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    Le continent noir sous l'emprise de la Chine

    © Sputnik . Alexandr Demyanchuk
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    Traduction de la presse russe (décembre 2018) (39)
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    Pékin considère ses bases africaines comme une nouvelle étape sur la voie de son expansion globale. La croissance de la puissance complexe de l'État chinois s'accompagne d'une expansion extérieure de plus en plus active, écrit Nezavissimaïa gazeta.

    L'expansion chinoise a d'abord ciblé le voisinage géographique du pays, notamment l'Asie du Sud-Est, du Sud et centrale, avant de porter son regard sur d'autres continents, ecrit le quotidien Nezavissimaïa gazeta. Pékin accorde une attention particulière à l'Afrique, très riche en ressources naturelles dont la Chine a cruellement besoin. 

    La Chine a adopté en janvier 2006 un document gouvernemental intitulé «La politique de la Chine en Afrique» (il n'existe aucun texte similaire concernant d'autres régions du monde) qui évoque les orientations et les mécanismes de mise en œuvre des objectifs de partenariat stratégique. Le volume des échanges entre la Chine et l'Afrique s'est chiffré à 10 milliards de dollars en 2000 pour atteindre 210 milliards en 2013 — et il ne cesse de croître. En 2009, la Chine est devenue le principal partenaire commercial de l'Afrique. Il existe en Afrique plus d'un millier d'entreprises appartenant à la Chine, alors que le nombre de Chinois sur le continent atteint 1,5 million de personnes.

    Afin d'examiner les questions relatives à la coopération économique, les partenaires ont créé le forum «Chine-Afrique» où se réunissent annuellement les hauts responsables de la Chine et de la plupart des pays africains. Au cours de la dernière réunion à Pékin en septembre 2018, le président chinois Xi Jinping a promis d'investir 60 milliards de dollars dans les économies africaines: 35 milliards sous forme de subventions, d'emprunts et de crédits, 10 milliards pour une fondation sino-africaine d'octroi de crédits aux projets de développement et 5 milliards pour encourager les importations africaines. Selon les calculs de Pékin, les 10 milliards restants devraient provenir des entreprises chinoises (qui n'ont visiblement pas le choix).

    Parmi les exportateurs importants de pétrole vers la Chine figurent notamment l'Angola, le Nigeria et le Soudan. Pratiquement toute l'industrie du meuble chinoise utilise le bois du Liberia, du Cameroun, du Mozambique et de Namibie. La Zambie assure quant à elle 40% des importations chinoises de cuivre. Qui plus est, ce pays se trouve en situation d'endettement énorme par rapport à Pékin, et son économie passe donc sous le contrôle chinois. Une situation similaire est constatée dans plusieurs pays du continent.

    Les Chinois écartent très activement et efficacement les Européens et les Américains hors du continent. Les leaders africains préfèrent travailler avec les Chinois, qui sont aussi riches que les Occidentaux mais beaucoup plus neutres d'un point de vue politique. Cette emprise chinoise commence à susciter des contestations populaires dans certains pays africains (notamment en Zambie), que les autorités arrivent pour le moment à réprimer. Une autre raison du mécontentement des Africains est le racisme ouvert des Chinois. L'attitude de ces derniers envers la population locale est souvent encore plus dure que celle des anciens colonisateurs blancs.
    La progression chinoise en Afrique a été considérablement favorisée par le retrait de l'URSS de la région. Les livraisons d'armes chinoises vers l'Afrique ont débuté dans les années 1970.

    Les ventes d'armes

    La Tanzanie est le premier pays à s'être retrouvé dans la sphère d'influence chinoise. Elle est certainement l'État le plus prochinois d'Afrique depuis le milieu des années 1970. A cette époque, c'est-à-dire parallèlement aux livraisons soviétiques, la Tanzanie avait reçu de la Chine 30 chars Type 59 (équivalent du T-54), 30 chars légers Type 62 et Type 63, près de 50 véhicules blindés de transport, 30 canons, 12 chasseurs J-5 (MiG-17) et 16 J-6 (MiG-19), 4 patrouilleurs porteurs de torpilles et 6 vedettes Shanghai. Dans les années 1980-1990, la Chine était le seul exportateur d'armes en Tanzanie: 20 canons de 122mm Type 54-1, 12 chasseurs J-7 (MiG-21), 2 avions de transport Y-12, 5 avions d'entraînement et 2 vedettes Shanghai.

