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    le port de Ceuta

    Pourquoi le port espagnol de Ceuta a-t-il accepté des navires de la marine russe?

    © AFP 2018 Jorge Guerrero
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    Vzgliad
    Traduction de la presse russe (novembre 2018) (39)
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    «Une nouvelle ère commence pour le port de Ceuta», titre la presse locale après le retour des navires de la marine russe dans cette ville portuaire espagnole. Pendant deux ans, son administration avait respecté la consigne de l'Otan et refusé d'accueillir des navires russes. Pourquoi a-t-elle changé d'avis aujourd'hui?

    L'annonce de la reprise des escales de navires de la marine russe au port espagnol de Ceuta a été ignorée par les grands médias européens, écrit le quotidien Vzgliad. Et personne n'en aurait rien su si cette information n'avait pas été relayée par les sites locaux de cette commune espagnole autonome et de son port.

    Chaque entité administrative gagne sa vie comme elle peut. Ceuta, dont le territoire n'est pas riche en ressources minières ni en industrie, ne survit qu'en profitant de sa situation géographique: cette ville se trouve dans le détroit de Gibraltar qui relie l'océan Atlantique à la Méditerranée. Tous les navires naviguant dans les deux sens sont donc sous contrôle.

    C'est ce «contrôle» qui a été reproché à Ceuta par le commandement de l'Otan, et par son secrétaire général Jens Stoltenberg personnellement, en 2016. Sous la pression de l'Alliance, les Espagnols avaient dû refuser le stationnement des navires de la marine russe dans ce port.

    Tout a commencé en mars 2016, quand 11 députés européens (dont neufs étaient des mandataires polonais et des pays baltes préoccupés par la «menace russe») se sont plaints à la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini de «l'hospitalité de Ceuta vis-à-vis des bâtiments de la marine russe».

    Selon ces députés, les navires russes n'entraient en Méditerranée que pour "exercer une pression sur l'Ukraine" et "empêcher le retour volontaire de la Crimée" en son sein.

    Entre 2011 et le moment de cette déclaration des députés, Ceuta avait accueilli 62 navires militaires russes, dont des remorqueurs. Selon le journal espagnol El Pais, la fréquence des escales (au moins une dizaine par an) aurait «de facto transformé ce port d'Afrique du Nord en base de la marine russe».

    Les médias espagnols notaient toutefois qu'«aucun des partenaires de l'UE ni allié de l'Otan n'avait de réclamations concernant l'accueil des Russes avant cela, car toute l'activité des autorités de l'Espagne et de Ceuta était contrôlée par le gouvernement du pays de manière très transparente».

    Puis la situation en Syrie est venue s'ajouter à l'équation. La participation du contingent russe aux batailles contre Daech* a significativement renforcé les positions de Bachar el-Assad, tant honni par la coalition occidentale. Dans ces circonstances, toute gêne pour la Russie était favorable pour l'Otan. C'est pourquoi cette dernière, et surtout les USA et le Royaume-Uni, a tout fait pour fermer cette «base officieuse» des navires russes.

    La patience des anglo-saxons a atteint ses limites quand ils ont appris l'intention du porte-avions Amiral Kouznetsov, qui faisait cap sur la Méditerranée, de se rendre à Ceuta pour une visite amicale de ravitaillement. L'Espagne a subi une telle pression que pour sauver la réputation de Madrid, Moscou a dû retirer sa requête d'entrer dans ce port d'Afrique du Nord.

    Le centre américain d'études stratégiques Heritage Foundation, ultraconservateur, et le Margaret Thatcher Center for Freedom ont soufflé aux députés européens les arguments à exprimer pour justifier la décision d'interdire l'accès des Russes à l'enclave espagnole: pourquoi les navires de l'ennemi potentiel pourraient-ils entrer au port de Ceuta alors que les navires de l'Otan sont privés de la possibilité de passer sans entrer dans ce havre?

    Le fait est que le Rocher (Gibraltar se trouvant en face de Ceuta) est considéré depuis des siècles comme un territoire espagnol. Mais en 1713, selon les conditions du traité de paix d'Utrecht marquant la fin de la guerre pour l'héritage espagnol, ce terrain de 6 km² est revenu au Royaume-Uni. Depuis, Madrid veut reprendre le Rocher, ce que Londres lui refuse à tout prix.

    Rien de militaire — seulement les affaires

    L'interdiction aux navires russes de faire escale au port de Ceuta avait considérablement affecté le budget de la ville.

    Chaque visite des Russes dure généralement trois jours. Selon l'administration portuaire, rien qu'en 2014, environ 2.300 marins russes ont débarqué sur le quai du port. Selon les statistiques d'échanges de monnaies, chacun d'entre eux avait alors dépensé sur place 450 euros en moyenne. Cet argent (plus d'un million d'euros par an) se retrouve généralement dans les caisses des magasins et des restaurants locaux.

    Ce à quoi il faut encore ajouter l'achat des réserves d'eau et de carburant. Les navires de débarquement se ravitaillent généralement à hauteur de 300 tonnes de carburant et de 150 tonnes d'eau, dont un ravitailleur pourrait avoir besoin de 3.750 tonnes. Autrement dit, chaque escale de navires russes avec un bref séjour au port rapporte au moins 300.000 euros à l'administration de Ceuta.

    Les habitants de la ville ne veulent plus, semble-t-il, se serrer la ceinture pour satisfaire les ambitions de Washington et de Londres.

    La première escale de navires militaires russes à Ceuta a donc eu lieu ce 9 novembre après deux ans d'interruption. Selon le site du port, les derniers navires russes à y être entrés avaient été les petits navires lance-missiles Zeleny Dol et Serpoukhov, ainsi que le remorqueur SB-36 (16-18 octobre 2016). Deux ans plus tard le croiseur lance-missiles Maréchal Oustinov, qui remplit des missions en Méditerranée, a relancé la tradition des escales russes à Ceuta. Prochainement, le port espagnol devrait être visité par le ravitailleur Doubna qui l'accompagne et le remorqueur SB-406. Les navires resteront simplement au port jusqu'au lundi 12 novembre. «L'équipage total des trois navires s'élève à 708 hommes», a officiellement annoncé le port.

    «Une nouvelle ère commence pour le port de Ceuta», commente le journal local El Faro de Ceuta. «Après deux ans de sécheresse, notre économie reçoit une injection importante», confirme la direction du port.

    Les Américains n'ont pas encore poussé leur cri de mécontentement concernant les actions des Espagnols: Washington est complètement débordé par les élections de mi-mandat, et à Londres Downing Street met la dernière touche à l'accord sur le divorce avec l'UE.

    Moscou ne s'empresse pas non plus de commenter la reprise des escales à Ceuta. Mais l'événement est révélateur en soi: quelqu'un, en UE, a montré qu'il était bien plus bénéfique économiquement d'être ami qu'ennemi avec Moscou, conclut le journal.

    *Organisation terroriste interdite en Russie

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (novembre 2018) (39)

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    Tags:
    port, sanctions, Ceuta, Russie
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