête pas attention à la réaction extérieure», souligne Fedor Loukianov.

    Alexeï Arbatov prédit qu'en cas de retrait du traité FNI, le START-3 ne serait pas prolongé «parce que la situation politique n'y contribuerait pas».

    «Dans quelques années déjà nous ne saurons plus ce que fait l'autre partie et quels sont ses programmes pour l'avenir, quels sont ses conceptions stratégiques et ses plans de riposte. Dans une telle situation on assure toujours ses arrières en prévoyant toujours plus — au cas où. Cela marquera le début d'une course aux armements illimitée», souligne l'expert.

    Et de conclure: «Comme l'a montré l'expérience des 50 dernières années, en l'absence d'un cadre de contrôle des armements, de prévisibilité et de transparence des forces, la dissuasion nucléaire s'emballe. On commence à utiliser des armements et des concepts d'utilisation qui, en cas de crise, pousseraient le monde au seuil de la guerre».

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (octobre 2018) (45)

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    Tags:
    contrôle, armements, Russie, États-Unis
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