    Au XXIe siècle, le volume des livraisons chinoises a considérablement augmenté, ce qui a définitivement transformé l'aspect de l'armée tanzanienne. Les chars Type 59 ont été modernisés selon le standard Type 59G, alors que les troupes ont reçu 10 chars légers modernisés Type 63A, 15 véhicules blindés, 10 canons mobiles de 120mm PLL-05, 12 lance-roquettes multiples de 300mm A-100, 50 missiles sol-air portables FN-6, 14 chasseurs J-7TN (la version la plus moderne de cet avion), 6 avions d'entraînement de dernière génération K-8 et 2 vedettes Type 037-1.

    La Zambie s'est retrouvée dans la sphère d'influence chinoise pratiquement à la même époque que ses voisins tanzaniens. A la fin des années 1970, son armée a reçu 18 canons de 130mm Type 59-1 (copie du M-46 soviétique), 12 chasseurs J-6 et 12 avions d'entraînement. Dans les années 1990, la Zambie, tout comme la plupart des pays africains, n'a pratiquement acheté aucune arme à l'exception des avions de transport chinois Y-12. Au XXIe siècle, la Chine est devenue majoritaire dans la structure des importations d'armes de la Zambie. Cette dernière a notamment acheté plusieurs Y-12, 2 MA60, 7 hélicoptères polyvalents Z-9, 16 avions d'entraînement K-8 et 6 avions de combat et d'entraînement de dernière génération L-15. Le pays a également acquis 100 missiles air-air et air-surface, ainsi qu'au moins 50 bombes guidées. L'armée de terre zambienne a quant à elle reçu 6 véhicules de transport de troupes WZ-551.

    Le Zimbabwe, autre pays d'Afrique du Sud-Est, a acheté dans les années 1980 plus de 30 chars Type 59/69, au moins 30 véhicules de transport de troupes, et 15 chasseurs J-7. Au début du XXIe siècle, ce pays a été mis à l'écart de la communauté internationale (à cause de la dictature et du racisme anti-blanc) et la Chine est restée son seul fournisseur d'armes. De 2004 à 2006, le pays a reçu 20 véhicules de transport de troupes Type 85 et 12 avions d'entraînement K-8. Ensuite, Harare n'avait plus de fonds mais Pékin a conservé une influence importante sur ce pays et notamment sur son armée. Il est bien probable que la destitution récente du président «éternel» Mugabe par les militaires zimbabwéens a été non seulement approuvée, mais aussi inspirée par la Chine.

    Les clients riches

    Les clients les plus riches de la Chine sont les pays d'Afrique du Nord, notamment l'Algérie et le Maroc. Ainsi, la Chine a livré en Algérie 3 frégates S-28A et au moins 90 pièces d'artillerie (PLZ-45n Type 88, SR-5). Le Maroc a acquis 54 chars Type 90-2, 12 lance-roquettes multiples AR-2 (PHL-03), 50 missiles antichars HJ-8 et 6 systèmes antiaériens «Bouclier céleste».

    Les pays d'Afrique occidentale ont également besoin de beaucoup d'armes dans le contexte de leur guerre permanente contre les extrémistes islamistes. Ainsi, le Tchad a acquis ces dernières années 60 véhicules de combat PTL-02, WZ-523 et ZFB-05, ainsi que 6 lance-roquettes multiples de 122mm Type 81. Le Niger a acheté plusieurs véhicules de transport de troupes WZ-523, tandis que le Mali et la Mauritanie ont reçu chacun 2 avions de transport Y-12 et 2 hélicoptères Z-9. Le Sénégal a acquis 12 véhicules de combat. Le Nigeria s'est avéré un client beaucoup plus important, qui a acquis 120 véhicules de transport de troupes VP3 (dont au moins quatre ont déjà été perdus dans les combats contre les islamistes), 2 corvettes et une vedette, 5 drones de combat CH-3 et 15 chasseurs J-7NI qui sont actuellement les seuls appareils aptes au combat de l'armée de l'air du pays (6 d'entre eux se sont déjà écrasés). Le Ghana a reçu 90 véhicules de transport de troupes WZ-523, ainsi que des canons et des lance-roquettes multiples qui ont, de fait, créé ses forces d'artillerie. La Chine est actuellement le plus important fournisseur d'armes au Cameroun avec 12 véhicules d'appui PTL-02, au moins 20 véhicules de transport de troupes Type 07, 4 hélicoptères de combat Z-9W et 50 missiles antiaériens FN-6.

