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    Le bouton symbolique redémarrage (inscription en russe erronée surcharge)Sergueï Lavrov et Hillary Clinton pressent le bouton symbolique redémarrage (mars 2009)

    Pourquoi le «redémarrage» russo-américain a échoué

    © AFP 2019 ALEXANDER NEMENOV © AP Photo /
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    Il y a dix ans, Hillary Clinton et Sergueï Lavrov appuyaient symboliquement sur le bouton de «redémarrage», ce qui devait symboliser une nouvelle page des relations entre les USA et la Russie.

    Le fameux bouton rouge offert par Hillary Clinton, secrétaire d'État américaine il y a 10 ans, au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, avait constitué le symbole du «redémarrage» de l'approche des États-Unis vis-à-vis de la Russie, rappelle le site d'information Gazeta.ru. Censé marquer un nouveau départ dans les relations, le mot qui y avait été inscrit comportait une faute d'orthographe: au lieu de «redémarrage», il était écrit «surcharge», ce qui avait suscité de nombreuses plaisanteries auprès des experts qui remarquaient que la nouvelle politique était vouée à l'échec dès le départ.

    Toutefois, quand le ministre russe a signalé l'erreur à son homologue américaine, Hillary Clinton a trouvé quoi répondre: «Nous procédons au redémarrage, c'est pourquoi le ministre Lavrov et moi-même allons être surchargés de travail.»

    Les deux camps étaient prêts à l'amélioration des relations qui, à la fin du mandat de George W. Bush, traversaient une mauvaise passe. Le point culminant en avait été l'affrontement entre la Russie et la Géorgie pendant le conflit osséto-géorgien, considéré comme une «agression» de Moscou par les USA qui ignoraient les agissements de Tbilissi.

    En arrivant au pouvoir, Barack Obama avait laissé espérer une amélioration des relations: le nouveau dirigeant était parvenu à établir de bonnes relations professionnelles et personnelles avec le Président russe de l'époque, Dmitri Medvedev, qui était lui aussi prêt au «redémarrage» du dialogue avec Washington.

    Le spécialiste de la Russie Michael McFaul, membre de l'équipe d'Obama, était l'architecte de cette nouvelle politique. C'est lui qui avait trouvé le terme «redémarrage», même si, selon les sources de la Maison-Blanche, c'est lui aussi qui s'était trompé dans l'orthographe de ce terme.

    «Quand je suis arrivé à la Maison-Blanche avec l'administration Obama, nous avions une stratégie concrète baptisée «redémarrage». Nous avons défini les objectifs de la politique étrangère à atteindre dans les relations avec la Russie. Nous avons déclaré que nous avions besoin d'un nouveau traité sur le contrôle des armements, de nouvelles sanctions contre l'Iran, de l'augmentation du transport de cargaisons en Afghanistan. Et la coopération avec la Russie était nécessaire pour tout cela», expliquait Michael McFaul, devenu ensuite ambassadeur américain en Russie.

    Samuel Charap, expert du Centre pour le progrès américain, soulignait que le «redémarrage» n'était pas une «stratégie à long terme» mais une tactique de l'administration Obama pour changer l'«atmosphère des relations» entre les USA et la Russie.

    A cette époque, Barack Obama, qui critiquait beaucoup la politique de son prédécesseur, cherchait effectivement à normaliser les relations avec Moscou. Dans la Stratégie de la sécurité nationale adoptée en 2010, la Russie, au même titre que les autres membres des Brics, était désignée comme l'un des «principaux centres d'influence» mondiaux.

    «Nous avions une longue liste de priorités, d'objectifs concrets que nous nous étions fixés au cours des premiers mois du mandat de l'administration Obama. Nous avons obtenu certains résultats et c'était une période de bonne coopération», se souvenait Michael McFaul.

    En acceptant le «redémarrage», la Russie acceptait également plusieurs propositions américaines. Moscou avait notamment aidé Washington à transporter des cargaisons en Afghanistan, signé avec les USA un traité de réduction des armes stratégiques en 2010…

    De son côté, les USA ont contribué à l'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce (bien que certains jugent cette démarche contestable aujourd'hui), ont apporté des modifications aux plans de déploiement de l'ABM en Europe, ont levé les sanctions contre plusieurs compagnies de défense russes et ont cessé de promouvoir aussi importunément les plans d'expansion de l'Otan dans l'espace postsoviétique.

    «J'ai assisté à la plupart des rencontres du Président avec Poutine et avec Medvedev, et je ne me souviens pas de conversations sur l'expansion de l'Otan — cette question semblait close», se souvenait Michael McFaul.

    Cependant, en appuyant sur le bouton du «redémarrage», la Russie et les USA ne pouvaient pas tout à coup se débarrasser du poids des problèmes accumulés, et ils ne semblaient pas y aspirer. Moscou pensait que le «redémarrage» lui apporterait une certaine liberté d'action dans l'espace postsoviétique, alors que Washington estimait de son côté que Moscou fermerait les yeux sur les actions des USA dans d'autres pays.

