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    Riyad

    L'Arabie saoudite coopère-t-elle avec la Chine sur son programme balistique à l'insu de Washington?

    CC BY 2.0 / Sammy Six / Riyadh
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    Le régime de non-prolifération, déjà fragile, semble toucher à sa fin. Les services de renseignement américain ont obtenu des informations selon lesquelles le développement accéléré du programme balistique de l'Arabie saoudite serait dû à sa coopération avec la Chine.

    L'Arabie saoudite aurait effectué plusieurs transactions réussies avec Pékin dans le dos de ses partenaires américains, écrit le quotidien Nezavissimaïa gazeta. La question de l'obtention de l'arme nucléaire par Riyad resurgit. Si cela arrivait, il faudrait s'attendre à une réaction du principal adversaire régional de l'Arabie saoudite: Téhéran.

    Les représentants des services de renseignement américains ont partagé leurs craintes avec la chaîne CNN, qui sympathise avec les démocrates. D'après eux, l'Arabie saoudite aurait accéléré le développement de missiles balistiques grâce à l'aide de la Chine, avec laquelle Riyad aurait conclu plusieurs accords fructueux ayant permis d'améliorer l'infrastructure militaire et d'obtenir les technologies nécessaires. La chaîne affirme que l'administration Trump était au courant de ces négociations entre la Chine et l'Arabie saoudite, mais craignait d'en informer les membres du Congrès pour ne pas attiser la tension politique. Ces informations auraient été obtenues par la Maison-Blanche en début d'année, affirme CNN. Toutefois, les agents américains n'ont pas réussi à déterminer exactement à quelles fins Riyad achetait des technologies à Pékin.

    Des sénateurs des deux partis ont soumis hier 22 résolutions conjointes pour empêcher la signature d'accords sur la vente d'armes américaines aux capitales arabes sans l'aval du pouvoir législatif.

    Plus tôt, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait admis que la Maison-Blanche avait pu profiter des privilèges du pouvoir exécutif pour signer plus de 20 accords avec les pays du Golfe.

    «Les efforts de l'administration Trump pour vendre des armes américaines à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis sont un autre exemple de manœuvre de contournement du Congrès et d'omission des droits de l'homme. Nous engageons cette démarche pour montrer que nous ne resterons pas les bras croisés en laissant le président et le secrétaire d’État ignorer la surveillance et le contrôle du Congrès dans le secteur des ventes d'armes», a déclaré le sénateur Robert Menendez concernant l'élaboration des résolutions.

    D'après lui, Mike Pompeo devrait soumettre les contrats à l'étude du Congrès.

    Les sénateurs craignent que l'Arabie saoudite planche sur la création de l'arme nucléaire. En 2018, le prince héritier saoudien Mohammed avait déjà déclaré que «si l'Iran élaborait la bombe nucléaire, [l'Arabie saoudite] suivrait au plus vite son exemple».

    «Dans les années 1950-1960, quand avaient commencé les discussions sur la nécessité d'un programme nucléaire islamique, l'Arabie saoudite était considérée comme l'un des trois États disposant de puissantes ressources financières permettant de créer la base pour un tel programme. La bombe nucléaire aurait pu régler le conflit nucléaire israélo-arabe, et les discussions sur la nécessité, pour les pays arabes, d'acquérir cette arme étaient très populaires dans les années 1960-1970. Malgré cela, le programme nucléaire n'a jamais été lancé. Du moins, aucune preuve de sources fiables n'a été présentée. Après l'obtention de l'arme nucléaire par le Pakistan, il s'est avéré que les nombreuses problèmes de sécurité dans les pays du Golfe pouvaient être réglés en empruntant ce bouclier nucléaire au Pakistan», a rappelé Grigori Loukianov, enseignant au département de science politique du Haut collège d'économie.

    L'expert rappelle que durant la seconde moitié des années 1990 et au début des années 2000, certains étaient d'avis que l'Arabie saoudite n'avait pas besoin de l'arme nucléaire: elle serait déficitaire dans la dimension politique.

    «En même temps, l'instrument de dissuasion nécessaire qu'aurait été la bombe nucléaire pour l'Arabie saoudite pouvait être apporté par l'arme nucléaire du Pakistan. Compte tenu des contacts étroits dans le secteur militaire entre les deux pays - à commencer par le fait que pratiquement toute l'armée de l'air saoudienne était formée et était partiellement composée de ressortissants pakistanais, cela permettait de dire que la bombe nucléaire n'était pas nécessaire. Dans les réalités actuelles, une arme nucléaire entre les mains de l'Arabie saoudite serait un scénario extrêmement négatif parce que l'apparition en soi de cette bombe pousserait l'Iran à renoncer à tout accord avec la communauté internationale et à développer son propre programme nucléaire. Cela ferait passer au niveau supérieur la discussion sur la sécurité nucléaire au Moyen-Orient. Deux pays de la région, et même plus compte tenu de la présence d'engins nucléaire en Israël, seraient dotés de moyens impossibles à contrôler par les institutions juridiques actuelles», poursuit Grigori Loukianov.

    L'analyste suppose qu'un tel scénario représente un risque non seulement régional, mais également mondial, aux conséquences prévisibles.

    «La région, avec son infrastructure aussi bien étatique qu'économique faible et fragile, ne survivrait pas même à un conflit nucléaire limité. L'impact serait destructeur pour l'économie et détruirait le peu d'espoir d'une croissance active sérieuse de l'économie de la région à l'époque post-pétrolière. A court terme, l'apparition de l'arme nucléaire en Arabie saoudite comporte évidemment de très nombreux risques sur le plan politique. Il pourrait sembler que le premier État arabe à obtenir cette bombe pourrait attirer des alliés, des partisans et renforcerait son influence. Mais comme le montre la pratique c'est plutôt l'inverse qui se produit. Dès qu'un État de la région évoque la nécessité de mener son propre programme nucléaire, il se fait immédiatement plus d'ennemis que d'amis. L'Irak et la Libye en sont un parfait exemple», affirme Grigori Loukianov.

    L'Arabie saoudite risquerait alors de se retrouver dans une situation où elle serait définitivement privée du soutien des États-Unis et des pays de l'UE, conclut l'expert.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (juin 2019) (26)
    Tags:
    armes nucléaires, Mohammed ben Salmane Al-Saoud, programme balistique, coopération, Washington, Chine, Arabie Saoudite
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