    Au XXIe siècle, le Gabon a également rejoint les rangs des acheteurs de véhicules chinois en acquérant 6 véhicules blindés et 30 lance-roquettes multiples. La Guinée équatoriale, enrichie par les ventes de pétrole, a acheté un navire de débarquement (même si l'on peut se demander où elle envisage de faire débarquer ses troupes).
    Le Soudan est le client principal de la Chine dans le nord-est de l'Afrique. Ses adversaires du Soudan du Sud ont également acquis 100 missiles antichars HJ-73D et 50 missiles antiaériens QW-2. Depuis la fin des années 1990, l'Éthiopie a acheté 30 véhicules de transport de troupes Type 89 et WZ-551, 18 canons de 155mm Type-88, 25 lances roquettes multiples Type 63 et plusieurs missiles antiaériens HQ-64.

    L'Érythrée, ennemi juré de l'Éthiopie, a acquis 4 avions de transport Y-12. Djibouti a acheté un canon automoteur WMA-301 et 3 avions de transport. Le Kenya, qui était un pays très pro-occidental à l'époque de la Guerre froide, a considérablement diversifié ses importations d'armes depuis les années 1990 et notamment, tout comme les autres pays africains, grâce à la Chine qui lui a vendu une centaine de véhicules de transport de troupes, 12 avions de transport Y-12 et 9 hélicoptères de combat Z-9W. Pékin a également livré 20 véhicules blindés et 6 canons automoteurs SH-3 au Rwanda et 5 chars Type 85 à l'Ouganda.

    L'Angola fait partie des cinq principaux exportateurs de pétrole vers la Chine, mais ses achats d'armes chinoises restent assez limités car ce pays préfère toujours l'armement russe. En 2016, il a pourtant acquis 5 véhicules de transport de troupes WZ-551 et 10 véhicules de combat WMA-301 (PTL-02). Dans le même temps, Pékin est devenu le fournisseur numéro un de la Namibie avec plus de 30 véhicules de transport de troupes WZ-523, 12 chasseurs J-7NM, 2 avions de transport Y-12 et 4 avions d'entraînement K-8, 2 hélicoptères de combat W-9 et un patrouilleur.

    «Un collier de perles»

    Aujourd'hui, Pékin implique très activement l'Afrique dans son projet politique et économique principal «La Ceinture et la Route», ainsi que dans sa stratégie militaire «Collier de perles» qui prévoit la construction de bases militaires à l'étranger. Les ports de Nacala (Mozambique), de Victoria (Seychelles), d'Antsiranana (Madagascar), de Mombassa (Kenya) et de Dar es Salaam (Tanzanie) sont actuellement utilisés pour la maintenance des navires chinois et le repos de leurs équipages.

    La seule base étrangère à part entière de l'armée chinoise a été ouverte en 2017 à Djibouti. Elle accueille actuellement près d'un millier de militaires, mais leur nombre pourrait encore être décuplé. La Chine construit à Djibouti plusieurs sites d'infrastructure civile, notamment un port maritime et un aéroport. On envisage de construire une ligne ferroviaire reliant Djibouti à Addis-Abeba, capitale de l'Éthiopie, qui recevra ainsi un débouché sur la mer (l'Érythrée contrôle actuellement tout le littoral éthiopien). Ensuite, cette ligne devrait se diviser pour mettre le cap à l'ouest jusqu'au Sénégal, et au sud jusqu'à l'Afrique du Sud.

    Il ne fait aucun doute que la base chinoise de Djibouti ne sera pas la seule d'Afrique — ni du monde. Le «collier de perles» devrait contourner le continent par le sud pour atteindre l'océan Atlantique. Ainsi, des sites militaires chinois pourraient apparaître en Namibie, au Nigeria ou dans d'autres pays d'Afrique occidentale. Ce continent ferait alors de la Chine une puissance globale non seulement économique, mais aussi militaire.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (décembre 2018) (39)
    Tags:
    coopération, expansion, Nouvelle route de la soie, Afrique, Chine
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