    Les experts américains ont commencé à publier des rapports suggérant que les USA cessent leurs tentatives de transformer la Russie, et de coopérer avec elle sur une base mutuellement bénéfique. L'un de ces rapports avait été préparé par un groupe de politologues américains sous la direction de l'ancien sénateur républicain Chuck Hagel, devenu par la suite chef du Pentagone.

    Ce rapport, dont les auteurs ont rencontré Dmitri Medvedev, évoquait la nécessité de tenir compte des intérêts stratégiques de la Russie dans l'espace postsoviétique et de ne pas transformer ce dernier en «champ de bataille».

    En revanche, ils suggéraient de reconnaître que les intérêts des USA ne coïncidaient pas toujours avec ceux de la Russie, tout en avertissant Barack Obama de la nécessité d'éviter la transformation des USA en un instrument de chantage de Moscou du côté des pays postsoviétiques. Aujourd'hui, ce rapport ressemblerait presque à un roman de science-fiction, mais à l'époque les parties étaient effectivement prêtes à passer à une plus grande coopération.

    Mais cela ne s'est pas produit: la coopération tactique a cédé la place à de nouvelles contradictions. S'il était encore possible de survivre au scandale d'espionnage de 2010 avec l'arrestation d'agents russes «dormants», les événements en Libye ont entraîné une détérioration significative des relations. Quand la Russie s'est abstenue de bloquer la résolution sur la zone d'exclusion aérienne en Libye, les États-Unis ont décidé de profiter de l'occasion pour lancer une frappe aérienne contre ce pays. Washington avait pour objectif d'aider les rebelles radicaux qui se battaient contre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

    Vladimir Poutine, Premier ministre à l'époque, avait qualifié les agissements américains de «croisade». Barack Obama lui-même reconnaîtra ensuite l'opération libyenne comme «la plus grande erreur» de sa présidence.

    Dans son dernier livre De la guerre froide à la paix chaude, Michael McFaul note qu'après la présidentielle de 2012 Vladimir Poutine a changé l'axe de la politique étrangère russe.

    Il écrit que quand il a été nommé ambassadeur en Russie en 2011, «la situation était en suspens». Vladimir Poutine avait déjà annoncé son retour au poste présidentiel, et Michael McFaul remarquait que le dirigeant russe «nourrissait peu d'enthousiasme» par rapport au «redémarrage». «Je suis devenu ambassadeur pour promouvoir le redémarrage, et au lieu de cela j'ai présidé son décès», écrit le diplomate.

    Une partie des experts américains pense que le «redémarrage» s'est terminé immédiatement après le retour de Vladimir Poutine au poste présidentiel, une autre estime qu'il a été impacté par l'affaire Edward Snowden, à qui la Russie a accordé l'asile en 2013. La situation autour de ce dernier a poussé Barack Obama à annuler sa visite à Moscou, même si après cela les parties ont réussi à s'entendre sur la destruction des armes chimiques en Syrie — probablement le dernier «adieu» à la politique du «redémarrage».

    Par la suite, l'idée du «redémarrage» sera activement critiquée des deux côtés de l'Atlantique, rappelant les espoirs déçus et les attentes exagérées des acteurs du moment.

    Certains rappelleront également la faute d'orthographe dans l'inscription sur le bouton, ainsi que le fait qu'il a été pressé par Hillary Clinton, peu appréciée en Russie. Cependant, plus tard, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov dira que le «redémarrage» a également eu des «résultats positifs».

    Au même moment, en 2014, ce dernier a toutefois déclaré ne pas s'attendre à un nouveau «redémarrage». Même si la candidate à la présidence américaine Hillary Clinton évoquait en 2016 l'éventualité qu'il redevienne d'actualité: «Tout dépendra de ce que nous obtiendrons en échange.»

    Mais ses prévisions n'étaient pas appelées à se réaliser: Hillary Clinton a perdu les élections face à Donald Trump, qui avait promis son propre «redémarrage» — s'entendre avec la Russie et Vladimir Poutine, ce qui lui a valu d'être qualifié d'«agent russe».

    Les relations ont finalement empiré pour devenir, dix ans plus tard, cette fameuse «surcharge» que présageait le bouton. A présent, les partisans du «redémarrage» des relations devront attendre au moins les élections de 2020. Il est probable qu'un nouveau Président soit élu aux USA, ou encore que Donald Trump puisse suggérer de nouvelles idées s'il était réélu. Le Président russe pourrait également le faire. Mais il faudra vérifier que tout soit écrit correctement, cette fois.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (mars 2019) (34)

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    Tags:
    surcharge, bouton rouge, relations, redémarrage, Deuxième guerre d'Ossétie du Sud (août 2008), Organisation mondiale du commerce (OMC), OTAN, Michael McFaul, Hillary Clinton, Mouammar Kadhafi, George W. Bush, Dmitri Medvedev, Sergueï Lavrov, Barack Obama, Afghanistan, Libye, Géorgie, États-Unis, Russie
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