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    Combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS)

    À qui profitera le retrait des forces américaines de Syrie?

    © Sputnik . Hikmet Durgun
    Lu dans la presse
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    Kommersant
    Traduction de la presse russe (décembre 2018) (39)
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    Les États-Unis ont commencé à retirer leurs forces de Syrie. Pour Donald Trump, leur mission est accomplie: les terroristes de Daech* ont été vaincus. Mais ils témoignent surtout de sa volonté de mettre fin à la stratégie que l'administration américaine a mise en œuvre en Syrie.

    Le plus difficile pour la Maison-Blanche serait de prouver que sa campagne syrienne a surtout bénéficié aux États-Unis et pas à la Russie, écrit le quotidien Kommersant. Le Ministère russe des Affaires étrangères a immédiatement salué le choix de Donald Trump, qui offre des «perspectives réelles pour le règlement politique en Syrie».

    Donald Trump a écrit sur Twitter que les États-Unis avaient remporté la victoire en Syrie et que la lutte contre Daech était la seule raison de la présence du contingent américain dans ce pays. Les collaborateurs de l'administration américaine ont pourtant nuancé l'emphase des propos de leur Président: selon eux, il s'agit du début d'une nouvelle étape des combats.

    Dans tous les cas, sans l'intervention de ses conseillers, le Président américain aurait déjà pris cette décision il y a longtemps. Il avait déjà promis au printemps d'évacuer ses troupes de Syrie en évoquant la victoire sur Daech*. A l'époque, ses conseillers avaient réussi à trouver des arguments pour qu'il change d'avis. Il faut également souligner l'influence des alliés régionaux des USA: l'Arabie saoudite et Israël ont demandé à Washington de rester en Syrie pour riposter aux tentatives de l'Iran de renforcer ses positions dans le pays et dans la région en général.

    Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane se serait personnellement adressé au Président lors de sa visite aux Etats-Unis. Donald Trump a répondu que si les Saoudiens voulaient que les Américains restent en Syrie, il faudrait payer. Ainsi, on a appris en août que les alliés étrangers des États-Unis avaient consenti à octroyer près de 300 millions de dollars, dont 100 millions de la part de l'Arabie saoudite et 50 millions de la part des Émirats arabes unis, pour la stabilisation de la Syrie.

    La politique syrienne des États-Unis ne faisait que se raffermir depuis avril dernier. Il suffit de se souvenir des frappes conjointes des USA, du Royaume-Uni et de la France sur la Syrie lancées 14 avril dernier suite à une attaque chimique présumée dans la ville de Douma, dont ces pays avaient accusé les autorités de Damas.

    La stratégie politique de Washington a également changé. A la fin de la présidence de Barack Obama et au début du mandat de Donald Trump, il semblait que les États-Unis ne se souciaient pas de l'avenir politique de la Syrie. La Russie a complètement repris l'initiative en lançant le processus d'Astana avec l'Iran et la Turquie.

    La décision américaine était également inattendue parce qu'elle a été annoncée au moment où la Turquie préparait une opération contre les groupes kurdes au nord de la Syrie — et les États-Unis étaient la seule garantie de sécurité des Kurdes. C'est le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu qui a indiqué à la fin de la semaine dernière que les USA étudiaient l'éventualité d'un retrait de leurs forces. Ces propos n'ont pas été pris au sérieux compte tenu des déclarations de Donald Trump tenues au printemps, mais il s'est avéré que le ministre turc était absolument sérieux.

    La télévision turque a annoncé mercredi que la décision d'évacuer les forces américaines de Syrie avait été adoptée après un entretien téléphonique entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan.

    Maxim Stroutchkov, rédacteur en chef de la version russe du site Al-Monitor, n'exclut pas que cette décision fasse partie d'une «entente entre Trump et Ankara». Mais il souligne surtout que c'est la politique intérieure américaine qui a fait pencher la balance: «L'équipe de Trump pour la sécurité nationale vise à promouvoir les intérêts géopolitiques des États-Unis, mais le Président se laisse guider par sa survie politique. Comme sa position à l'intérieur du pays laisse à désirer (il fait l'objet de plusieurs investigations), il veut transférer l'attention de ses électeurs vers d'autres sujets. Le Président montre par tous les moyens qu'il remplit ses promesses électorales». Michael Kofman, expert du centre américain CNA Corporation, estime lui aussi que l'annonce du retrait des troupes pourrait être une manœuvre visant à distraire le public américain de la politique intérieure, actuellement défavorable pour Donald Trump.

    * Organisation terroriste interdite en Russie

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (décembre 2018) (39)

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    Tags:
    retrait des troupes, bénéfices, Kurdes, Daech, Forces démocratiques syriennes (FDS), Mohammed ben Salmane Al-Saoud, Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan, Manbij, Arabie Saoudite, Turquie, Syrie, États-Unis
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